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TJ 06088, 25 juill. 2025, RG 25/00976


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Date
25/07/2025
Numéro
25/00976
Lieu / cour
tj06088
Chambre
Chambre des référés
Type
other
Id
6883dc962a8fb67db7b44ad1

Texte de la décision

17,820 caractères

COUR D’APPEL D’[Localité 8]
TRIBUNAL JUDICIAIRE
DE [Localité 14]
ORDONNANCE DE RÉFÉRÉ
-
EXPERTISE

N° RG 25/00976 - N° Portalis DBWR-W-B7J-QPPQ
du 25 Juillet 2025
M.I 25/00000831

N° de minute

affaire : [C] [L]
c/ Organisme CPAM DU VAR, [G] [O]

Grosse délivrée à

Me Audrey GUILLOTIN

Expédition délivrée à

Me Hervé ZUELGARAY
CPAM

EXPERTISE

le

l’an deux mil vingt cinq et le vingt cinq juillet À 14 H 00

Nous, Céline POLOU, Vice-Présidente, assistée de Madame Wendy NICART, Greffier, lors de l’audience, et de Madame Wendy NICART, Greffier, lors de la mise à disposition, avons rendu l’ordonnance suivante :

Vu l’assignation délivrée par exploit en date du 27 Mai 2025 déposé par Commissaire de justice.

A la requête de :

Madame [C] [L]
[Adresse 15]
[Adresse 4]
[Localité 2]
Rep/assistant : Me Audrey GUILLOTIN, avocat au barreau de NICE

DEMANDERESSE

Contre :

Organisme CPAM DU VAR
[Adresse 5]
[Adresse 16]
[Localité 7]
Non comparant ni représenté

Madame [G] [O]
[Adresse 6]
Cabinet Azuradiologie [Adresse 11]
[Localité 3]
Rep/assistant : Me Hervé ZUELGARAY, avocat au barreau de NICE

DÉFENDERESSES

Après avoir entendu les parties en leurs explications à l’audience du 19 Juin 2025 au cours de laquelle l’affaire a été mise en délibéré au 25 Juillet 2025.

FAITS ET PROCÉDURE

Par acte de commissaire de justice du 4 juin 2025, Madame [C] [L] a fait assigner Madame [G] [O], radiologue, et la Caisse Primaire d'Assurance Maladie (CPAM), aux fins de voir :

- Désigner Tel expert qu'il plaira au Tribunal spécialisé en radiologie ou en oncologie, afin de déterminer l'étendue du préjudice corporel de Madame [C] [L] consécutif à l'intervention pratiquée sur sa personne par Madame [G] [O] selon mission habituelle en la matière ;
- Réserver les dépens de l'instance.

Dans ses conclusions déposées à l'audience du 19 juin 2025 et visées par le greffe, Madame [G] [O] formule protestations et réserves et sollicite la désignation d'un expert de la même spécialité qu'elle à savoir radiologue avec possibilité de s'adjoindre le concours d'un sapiteur dans un domaine distinct notamment un oncologue selon mission habituelle en la matière.

Bien que régulièrement assignée par acte remis auprès d'une personne se disant habilitée, la Caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes, n'a pas constitué avocat mais a fait parvenir au juge une lettre dans laquelle elle indique ne pas être en mesure à ce stade de chiffrer une créance en lien avec un éventuel manquement et que la victime a été prise en charge au titre du risque maladie.
L'affaire a été mise en délibéré au 27 juillet 2025.

MOTIFS DE LA DÉCISION

Sur la demande d'expertise

L'article 145 du code de procédure civile dispose que "s'il existe un motif légitime de conserver ou d'établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d'un litige, les mesures d'instruction légalement admissibles peuvent être ordonnées à la demande de tout intéressé."

En l'espèce, il résulte des pièces versées aux débats, et notamment des comptes rendus médicaux que Madame [C] [L] a fait l'objet de soins en 2002 pour un carcinome du sein gauche, avec tumorectomie, radiothérapie et hormonothérapie.

Un suivi a été mis en place, incluant une mammographie et une échographie mammaire réalisées le 25 avril 2018 par le Docteur [G] [O], lequel concluait à l'absence d'anomalie.

Le 22 juillet 2019 un nouveau bilan sénologique a été réalisé par le Docteur [P] [F], lequel révélait un nodule suspect du sein droit et des adénopathies axillaires évocatrices, confirmés par tomographie réalisée le 26 juillet 2019 comme un adénocarcinome infiltrant.

Le 2 août 2019, Madame [L] a subi une mastectomie partielle du sein droit avec remodelage et curage axillaire au sein de la polyclinique Santa Maria.

Madame [L] a subi une chimiothérapie du 3 septembre 2019 au 2 janvier 2020 puis a subi le 11 mars 2020 une mastectomie droite avec reconstruction mammaire au sein du centre Antoine [Localité 13].

Elle fait valoir qu'elle s'interroge sur la conformité de la prise en charge dont elle fait l'objet par le Docteur [O] dans la mesure où elle a conclu à l'absence de pathologie lors de la mammographie et de l'échographie du 25 avril 2018 alors qu'en juillet 2019 un adénocarcinome a été diagnostiqué au niveau du sein droit lequel a nécessité un long traitement et suivi.

