CA Lyon, 27 nov. 2024, RG 19/06006
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Texte de la décision
N° RG 19/06006 - N° Portalis DBVX-V-B7D-MR2N
Décision du Tribunal de Grande Instance de SAINT ETIENNE au fond du 26 juin 2019
RG : 16/00875
Société AIG EUROPE
C/
[V] [N]
[W]
[K]
Société ALLIANZ BENELUX N.V.
S.A.R.L. ETHIC ENERGIE
Compagnie d'assurances MAAF ASSURANCES SA
Compagnie d'assurances MACIF
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
COUR D'APPEL DE LYON
8ème chambre
ARRÊT DU 27 Novembre 2024
APPELANTE :
société AIG EUROPE SA, venant aux droits de la société AIG EUROPE LIMITED, venant elle-même aux droits de la société AIG EUROPE NEDERLAND NV, société de droit étranger dont le siège social se situe [Adresse 2] (Luxembourg)
Prise en sa succursale néerlandaise, sise [Adresse 11] - PAYS BAS
Représentée par Me Vincent DE FOURCROY de la SELARL DE FOURCROY AVOCATS ASSOCIES, avocat au barreau de LYON, toque : 1102
Ayant pour avocat plaidant Me Florent SCHAPIRA, avocat au barreau de PARIS
INTIMÉS :
La société de droit belge ALLIANZ BENELUX N.V. (anciennement la société de droit néerlandais, ALLIANZ NEDERLAND CORPORATE N.V.), prise en sa succursale néerlandaise sise [Adresse 6] (Pays-Bas).
Représentée par Me Gaël SOURBE de la SCP BAUFUME ET SOURBE, avocat au barreau de LYON, toque : 1547
Ayant pour avocat plaidant Me Marinka SCHILLINGS, avocat au barreau de PARIS
M. [M] [K] né le 29 novembre 1974 à [Localité 7] (21), de nationalité française, demeurant à [Adresse 10], ès-qualités d'ancien liquidateur amiable de la société ETHIC ENERGIES, SARL au capital de 8.000 euros, anciennement inscrite au RCS ROANNE sous le n°502 936 073, ayant son siège social à [Adresse 12], dissoute à effet du 29 septembre 2012 et radiée du RCS le 14 mars 2013.
Représenté par Me Eric DUMOULIN de la SCP DUMOULIN - ADAM, avocat au barreau de LYON, toque : 1411
Ayant pour avocat plaidant Me Armelle MONGODIN, avocat au barreau de PARIS
MAAF ASSURANCES S.A., société anonyme au capital de 160.000.000 euros, inscrite au RCS Niort sous le n° B 542 073 580, entreprise régie par le code des assurances, dont le siège social est [Adresse 5], prise en la personne de ses représentants légaux domiciliés en cette qualité audit siège.
Prise en qualité d'assureur de la société ETHIC ENERGIES
Représentée par Me Laure-cécile PACIFICI de la SELARL TACOMA, avocat au barreau de LYON, toque : 2474
Ayant pour avocat plaidant Me Guillaume RODIER, avocat au barreau de PARIS
MACIF, société d'assurance mutuelle à cotisations variables, régie par le code des assurances dont le siège social est [Adresse 1] à [Localité 9] prise en la personne de ses représentants légaux en exercice domiciliés en cette qualité audit siège
Représentée par Me Laurent LIGIER de la SCP ELISABETH LIGIER DE MAUROY & LAURENT LIGIER AVOUÉS ASSOCIÉS, avocat au barreau de LYON, toque : 1983
Ayant pour avocat plaidant Me Me Olivier LE GAILLARD de la SELARL BLG, avocat au barreau de ROANNE
Maître [V] [N] en qualité de liquidateur judiciaire de la société ALRACK BV, société de droit néerlandais, inscrite au RCS d'Eindhoven sous le numéro 17151658, dont le siège social est situé [Adresse 8] (Pays-Bas),
Défaillant
M. [C] [W] en qualité de liquidateur à la faillite de la Société SCHEUTEN SOLAR HOLDING BV demeurant [Adresse 4]
[Localité 3] (Pays Bas)
Défaillant
* * * * * *
Date de clôture de l'instruction : 13 Février 2023
Date des plaidoiries tenues en audience publique : 18 Septembre 2024
Date de mise à disposition : 20 Novembre 2024 prorogée au 27 Novembre 2024
Composition de la Cour lors des débats et du délibéré :
- Bénédicte BOISSELET, président
- Véronique DRAHI, conseiller
- Nathalie LAURENT, conseiller
assistées pendant les débats de William BOUKADIA, greffier
A l'audience, un membre de la cour a fait le rapport,
Arrêt par défaut rendu publiquement par mise à disposition au greffe de la cour d'appel, les parties en ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues à l'article 450 alinéa 2 du code de procédure civile,
Signé par Bénédicte BOISSELET, président, et par William BOUKADIA, greffier, auquel la minute a été remise par le magistrat signataire.
* * * *
Exposé du litige
M. et Mme [E] ont confié à la société Ethic Energies la réalisation des travaux de fourniture et de pose de 14 panneaux photovoltaïques de marque Scheuten Solar sur la toiture de leur maison d'habitation, pour un montant total hors taxe de 16.000 €, main d'oeuvre incluse, selon devis accepté le 15 mars 2010.
Le 9 décembre 2014, un incendie s'est déclaré en toiture de la maison.
Une expertise amiable a été réalisée selon laquelle l'origine du sinistre proviendrait d'une défaillance sur l'installation des panneaux en eux-même ou des boîtiers de jonction, étant précisé que des sinistres similaires avaient été repérés concernant les panneaux Scheuten adjoints à des boîtiers Solexus, équipant également la maison sinistrée.
Par ordonnance du 18 juin 2015, le juge des référés du tribunal de grande instance de Roanne a ordonné une mesure d'expertise judiciaire aux fins de détermination des causes de l'incendie et désigné M. [L] [D], les opérations ayant été effectuées au contradictoire :
- de la société Ethic Energies et son assureur, la compagnie MAAF,
- la société Scheuten Solar Holding B.V., fabricant de panneaux et son assureur la compagnie AIG Europe SA
- la société Kostal Industrie Elektrik GmbH, fabricant de boîtiers de connexion et son assureur HDI-Gerling devenue HDI Global SE,
- la société Alrack B.V., fabricant de boîtiers de connexion et son assureur Allianz Benelux NV.
