TJ 69123, 7 juin 2025, RG 25/02098
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Texte de la décision
COUR D'APPEL DE LYON
Tribunal judiciaire de Lyon
Cabinet de Catherine BOTTIN-VAILLANT
N° RG 25/02098 - N° Portalis DB2H-W-B7J-23LI - Isolement
Monsieur [W] [N]
ORDONNANCE RELATIVE A UN PREMIER RENOUVELLEMENT DE LA MESURE D'ISOLEMENT
rendue le 07 juin 2025 à 15h41
Par, Catherine BOTTIN-VAILLANT, juge au tribunal judiciaire de Lyon, statuant sans audience selon la procédure écrite de principe prévue aux articles L3211-12-2 et L3222-5-1 du Code de la santé publique ;
Vu les articles L3211-1 et suivants, L.3212-1 et suivants, L3222-5-1, R3211-34 et suivants du Code de la santé publique ;
Vu les pièces du dossier et notamment le renouvellement de la mesure d’isolement le 07 juin 2025 à 10h23 après évaluation clinique par le Docteur [B] considérant que l'état du patient, Monsieur [W] [N], nécessite le renouvellement exceptionnel de la mesure de placement à l'isolement débutée le 04 juin 2025 à 13h13
Vu l’impossibilité de délivrer les informations aux tiers en application du premier alinéa du II de de l'article L3222-5-1 du code de la santé publique ;
Vu la saisine du juge par le Directeur du CENTRE HOSPITALIER DU [3] le 07/06/2025 , enregistrée le même jour à 10h44, aux fins de maintien de la mesure sans demande de comparution du patient,
Vu l'avis du Ministère public ;
MOTIFS DE LA DECISION :
L'article L3222-5-1 du code de la santé publique dispose, dans son premier alinéa, que l'isolement et la contention sont des pratiques de dernier recours et ne peuvent concerner que des patients en hospitalisation complète sans consentement ; qu'il ne peut y être procédé que pour prévenir un dommage immédiat ou imminent pour le patient ou autrui, sur décision motivée d'un psychiatre et uniquement de manière adaptée, nécessaire et proportionnée au risque après évaluation du patient ; qu'enfin, leur mise en œuvre doit faire l'objet d'une surveillance stricte, somatique et psychiatrique, confiée par l'établissement à des professionnels de santé désignés à cette fin et tracée dans le dossier médical, comportant notamment deux évaluations par 24 heures (isolement)/12heures(contention);
Il dispose aussi, dans son paragraphe II, qu'à titre exceptionnel, le médecin peut renouveler sous les mêmes conditions, au delà des durées totales de 48 heures pour la mesure d'isolement et de 24 heures pour la mesure de contention, la mesure d'isolement ou de contention avec l'obligation d'informer au moins un membre de la famille du patient ou une personne susceptible d'agir dans l'intérêt de celui-ci, du renouvellement qui est envisagé ; que cette même information doit être délivrée par le directeur d'établissement au juge, ce dernier devant être saisi d'une demande de maintien de la mesure avant l'expiration de la soixante-douzième heure d'isolement et de la quarante-huitième heure de contention si l'état de santé du patient rend le renouvellement de la mesure nécessaire au delà de ces durées, et statuer avant l'expiration de la quatre-vingt seizième heure d'isolement ou la soixante-douzième heure de contention.
Il est aussi précisé à cet article qu'une mesure d'isolement ou de contention est regardée comme une nouvelle mesure lorsqu'elle est prise au moins quarante-huit heures après une précédente mesure d'isolement ou de contention et qu'en-deçà de ce délai, sa durée s'ajoute à celle des mesures d'isolement et de contention qui la précèdent et qu'en outre, l'information susvisée et la saisine du juge doivent être effectuées selon les mêmes modalités lorsque le médecin prend plusieurs mesures d'une durée cumulée de quarante-huit heures pour l'isolement et de vingt-quatre heures pour la contention sur une période de quinze jours.
Dans le cadre de son contrôle, le juge ne peut se substituer à l’autorité médicale s’agissant de l’évaluation du consentement du patient, du diagnostic posé ou des soins. Il n'opère pas une appréciation de l'opportunité médicale de la mesure mais un contrôle de ses motifs au regard des critères posés au paragraphe I de l'article L3222-5-1 susvisé.
En l'espèce, il résulte des pièces communiquées qu’[W] [N] a été admis sous le régime de l’hospitalisation à temps complet sans consentement le 4 juin 2025 à 12h55.
Les pièces produites par le Directeur du CENTRE HOSPITALIER DU [3] établissent que la première mesure d’isolement a été prise le 4 juin 2025 à 10h13 sur décision du docteur [F], que des décisions de renouvellement ont été prises :
- le 4 juin à 16h59,
- le 4 juin à 20h06 pour une prise d’effet au 5 juin 2025 à 5h,
- le 5 juin à 10h34 avec une prise d’effet à 11h,
- le 5 juin à 16h43 pour une prise d’effet à 17h01,
- le 5 juin à 20h27 pour une prise d’effet le 6 juin à 00h00,
- le 6 juin à 10h26 pour une prise d’effet le 6 juin à 10h25,
- le 6 juin à 21h19 pour une prise d’effet le 6 juin à 21h18,
- le 7 juin 2025 à 10h25 pour une prise d’effet le même jour à 10h23.
Il est ainsi établi que le patient a été placé à l’isolement avant d’être admis au sein de l’établissement sous le régime de l’hospitalisation complète sans consentement, condition pourtant préalable à la régularité de la mesure.
Il résulte de ces développements que la procédure est irrégulière.
Il convient en conséquence d’ordonner la mainlevée de la mesure.
PAR CES MOTIFS
Ordonnons la mainlevée de la mesure d'isolement concernant Monsieur [W] [N] ;
Informons les parties que le délai d’appel est de 24 heures à compter de ce jour et que cet appel doit être formé par déclaration motivée transmise par tout moyen au greffe de la Cour d’appel de LYON ([Adresse 2] - Tél : [XXXXXXXX01]).
LE JUGE
Catherine BOTTIN-VAILLANT
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