Le docteur [O] ne s'oppose pas la demande d'expertise émet les plus expresses réserves quant à son éventuelle responsabilité. Elle sollicite que la mission soit confiée à un médecin de la même spécialité que la sienne soit radiologue avec possibilité de s'adjoindre le concours de tout sapiteur en cas de nécessité.

Dès lors, au vu de ces éléments, la demande d'expertise qui repose sur un motif légitime sera ordonnée, et se déroulera selon les modalités du dispositif de la présente ordonnance.

Il est donné acte à Madame [G] [O] de ses protestations et réserves sur la mesure prononcée.

Sur les dépens

Compte tenu de la nature de l'affaire, à ce stade de la procédure et en l'absence de responsabilité établie, il convient de laisser à chaque partie la charge de ses propres dépens.
La présente ordonnance sera déclarée commune et opposable à la Caisse Primaire d'Assurance Maladie des Alpes-Maritimes.

PAR CES MOTIFS

Nous, Juge des référés, statuant publiquement par ordonnance réputée contradictoire, en premier ressort, et prononcée par mise à disposition au greffe, avis préalablement donné,

Au principal, renvoyons les parties à se pourvoir comme elles aviseront, mais dès à présent,

ORDONNONS une expertise médicale de Madame [C] [L];

DÉSIGNONS pour y procéder, le DOCTEUR [N] [M] expert judiciaire inscrit sur la liste des experts de la cour d'appel d'Aix-en-Provence demeurant :

[Localité 12] Service d'imagerie
[Adresse 9]
Tél : [XXXXXXXX01]
Courriel : [Courriel 10]

avec pour mission de:

1°- convoquer Madame [C] [L], avec toutes les parties en cause et en avisant leurs conseils ;

2°- se faire communiquer par tout tiers détenteur, l'ensemble des documents nécessaires à l'exécution de la présente mission, en particulier, et avec l'accord de la victime ou de ses ayants droits, le dossier médical complet (certificat médical initial descriptif, certificat de consolidation, bulletin d'hospitalisation, compte-rendu d'intervention, résultat des examens complémentaires, etc...) et les documents relatifs à l'état antérieur (anomalies congénitales, maladies ou séquelles d'accident) ainsi que le relevé des débours de la CPAM ou de l'organisme social ayant servi des prestations sociales, sous réserve de nous en référer en cas de difficulté ;

Disons qu'en cas de besoin et sans que le secret professionnel puisse lui être opposé, l'expert pourra se faire directement communiquer par tous les tiers concernés (médecins, établissements hospitaliers, établissements de soins, patriciens ayant prodigué des soins à Madame [C] [L] toutes les pièces qui ne lui auront pas été produites par les parties dont la production lui apparaîtra nécessaire à l'accomplissement de sa mission ; à charge pour lui de communiquer aux parties les pièces directement obtenues, afin qu'elles en aient contradictoirement connaissance;

3° - reconstituer l'ensemble des faits ayant conduit à la présente procédure, interroger et recueillir les observations contradictoires des défendeurs ;

4° - déterminer l'état médical de Madame [C] [L], avant les actes critiqués ;

5° procéder à l'examen clinique de la victime, décrire les lésions subies ou qu'elle impute à l'événement dommageable, leur évolution, les soins médicaux et paramédicaux mis en œuvre jusqu'à la consolidation ; préciser si ces lésions et les soins subséquents sont bien en relation directe et certaine avec lesdits faits ;

6 °- dire si les actes médicaux réalisés étaient indiqués ;

7° - rechercher si les soins et actes médicaux ont été attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science médicale ; dans la négative, analyser de façon détaillée et motivée la nature des erreurs, imprudences, manque de précautions nécessaires, négligences pré, per ou post-opératoires, maladresses ou autres défaillances fautives relevées ;

- donner tout élément sur l'existence ou l'absence de lien de causalité entre le ou les manquements éventuellement relevés et les séquelles de Madame [C] [L] ; donner tout élément permettant d'établir si ce lien de causalité présente ou non un caractère direct et exclusif ou si seule une perte de chance peut éventuellement être envisagées;

- dans cette hypothèse, préciser dans quelles proportions (en pourcentage), celle-ci est à l'origine des séquelles de la patiente ;

- dire, si en cas d'absence de faute, l'accident est susceptible d'entrer dans le cadre d'un aléa thérapeutique c'est-à-dire un risque accidentel inhérent à l'acte médical et qui ne pouvait être maîtrisé ;

- dire, si en cas d'absence de faute, l'accident est susceptible d'entrer dans le cadre d'un aléa thérapeutique ;

- rechercher s'il y a eu information préalable du patient sur les risques encourues, mêmes exceptionnels, ou refus du patient d'être informé ou impossibilité de l'informer ;