Le 9 octobre 2015, l 'expert a déposé son rapport dont il résulte que l'incendie a pour origine un échauffement anormal ponctuel au niveau des assemblages mâle/femelle des boîtiers de connexion Alrack Solexus montés en sous-face des modules photovoltaïques, défaillances à imputer à un défaut à caractère sériel dans la conception et la réalisation des boîtiers de connexion la société Alrack Solexus équipant les panneaux Scheuten M6-54.
Le 30 mars 2012, la société Scheuten Solar Holding B.V. a été placée en liquidation judiciaire sous l'égide du droit néerlandais, Maître [C] [W] ayant été désigné en qualité de mandataire liquidateur.
De même, la société Alrack a fait l'objet d'un jugement prononçant sa liquidation judiciaire aux Pays-Bas, le 12 avril 2016, avec désignation de Maître [V] [N] en qualité de liquidateur judiciaire.
La Macif a indemnisé M et Mme [E] ses assurés, à hauteur de 77.140,18 €.
Par actes d'huissier des 2, 6, 7, 15 et 22 juin et 21 juillet 2016, la Macif a fait assigner la société Ethic Energies et son assureur, la MAAF, la société Scheuten Solar Holding B.V., représentée par son liquidateur Maître [C] [W] et assureur la société AIG Europe et la société Alrack B.V., depuis représentée par Maître [V] [N], son curateur à la liquidation et son assureur la société Allianz Benelux NV devant le tribunal de grande instance de Roanne afin d'obtenir leur condamnation in solidum à lui payer la somme de 77.140,18 €, outre celle de 10.000 €, en application de l'article 700 du Code de procédure civile et aux dépens.
Par jugement du 26 juin 2019, le tribunal de grande instance de Roanne a :
- Dit recevable la Macif subrogée dans les droits des époux [E] au titre des désordres relatifs à la toiture de ces derniers ;
- Déclaré la société Ethic Energies responsable à ce titre sur le fondement de l'article 1792 du Code Civil ;
- Déclaré la société Scheuten Solar Holding B.V. responsable à ce titre sur le fondement des articles 1641 et 1386-1 du Code civil ;
- Déclaré la société Alrack B.V. responsable à ce titre des dommages sur le fondement des articles 1382 et 1386-1 ancien du Code civil ;
- Dit que le préjudice de la Macif subrogée dans les droits de ses assurés, occasionné par les désordres relatifs à la toiture, s'élève à la somme de 76.218,94 € TTC ;
- Dit que la garantie de la société MAAF en qualité d'assureur de la société Ethic Energies est engagée et qu'elle doit sa garantie ;
- Dit que la société AIG Europe SA en sa qualité d'assureur de la société Scheuten Solar Holding B.V. est engagée et qu'elle doit sa garantie ;
- Dit que la garantie de la société Allianz Benelux N.V. en sa qualité d'assureur de la société Alrack B.V. est engagée et qu'elle doit sa garantie ;
Par conséquent :
Sur la demande principale mise à la charge de la MAAF et AIG Europe SA,
- Condamné in solidum la Société MAAF et la Société AIG Europe dans les termes et limites de la garantie souscrite à payer à la société Macif, subrogée dans les droits de ses assurés au titre de la réparation des désordres relatifs à la toiture (dommages au bâtiment, mobilier, frais de relogement privation de jouissance, perte de production) la somme de 75.096,41 € à laquelle il conviendra d'appliquer la franchise de 10% sur les dommages immatériels et le limites du plafond de garantie ;
- Dit que d'une façon générale, les garanties souscrites s'appliqueront dans les termes et limites de la police souscrite, laquelle prévoit l'application de franchises par assuré et par sinistre dont les montants sont fixés aux termes des conditions particulières de la police ;
Sur la demande principale à la charge de Allianz
- Condamné in solidum avec les deux autres sus-visés dans les termes et limites de la garantie souscrite la société Allianz Benelux à payer à la société Macif subrogée dans les droits de ses assurés au titre de la réparation des désordres relatifs à la toiture (dommages au bâtiment, mobilier, frais de relogement privation de jouissance, perte de production) la somme de 75.096,41 € à laquelle il conviendra d'appliquer la franchise de 10% sur les dommages immatériels et les limites du plafond de garantie mais dit que les sommes pourront être réduites si l'assureur est à même de justifier et de déterminer, au plus tard le 31 décembre 2021 le montant de toutes les réparations qui lui sont réclamées au titre de ce dommage sériel et de pouvoir les payer et ordonne la suspension du paiement de la somme sus-visée au plus tard jusqu'au 31 décembre 2021 ;
- Dit concernant la condamnation de la société Allianz que cette suspension pourra être réduite si l'assureur est à même de justifier et déterminer au plus tard le 31 décembre 2021 le montant de toutes les réparations qui lui sont réclamées au titre de ce dommage sériel et de pouvoir les payer ;
- Dit qu'à l'issue de ce délai et si le paiement n'est pas intervenu, il appartiendra à tout intéressé que ce soit la Macif ou l'un des autres assureurs condamnés in solidum avec la société Allianz Benelux NV, de saisir le juge de l'exécution qui décidera si les conditions de cette suspension sont toujours réunies ou si le nombre de sinistres et les montants dus sont connus et permettent de lever la mesure de suspension pour permettre une exécution de la condamnation, le cas échéant, au marc le franc ;
- Dit que d'une façon générale, les garanties souscrites s'appliqueront dans les termes et limites de la police souscrite laquelle prévoit l'application de franchises par assuré et par sinistre dont les montants sont fixés aux termes des conditions particulièrement de la police ;
Sur les recours entre les assureurs des co-obligés
- Dit que dans les rapports entre les co-obligés, le partage de responsabilité s'effectuera de la manière suivante :
o Société Scheuten Solar Holding NV : 50%
o Société Alrack B.V. : 50%
Par conséquent,
- Dit recevable la MAAF subrogée dans les droits de la Macif. ;
- Condamne dans leurs recours entre eux, les assureurs respectifs, à se garantir des condamnations prononcées à leur encontre, à proportion de Ieur part de responsabilité ci-dessus indiquée ;
Par conséquent
- Dit que la MAAF, assureur du constructeur, sera dès lors relevée et garantie in solidum par la société AIG Europe SA et Allianz Benelux des condamnations prononcées à son encontre, à proportion du partage de responsabilité ainsi fixé à savoir à proportion d'un partage par moitié ;
D'ores et déjà,
- Condamne in solidum avec la société Allianz Benelux la société AIG Europe SA, dans les termes et limites de la police souscrite, à relever et garantir la MAAF des condamnations prononcées à son encontre, dans les limites des sommes mises à leur charge à chacun d'eux de leurs plafonds de garantie et de leurs franchises contractuelles ;
Mais,
- Dit en ce qui concerne la société Allianz Benelux que ces sommes pourront être réduites si l'assureur est à même de justifier et de déterminer, au plus tard le 31 décembre 2021 le montant de toutes les réparations qui lui sont réclamées au titre de ce dommage sériel et de pouvoir les payer et ordonne la suspension du paiement de la sommes sus-visée au plus tard jusqu'au 31 décembre 2021 ;
- Dit que cette suspension pourra être réduite si l'assureur est à même de justifier et de déterminer, au plus tard le 31 décembre 2021 le montant de toutes les réparations qui lui sont réclamées au titre de ce dommage sériel et de pouvoir les payer ;
- Dit qu'à l'issue de ce délai et si le paiement n'est pas intervenu, il appartiendra à tout intéressé, que ce soit la MAAF ou la société AIG EUROP SA condamnées in solidum avec la société Allianz Benelux NV, de saisir le juge de l'exécution qui décidera si les conditions de cette; suspension sont toujours réunies ou si le nombre de sinistres et les montants dus sont connus et permettent de lever la mesure de suspension pour permettre une exécution de la condamnation, le cas échéant, au marc le franc ;
Sur les assureurs entre eux,
- Dit que les deux fabricants étant déclarés solidairement responsables et par moitié de la réalisation du dommage, ne sauraient être relevés et garantis l'un envers l'autre des condamnations prononcées à leur encontre, sauf à se voir partager la dette ;
Par conséquent
- Déboute la société Allianz de sa demande à être intégralement garantie par la société AIG Europe SA des condamnations prononcées à son encontre ;
- Déboute la société AIG Europe SA à être entièrement relevée indemne par la société Allianz ;
- Dit que dans leurs rapports entre elles, chacune sera redevable de la moitié des sommes qu'elle sera amenée à payer au titre des condamnations prononcées in solidum à leur encontre et au besoin, les y condamne sous les mêmes réserves concernant la société Allianz de la règle du prorata et de suspension de tout paiement au plus tard au 31 décembre 2024 en ce qui concerne les indemnités au titre de la réparation du dommage lié au sinistre ;
- Dit que le présent jugement sera opposable aux deux liquidateurs, Maître [C] [W], liquidateur de la société Scheuten Solar Holding B.V. et Maître [N], liquidateur de la société Alrack B.V. ;
- Rappelle que les garanties souscrites s'appliqueront dans les termes et limites de la police souscrite, laquelle prévoit l'application de franchises par assuré et par sinistre dont les montants sont fixés aux termes des conditions particulières de la police ;
Le tribunal a d'abord retenu la compétence de la loi française, en application du règlement Bruxelles I Bis du 12 décembre 2012 et du règlement européen n°864/2007 du 11 juillet 2007 compte du caractère non contractuel des obligations existant entre les parties et du lieu du dommage produit, en France.
Il a ensuite jugé que les désordres, imputés par l'expert à un défaut (à caractère sériel) dans la conception et la réalisation des boîtiers de connexion Alrack Solexus équipant les panneaux Scheuten, ont donc pour origine la défectuosité de ces boîtiers (ou cartes) Alrack Solexus, leur inaptitude à remplir leur fonction et leur dangerosité et estimé qu'il s'agissait de désordres de nature décennale et qui relevaient également de la garantie au titre des produits défectueux, le défaut de fabrication des boîtiers de jonction inclus dans les panneaux ayant été considéré comme la cause exclusive du dommage.
Il retient que la responsabilité décennale de la société Ethic Energies, en sa qualité de constructeur, est engagée, aucune condamnation ne pouvant néanmoins être prononcée à son encontre dès lors qu'elle a été radiée depuis le 14 mars 2013.
Il rappelle que la responsabilité du fait des produits défectueux relève de la responsabilité délictuelle et ne joue que pour la réparation du dommage qui résulte d'une atteinte à la personne ou pour celle du dommage supérieur à 500 € (montant fixé par décret) qui résulte d'une atteinte à un bien autre que le produit défectueux lui-même, ce qui est le cas en l'espèce et concerne le producteur du produit c'est à dire non seulement le fabricant d'un produit fini comme c'est le cas de la société Scheuten, mais aussi le fabricant d'une partie composante d'un produit fini dès lors qu'il agit comme professionnel, ce qui est la cas de la société Alrack.
S'agissant de la société Scheuten, le tribunal de grande instance la dit responsable à ce titre des conséquences dommageables des vices de fabrication des panneaux qu'elle commercialisait en ce que :
- dans le cadre du contrat de société la liant à la société Alrack (contrat relatif à la conception, la construction, la production et la vente du système de jonction Solexus), elle gardait la direction de la conception et la fabrication en imposant à la société Alrack de concevoir un boîtier identique à ceux qu'elle faisait initialement fabriquer par la société allemande Kostal et en fournissant la documentation et les informations utiles,
- même s'il n'existe aucun lien de causalité entre la conception du raccordement du boîtier aux cellules du panneau photovoltaïque (brevet Scheuten) et les échauffements à l'origine du sinistre, lesquels ont pour siège la languette de sortie positive du circuit imprimé situé dans le boîtier et son raccordement à la broche mâle et ont été causés par les connecteurs à la languette achetés par la société Alrack seule auprès de sociétés tierces ou fabriquées par elle dans un matériau non adapté à l'usage auquel il était destiné, la société Scheuten commercialisait sous son nom un produit fini, à savoir des panneaux photovoltaïques dont le boîtier Solexus était partie intégrante et dont chaque étape de conception supposait la validation de la société Scheuten, notamment la fabrication des connecteurs et les choix techniques y présidant,
- les panneaux n'ont pas offert la sécurité que les acheteurs étaient en droit d'attendre puisqu'ils sont susceptibles d'incendier les bâtiments dans lesquels ils sont incorporés.
S'agissant de la société Alrack, le tribunal estime qu'elle ne saurait être considérée comme une simple exécutante n'ayant pas de responsabilité au motif qu'elle n'aurait pas fabriqué un produit fini alors qu'elle a fabriqué une partie composante des panneaux que sont les boîtiers de connexion Solexus selon un cahier des charges imposés par la société la société Scheuten certes,
- mais avec une liberté d'appréciation notamment dans le choix des matériaux qu'elle soumettait à l'aval de la société Scheuten et refusant certaines options qui ne lui paraissaient pas fiables,
- elle était chargée de la conception du boîtier dans lequel elle était uniquement tenue d'intégrer le système breveté par la société Scheuten et de la conception, du développement et de l'ingénierie et la mise en place d'autres éléments de la carte qu'elle devait construire autour du connecteur et dont elle est professionnelle et spécialiste de la fabrication,
- elle avait l'obligation de livrer des cartes conformes à l'usage auquel elles allaient être destinées, ne présentant aucun risque pour la sécurité du consommateur lors de leur intégration dans les panneaux solaires, malgré une production à moindre Coût qu'elle avait acceptée et dont elle devait supporter les risques,
Le tribunal observe que les échanges de mails au cours du processus de fabrication démontrent une fabrication faite de concert entre les deux sociétés retiennent une responsabilité conjointe de ces dernières et un partage de responsabilité par moitié dans leurs rapports entre elles.
Il en conclut que les désordres sont directement liés à :
- l'activité de la société Ethic Energies, en sa qualité de constructeur, d'une part,
- l'activité de la société Scheuten, fabricant de l'ensemble photovoltaïque et de la société Alrack, fabricant du boîtier de jonction inclus dans les panneaux, d'autre part.
Il exclut en outre une faute de la société Ethic Energies en ce qu'elle n'aurait pas donné suite à une lettre d'avertissement prétendument adressée par la société Scheuten à ses clients le 7 février 2012, qui n'en justifie pas, ne produisant pas d'accusé de réception, précisant que:
- la lettre d'information du 7 février 2012 ne contient aucune interdiction spécifique évoquant seulement un risque limité de court-circuit si le raccordement est mal effectué et une invitation à inspecter les installations et non pas à les arrêter,
- que la société AIG ne démontre pas que la société Ethic Energies n'a pas déferré à cette demande, ni qu'elle a été relancée,
- que cette information était au demeurant insuffisante, de très nombreux incendies s'étant déclarés bien après que les informations aient été relayées,
- les premiers incidents sont survenus en 2010 après quoi la société Scheuten a persisté à commercialiser les produits,
- la société AIG ne démontre pas avoir demandé à son assurée de cesser la production,
- l'intégration dans la toiture n'est pas un facteur aggravant, ce qui relève de l'expertise de la cause et des autres expertises.
Il constate l'absence de demande de fixation de créance au passif des sociétés liquidées dont la condamnation n'est pas possible.
Sur la garantie des assureurs,
S'agissant de la MAAF, assureur décennal de la société Ethic Energies, le juge de première instance retient que :
- la réception est intervenue avant la liquidation,
- L124-5 du Code des assurances relatif à l'obligation de déclaration ne s'applique pas en matière décennale,
- la démonstration d'une cause étrangère d'exonération n'est pas faite, ni celle d'une faute de la société Ethic Energies,
- l'ouvrage est indissociable de l'existant,
- s'agissant des plafonds de garantie, seule une franchise de 10% du montant des dommages avec un minimum de 936 € et un maximum de 1876 € est indiquée au contrat, laquelle n'est pas opposable aux tiers victimes à l'exception du préjudice immatériel, en matière de garantie décennale (L241-1 du Code des assurances),
- la Macif est donc fondée à se prévaloir de l'action directe à l'égard de la MAAF sur le fondement de L 124-3 du Code des assurances,
S'agissant des assureurs au titre des produits défectueux, le tribunal de grande instance retient la compétence de la loi néerlandaise, loi du contrat d'assurance dans le cadre de l'action directe, régie quant à elle par la loi du lieu du dommage conformément à la jurisprudence de la Cour de cassation, en sorte que l'assureur néerlandais peut opposer les dispositions relatives aux conditions de réparation du dommage et à l'étendue de sa garantie,
S'agissant de la société Allianz (assureur de la société Alrack), Il retient que :
- l'existence de dommages aux biens autres que ceux fabriqués par la société Alrack (dommage matériels aux panneaux que les boîtiers équipent et immeubles sur lesquels ils sont posés, impossibilité de faire usage du bien acquis...) est démontrée,
- il résulte de l'article 1.3 du des CG que la société Allianz ne saurait prétendre à une limitation de sa garantie au motif qu'il s'agit d'un sinistre sériel,
- cependant, le même article stipule une clause claire, opposable selon laquelle les sinistres résultant de la même cause sont réputés être déclarés à la même date que le premier d'entre eux, les demandes d'indemnisations étant considérées comme une demande unique,
- le montant du sinistre sériel n'est pas encore établi (180000 modules de marque Scheuten ont été installés en France),
- le plafond de garantie du contrat avec Allianz est de 1.250.000 € et l'article 7-954 du Code civil néerlandais prévoit en cas de dépassement du plafond une indemnisation au prorata des victimes ayant droit à une indemnité et non une distribution individuelle,
- si ce principe n'est applicable en droit néerlandais qu'à l'action directe de victimes de dommages corporels, il y a lieu par analogie de le dire également applicable aux victimes de dommages aux biens, cette transposition étant conforme à l'esprit de la loi de ce pays, ainsi qu'à l'ordre public français, et partant applicable à la société Allianz en l'espèce,
- en raison de l'impossibilité de connaître le montant total des sommes qui lui seront réclamées, le montant du sinistre sériel n'étant pas établi, et la part proportionnelle devant être versée à chaque demandeur dans la limite du plafond, il y a lieu à suspension des paiements pendant une durée de deux ans,
S'agissant de la société AIG (assureur de la société Scheuten), il retient que :
- la police a vocation à s'appliquer bien que le sinistre soit survenu (9 décembre 2014) après la résiliation du contrat (1er octobre 2012) en raison de l'application du droit néerlandais au contrat d'assurance selon lequel le sinistre sériel est traité comme un fait unique et partagé en fonction du nombre du victimes, les premiers sinistres étant survenus en 2010,
- le caractère sériel ne saurait être remis en cause par la société AIG qui indique avoir fait circuler un courrier d'avertissement aux installateurs revendeurs et qui a sollicité la suspension des paiements en application du droit néerlandais à ce titre,
- les clauses d'exclusion de garantie invoquées par la société AIG ne sont pas applicables en l'espèce en ce que :
- la Macif est bien fondée à réclamer préjudice de jouissance et frais de relogement car deux postes de préjudices distincts,
- la société AIG est bien tenue par l'article 1 de la clause C9 qui déroge expressément aux conditions générales et s'applique aux dommages matériels subis par personne autre que l'assuré de prendre en charge la fourniture et l'installation des produits au titre du remplacement de ceux qui étaient défectueux c'est à dire des panneaux photovoltaïques,
- la clause C15 prévoit expressément réparation du préjudice financier, donc la perte de production d'électricité.
Par déclaration d'appel enregistrée le 19 août 2019, la société AIG Europe SA a interjeté appel du jugement.
Par conclusions enregistrées au RPVA le 8 décembre 2022, la société AIG demande à la cour de :
Vu les articles 1641 et suivants et 1245 et suivants du Code Civil
Vu l'application du droit néerlandais à la police AIG Europe,
- Infirmer le jugement en toutes ses dispositions,
Statuant à nouveau,
A titre principal, sur l'absence de garantie de la société AIG Europe SA :
- Juger que la société Ethic Energies avait connaissance du risque d'incendie, information qu'elle n'a pas répercutée aux époux [E] ;
- Juger cette faute exonératoire de la responsabilité de la société Scheuten Solar Holding B.V. ;
- Juger que les désordres subis par M. et Mme [E] sont survenus postérieurement à la résiliation de la police d'assurance AIG Europe n° 70.08.2229 en date du 1er octobre 2012;
- Juger qu'au regard de la police d'assurance AIG Europe n° 70.08.2229, soumis au droit néerlandais liant la société AIG Europe SA, prise en son établissement néerlandais, à la société Scheuten Solar Holding B.V., les désordres subis par M. et Mme [E] ne sont pas couverts ;
En conséquence,
- Débouter la Macif, la MAAF Assurances et toutes autres parties, des demandes de condamnation formulées à l'encontre de la société AIG Europe SA, venant dans les droits de la société AIG Europe Limited ;
A titre subsidiaire, sur les exclusions de garantie de la police AIG Europe n° 70.08.2229 applicables au présent litige :
- Juger que les postes de préjudices relatifs aux frais de relogement et à au préjudice de jouissance ne peuvent se cumuler ;
- Juger que les dispositions contractuelles liant AIG Europe à Scheuten Solar Holding B.V, excluent la couverture du coût des panneaux photovoltaïques d'un montant de 10.632,05 € (article 4.4.1) ;
- Juger que les dispositions contractuelles liant AIG Europe à Scheuten Solar Holding B.V, excluent la couverture des pertes de production d'énergie électrique (article G.24 des conditions particulières et 4.4.3 des conditions générales) d'un montant de 1.375,00 € ;
- Juger applicables les exclusions mentionnées dans la police AIG Europe n° 70.08.2229 ;
En conséquence,
- Débouter la Macif et la MAAF Assurances et toute autre partie de toute demande relative à l'indemnisation du coût des panneaux photovoltaïques, à hauteur de 10.632,05 € ;
- Débouter la Macif et la MAAF Assurances et toute autre partie de leur demande relative aux pertes de production électrique d'un montant de 1.375,00 €.
A titre très subsidiaire, sur la responsabilité de la société Alrack et la garantie de la société Allianz Benelux :
- Juger que l'incendie survenu le 9 décembre 2014 a pour origine la défectuosité des boîtiers de connexions fabriqués par la société Alrack B.V. ;
- Juger la société Alrack B.V. entièrement responsable de l'incendie survenu le 9 décembre 2014 ;
- Juger que la société Alrack a pour assureur en responsabilité la société Allianz Benelux ;
- Juger acquises les garanties de son assureur, la société Allianz Benelux NV ;
En conséquence,
- Condamner la société Allianz Benelux NV, ès-qualités d'assureur de la société Alrack B.V., à relever et garantir la société AIG Europe SA de toute condamnation éventuelle qui pourrait être prononcée à son encontre ;
En tout état de cause,
- Condamner tout succombant à verser à la société AIG Europe SA la somme de 10.000 € au titre de l'article 700 du Code de Procédure Civile ;
- Condamner tout succombant aux entiers dépens de l'instance, dont distraction au profit de Me Vincent De Fourcroy ;
Par conclusions régularisées au RPVA le 1er octobre 2021, la société MAAF Assurances a fait appel incident du jugement et demande à la cour de :
- Recevoir la MAAF Assurances en ses conclusions et en son appel incident et l'y déclarer bien fondée ;
A titre liminaire,
- Réformer le jugement entrepris en ce que le tribunal a jugé mobilisables les garanties de MAAF Assurances et retenu la responsabilité de Ethic Energies sur le fondement de la responsabilité décennale des constructeurs ;
Vu le contrat ASSURANCE CONSTRUCTION et le contrat MULTIPRO, conclus le 1er avril 2008 et résiliés à effet du 1er janvier 2011
Sur les garanties de MAAF Assurances,
Sur la non mobilisation des garanties au titre de la responsabilité décennale de la société Ethic Energies,
A titre principal,
Vu l'article 1792-7 du Code civil,
- Dire et Juger que les panneaux photovoltaïques installés aux fins de revente de la production d'électricité à ERDF sont des éléments d'équipement à vocation exclusivement professionnelle, exclus légalement du champ de la responsabilité décennale des constructeurs, en application de l'article 1792-7 du Code civil ;
Par conséquent,
- Dire et Juger que MAAF Assurances n'a pas vocation à voir ses garanties mobilisées au titre du contrat d'assurance de responsabilité décennale ;
A titre subsidiaire,
Vu l'article 1792 du Code civil,
Vu l'article 1792-2 du Code civil,
- Dire et Juger que les panneaux photovoltaïques constituent des éléments parfaitement dissociables de l'ouvrage existant ;
- Dire et Juger que la garantie obligatoire des travaux de construction ne peut s'appliquer que pour la stricte reprise de l'installation photovoltaïque chiffrée à 10.632,05 € et les frais de démolition et déblaiement pour une somme de 2.527,27 € ;
- Dire et Juger que compte tenu de la date de la résiliation du contrat, ayant pris effet le 1er janvier 2011 et de la date de la réclamation postérieure, étant précisé que la société Ethic Energies a poursuivi ses activités postérieurement à la résiliation, MAAF Assurances n'est pas l'assureur de la responsabilité professionnelle de Ethic Energies et ne peut être tenue de garantir les dommages matériels aux existants et immatériels consécutifs à l'incendie ;
Par conséquent,
- Débouter la Macif de toute demande à l'encontre de MAAF Assurances pour toute somme excédant 13.159,32 € ;
Sur la non mobilisation des garanties au titre de la responsabilité civile professionnelle de la société Ethic Energies ;
- Dire et Juger que MAAF Assurances n'est ni l'assureur au moment de la réclamation ni le dernier assureur connu de la société Ethic Energies ;
Par conséquent,
- Dire et Juger que toute demande formulée au titre de préjudices immatériels et des dommages aux existants à l'encontre de MAAF Assurances ne peut valablement prospérer;
- Débouter la Macif de toute demande à l'encontre de MAAF Assurances au titre des préjudices immatériels et des dommages aux existants ;
Très subsidiairement,
- Dire et Juger qu'à l'exception du coût des travaux de réparation de l'installation photovoltaïque et des frais de démolition et déblaiement, MAAF Assurances est fondée à opposer à la Macif, agissant subrogée dans les droits des tiers lésés, les franchises et plafonds de ses garanties facultatives afférentes aux dommages aux existants, aux dommages immatériels (frais de relogement et privation de jouissance), aux pertes de production et aux dommages au mobilier ;
Concernant la franchise opposable aux époux [E] en application des garanties complémentaires facultatives du contrat «ASSURANCE CONSTRUCTION »,
- Dire et Juger que toute condamnation au titre des dommages aux existants et aux dommages immatériels, conséquence directe du dommage matériel garanti (frais de relogement et privation de jouissance) ne saurait être prononcée que déduction faite de la franchise égale à 10% du montant des dommages, avec un minimum de 1.116 € et un maximum de 2.242 € ;
Concernant la franchise opposable aux époux [E] en application du contrat «MULTIPRO»,
- Dire et Juger que toute condamnation au titre des pertes de production et aux dommages au mobilier ne saurait être prononcée que déduction faite de la franchise égale à 10% du montant des dommages, avec un minimum de 198 € et un maximum de 657 € ;
Sur les responsabilités des sociétés Scheuten Solar Holding B.V. et Alrack B.V.,
Vu l'article 1641 du Code civil,
Vu l'article 1386-1 ancien et suivants du Code civil,
Vu l'article 1382 du Code civil,
- Déclarer la société Scheuten Solar Holding B.V. responsable de la survenance de l'incendie au domicile des époux [E] et de toutes ses conséquences dommageables, en application de l'article 1641 et en sus, en application de l'article 1386-1 ancien et suivants du Code civil ;
- Déclarer la société Alrack B.V. responsable de la survenance de l'incendie au domicile des époux [E] et de toutes ses conséquences dommageables en application de l'article 1386-1 ancien et suivants du Code civil, et en sus, en application de l'article 1382 du Code civil ;
Sur la mobilisation des garanties de AIG Europe SA et de Allianz Benelux NV,
Vu le contrat d'assurance souscrit par Scheuten SYSTEM Solar B.V. auprès d'AIG Europe SA,
Vu le contrat d'assurance souscrit par la société Alrack B.V. auprès d'Allianz Benelux NV,
- Relever que les clauses d'exclusion d'AIG Europe SA et d'Allianz Benelux sont équivoques, ambiguës et sujettes à interprétation et ont pour effet de vider le contrat d'assurance de sa substance ;
- Dire et Juger que les clauses d'exclusion visées par AIG Europe SA et Allianz Benelux NV sont nulles et de nul effet ;
- Condamner in solidum la compagnie AIG Europe SA et la compagnie Allianz Benelux NV à relever la compagnie MAAF Assurances de toute somme qui serait mise à sa charge ;
- Réformer le jugement entrepris en ce que le tribunal a fait droit à la demande de suspension des paiements ;
Vu l'article 7954 du Code civil néerlandais,
Vu l'avis de Maître Le Prado du 1er février 2018 (Pièce 19),
- Juger que les conditions permettant de mettre en oeuvre la suspension des paiements ne sont pas réunies, le risque de dépassement des plafonds assurantiels et la méconnaissance du nombre de demandeurs à l'indemnisation n'étant pas établis ;
Subsidiairement dans le cas où la Cour prononcerait la suspension des paiements,
- Confirmer le Jugement en ce que cette suspension à été limitée à la date du 31 décembre 2021 ;
- Condamner tout succombant à payer à MAAF Assurances une somme de 7.000 € en application des dispositions de l'article 700 du Code de procédure civile,
Condamner tout succombant aux entiers dépens que Maître Marie-Cécile PACIFICI pourra recouvrer conformément à l'article 699 du Code de procédure civile ;
Par conclusions régularisées au RPVA le 18 janvier 2023, la société Allianz Benelux demande à la cour de :
Vu les articles 1240, 1241 et 1245 et suivants du Code civil,
Vu le droit néerlandais applicable à la police d'Allianz Benelux,
Vu l'article 7 : 954 du livre 7 Code civil néerlandais
Vu les jurisprudences évoquées, et particulièrement les deux arrêts rendus par la Cour de Cassation le 18 décembre 2019 dans le sinistre sériel Scheuten
Vu les pièces versées aux débats,
- Infirmer partiellement le jugement attaqué et statuant à nouveau, de :
A titre principal,
- Juger que la société Ethic Energies et son assureur la MAAF avaient connaissance du risque d'incendie, mais qu'elles n'en ont pas averti les époux [E] ; Que cette faute de l'installateur, Ethic Energies, et de son assureur, la MAAF, interdit à la Macif de rechercher la condamnation d'Allianz Benelux. Débouter en conséquence les demanderesses de l'intégralité de leurs demandes à l'encontre d'Allianz Benelux ;
Subsidiairement,
- Juger que la responsabilité de la société Alrack ne peut être retenue et débouter la Macif, la MAAF, AIG Europe et tous autres demandeurs de l'intégralité de leurs demandes contre Allianz Benelux, en sa qualité d'assureur RC d'Alrack ;
A titre plus subsidiaire,
- Confirmer le jugement attaqué en ce qu'il a prononcé un partage de responsabilité entre les sociétés Scheuten et Alrack et en ce qu'il a condamné in solidum les sociétés AIG Europe et Allianz Benelux, pour cette dernière dans les termes et limites de la garantie souscrite la société Allianz Benelux à payer à la Société Macif subrogée dans les droits de ses assurés au titre de la réparation des désordres relatifs à la toiture la somme de 75.096,41 € ;
- Juger que la police d'assurance d'Allianz Benelux est soumise au droit néerlandais ; qu'elle stipule que les sinistres procédant d'une cause unique sont considérés comme un seul sinistre et que sa garantie est limitée à 1.250.000 € ;
- Juger que le sinistre est sériel et fait l'objet d'expertises et de procédures parallèles et constater que le droit néerlandais interdit tout paiement dans l'attente de connaître toutes les victimes prétendues ;
- Prononcer en conséquence l'interdiction et le sursis de tout paiement de la part d'Allianz Benelux, dans l'attente de la fixation définitive des réclamations des victimes (et demandeurs en garantie) éligibles à la couverture de la police d'Allianz Benelux, afin de pouvoir fixer définitivement le montant dû sur une base de prorata, sans fixer de date limite pour ce faire ;
- Juger que la demande en garantie d'AIG Europe à l'encontre d'Allianz Benelux est mal fondée ;
- Débouter en conséquence AIG Europe de sa demande en garantie ;
En tout état de cause,
- Condamner in solidum la MAAF et AIG Europe à payer la somme de € 5.000 à Allianz Benelux sur le fondement de l'article 700 du Code de procédure civile ;
- Condamner la partie succombante aux entiers dépens.
Par conclusions régularisées au RPVA le 29 juin 2020, la Macif demande à la cour de :
Vu le règlement Bruxelles I bis n°1215-2012 du 12 décembre 2012
Vu le règlement Rome II du 11 juillet 2007
Vu la convention internationale de LA HAYE du 2 octobre 1973 sur la loi applicable à la responsabilité du fait des produits défectueux,
Vu les dispositions des anciens articles 1386-1 et suivants du même code,
Vu les dispositions de l'article 1792 du Code civil ;
- Confirmer en toutes ses dispositions le jugement rendu le 26 juin 2019 par le Tribunal de grande instance de ROANNE ;
- Débouter les sociétés MAAF, Allianz Benelux NV et AIG Europe SA de l'ensemble de leurs demandes, fins et prétentions
Y ajoutant,
- Condamner in solidum les sociétés MAAF, Allianz Benelux NV et AIG Europe SA à payer à la Société Macif la somme de 5.000,00 € au titre de l'article 700 du Code de Procédure Civile,
- Les Condamner in solidum en tous les dépens,
- Dire que, dans l'hypothèse où, à défaut de règlement spontané des condamnations prononcées par le jugement à intervenir, l'exécution devra être réalisée par l'intermédiaire d'un Huissier de Justice, le montant des sommes retenues par l'Huissier, en application de l'article R444-55 du Code de Commerce et son tableau 3-1 annexé, devra être supporté par le débiteur, en sus de l'application de l'article 700 du Code de Procédure Civile, l'article L111-8 du Code des Procédures Civiles d'Exécution ne prévoyant qu'une simple faculté de mettre à la charge du créancier les dites sommes.
MOTIFS ET DECISION
A titre liminaire, lorsque les demandes des parties tendant à voir la cour "constater" ou "dire et juger" ne constituent pas des prétentions au sens des articles 4, 5, 31 et 954 du Code de procédure civile mais des moyens ou arguments au soutien des véritables prétentions, il n'y a pas lieu de statuer sur celles-ci.
Sur les responsabilités
Sur la cause du sinistre
En l'espèce, l'origine du sinistre telle qu'elle résulte de l'expertise réalisée par M. [D] consiste en un échauffement anormal ponctuel induit au niveau de l'un des assemblages mâle/femelle des boîtiers de connexion Alrack Solexus montés en sous-face des modules photovoltaïques de marque Scheuten, défaillances ayant conduit à l'embrasement de l'ouvrage par «freeting-corrosion», imputables à un défaut dans la conception et la réalisation de ces boîtiers, lesquels équipaient les 14 panneaux installés sur la toiture de M. et Mme [E].
La défectuosité des boîtiers eux-mêmes est assurément retenue et consiste en un défaut à caractère sériel, selon l'expert qui vise et cite notamment le rapport du laboratoire IC 2000 lequel a procédé à l'examen de plusieurs boîtiers de raccordement équipant des panneaux Solar similaires et pourvus de cartes de marque Solexus et retient que « les échauffements observés sur les liaisons des câbles de jonction aux pôles positifs de ces cartes sont liés à un effet de Joule excessif résultant d'une dégradation de la résistance des contacts «connecteur femelle/languette mâle» et précise que ces contacts subissent des vieillissements par corrosion résultant de micro-déplacements ou «freeting-corrosion», processus dont l'évolution est en capacité d'initier des mises à feu incidentes.
Bien que la société Allianz Benelux ne tienne pas pour acquise l'implication des boîtiers produits par son assurée, tout en invoquant le caractère sériel du sinistre, il est ainsi établi que les boîtiers de connexion Solexus fabriqués par la société Alrack sont atteints de défauts générateurs d'un risque incontrôlé d'échauffement et d'incendie lorsqu'ils sont en fonctionnement.
Sur la responsabilité de la société Ethic Energies
La société Ethic Energies a installé les panneaux de marque Scheuten équipés des boîtiers défectueux sur la toiture de M. et Mme [E].
L'article 1792 du Code civil sur lequel la Macif, subrogée dans les droits de M. et Mme [E], fonde sa demande prévoit que tout constructeur d'un ouvrage est responsable de plein droit, envers le maître ou l'acquéreur de l'ouvrage, des dommages, même résultant d'un vice du sol, qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou qui, l'affectant dans l'un de ses éléments constitutifs ou l'un de ses éléments d'équipement, le rendent impropre à sa destination.
Cette présomption de responsabilité s'étend aux dommages qui affectent la solidité des éléments d'équipement d'un «ouvrage» mais seulement lorsque ceux-ci font indissociablement corps avec les ouvrages de viabilité, de fondation, d'ossature, de clos ou de couvert, en vertu de l'article 1792-2 du Code civil.
La MAAF, assureur de la société Ethic conclut à la non mobilisation de sa garantie dans son volet «Assurances Construction» en ce que la responsabilité décennale de son assurée n'est pas engagée, au regard des dispositions de l'article 1792-7 du Code civil qui exclut de la garantie les éléments d'équipement dont la fonction exclusive est de permettre l'exercice d'une activité professionnelle dans l'ouvrage, les modules photovoltaïques ayant pour unique objet de permettre à M. et Mme [E] d'exercer l'activité de producteur d'électricité et de leur apporter des revenus par la revente de leur production à ERDF avec laquelle ils ont passés un contrat de rachat d'électricité, en sorte que la société Ethic Energies ne peut être considérée comme constructeur au sens de l'article 1792 du Code civil.
La Macif objecte que les panneaux photovoltaïques étaient en l'espèce montés en intégration, et assuraient ainsi une fonction de clos et de couvert, n'ayant pas pour seule finalité la production d'électricité, en sorte qu'il s'agit d'un ouvrage dont l'impropriété à destination n'est pas douteuse tout comme ne l'est pas la responsabilité décennale de la société Ethic Ennergies.
Sur ce,
La cour retient que par leur intégration à la toiture, les modules photovoltaïques défectueux, causes de l'incendie en sont assurément indissociables, dans la mesure où leur pose comme leur dépose ne peut s'effectuer sans détérioration de celle-ci. Dès lors, s'ils ont effectivement pour finalité la production d'électricité et sa revente, ils tiennent également lieu de toiture, assurant ainsi le clos et le couvert, fonction excluant l'application des dispositions de l'article 1792-7 du Code civil. Ils constituent ainsi l'ouvrage lui-même par définition impropre à destination puisqu'incendié.
La décision de première instance sera confirmée en ce qu'elle a retenu la responsabilité décennale de la société Ethic Energies, les autres éléments constitutifs de cette garantie légale n'étant pas contestés.
Sur la responsabilité des sociétés Scheuten et Alrack
Sur la responsabilité du fait des produits défectueux
Il résulte du contrat signé entre les deux sociétés néerlandaises le 27 juillet 2009 que La société Scheuten Solar a confié à la société Alrack la réalisation des boîtiers de connexion lesquels ont été livrés à l'issue de leur fabrication par la société Alrack à la société Scheuten Solar qui, après livraison, les a incorporés aux panneaux photovoltaïques qu'elle a fabriqués.
Leur responsabilité est en première instance, retenue à la demande de la Macif et en premier lieu, sur le fondement des articles 1386-1 et suivants du Code civil, repris à droit constant aux article 1245 et suivants (par l'ordonnance du 10 février 2016), en vertu desquels «le producteur est responsable du dommage causé par un défaut de son produit qu'il soit ou non lié par un contrat à la victime».
La responsabilité du fait des produits défectueux s'applique à la réparation du dommage qui résulte d'une atteinte à la personne ou à la réparation du dommage supérieur à un montant déterminé par décret, qui résulte d'une atteinte à un bien autre que le produit défectueux lui-même.
Un produit est défectueux lorsqu'il n'offre pas la sécurité à laquelle on peut légitimement s'attendre ce qui est assurément le cas des boîtiers Solexus qui intégrés aux panneaux photovoltaïques sont susceptibles de générer un incendie.
La responsabilité du fait des produits défectueux est une responsabilité de plein droit qui pèse sur le producteur du produit en application de l'article 1386-11 (1245-10), en sorte qu'il n'y a pas à prouver une faute du producteur pour la retenir, contrairement à ce qui est indiqué par le juge de première instance.
Les deux sociétés productrices de ces boîtiers et panneaux défectueux estiment devoir être exonérées de leur responsabilité, invoquant d'abord une faute d'imprudence commise par la société Ethic Energies qui serait seule responsable du sinistre puis d'autres causes d'exonération.
* Sur la faute invoquée de la société Ethic Energies
La société AIG Europe soutient, à titre principal, que la responsabilité de la société Scheuten n'est pas engagée, la société Ethic Energies étant seule responsable dans la survenance de l'incendie en raison de la faute de négligence dont elle a fait preuve dès lors que dès le 7 février 2012 et en sa qualité de professionnel du photovoltaïque, elle était informée des risques que pouvait faire courir à ses propres clients, l'absence de mise à l'arrêt de la production des installations de panneaux photovoltaïques à réception du courrier adressé par la société Scheuten aux installateurs selon lequel les modules installés entre septembre 2009 et octobre 2010 pouvaient présenter un défaut au niveau de la boîte de jonction interne, défaut susceptible de créer un risque d'incendie, ce dont elle n'a pas tenu compte, abstention fautive de nature à exonérer la société Scheuten de sa responsabilité sur le fondement de l'article 1245-12 du Code civil. Elle ajoute que le risque d'incendie était notamment en 2013 et 2014, notoire et connu de tous.
De même, la société Allianz Benelux fait valoir qu'il y a lieu de retenir la seule responsabilité pleine et entière de l'i
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