- dans l'hypothèse de fautes, en ne s'attachant qu'à la seule part imputable aux fautes éventuellement relevées (c'est-à-dire, en ne retenant pas les éléments de préjudice corporel se rattachant soit aux suites normales des soins qui étaient nécessaires, soit à l'état antérieur) :

8° - fixer la date de consolidation des blessures, définie comme étant la date de stabilisation des lésions médicalement imputables aux faits à l'origine des dommages ;

9° apporter à la juridiction les éléments qui lui permettront de déterminer les préjudices subis par la victime :

Au titre des préjudices patrimoniaux temporaires avant consolidation :

* Dépenses de Santé Actuelles (DSA)

* Frais divers (FD) : au vu des décomptes et des justificatifs fournis, donner son avis sur d'éventuelles dépenses de santé ou de transport exposées par la victime avant la consolidation de ses blessures qui n'auraient pas été prises en charge par les organismes sociaux ou par des tiers payeurs, en précisant le cas échéant si le coût ou le surcoût de tels faits se rapportent à des soins ou plus généralement à des démarches nécessitées par l'état de santé de la victime et s'ils sont directement en lien avec les lésions résultant des faits à l'origine des dommages ;

* Perte de gains professionnels actuels (PGPA), indiquer les périodes pendant lesquelles la victime a été avant sa consolidation et du fait de son incapacité fonctionnelle résultant directement des lésions consécutives aux faits à l'origine des dommages, dans l'incapacité d'exercer totalement ou partiellement une activité professionnelle ou économique ou encore sportive ;

Au titre des préjudices patrimoniaux permanents après consolidation :

* Dépenses de santé futures (DSF)

* frais de logement adapté (FLA) : donner son avis sur d'éventuelles dépenses ou frais nécessaires pour permettre le cas échéant à la victime d'adapter son logement à son handicap ;

* frais de véhicule adapté (FVA) : au vu des justificatifs fournis, donner son avis sur d'éventuelles dépenses nécessaires pour permettre le cas échéant à la victime d'adapter son véhicule à son handicap en précisant leur coût ou leur surcoût, ainsi que la nature et la fréquence de renouvellement des frais d'adaptation ;

* assistance par tierce personne (ATP) : donner son avis sur la nécessité d'éventuelles dépenses liées à l'assistance permanente d'une tierce personne, en précisant, le cas échéant, s'il s'agit d'un besoin définitif ;

* perte de gains professionnels futurs (PGPF) : indiquer au vu des justificatifs produits si le déficit fonctionnel permanent dont la victime reste atteinte après sa consolidation entraîne l'obligation pour elle de cesser totalement ou partiellement son activité professionnelle ou de changer d'activité professionnelle ;

* incidence professionnelle (IP) : indiquer, notamment au vu des justificatifs produits, si le déficit fonctionnel permanent entraîne d'autres répercussions sur son activité professionnelle actuelle ou future (obligation de formation pour un reclassement professionnel, pénibilité accrue dans son activité, dévalorisation sur le marché du travail etc.;

* préjudice scolaire, universitaire ou de formation (PSU) : dire si la victime a subi une perte d'année d'étude scolaire, universitaire ou de formation en précisant le cas échéant si celle-ci a dû se réorienter ou renoncer à certaines ou à toutes formations du fait de son handicap ;

Au titre des préjudices extrapatrimoniaux temporaires avant consolidation :

* déficit fonctionnel temporaire (DFT) : indiquer si la victime a subi un déficit fonctionnel temporaire, en préciser sa durée, son importance et au besoin sa nature ;

* souffrances endurées (SE) : décrire les souffrances physiques et psychiques endurées par la victime, depuis les faits à l'origine des dommages jusqu'à la date de consolidation, du fait des blessures subies et les évaluer sur une échelle de 1 à 7 degrés ;

* préjudice esthétique temporaire (PET) : décrire la nature et l'importance du dommage esthétique subi temporairement jusqu'à consolidation des blessures et l'évaluer sur une échelle de 1 à 7 degrés ;

Au titre des préjudices extrapatrimoniaux permanents après consolidation :

* déficit fonctionnel permanent (DFP) : indiquer si la victime a subi un déficit fonctionnel permanent subsistant après la consolidation des lésions ; en évaluer l'importance et au besoin en chiffrer le taux ;

* préjudice d'agrément (PA) : donner son avis sur l'existence d'un préjudice d'agrément résultant de l'impossibilité pour la victime de pratiquer régulièrement une activité spécifique sportive ou de loisirs ;

* préjudice esthétique permanent (PEP) : décrire la nature et l'importance du préjudice esthétique subi de façon définitive après la consolidation des blessures et l'évaluer sur une échelle de 1 à 7 degrés ;

* préjudice sexuel et préjudice d'établissement (PS) (PE) : indiquer s'il existe ou existera (lorsque la victime est un enfant) un préjudice sexuel, de procréation ou d'établissement ;

Disons que l'expert devra établir un état récapitulatif de l'évaluation de l'ensemble des postes énumérés dans la mission et dire si l'état de la victime est susceptible de modification en aggravation ou en amélioration ;

Dans l'affirmative, fournir à la juridiction toutes précisions utiles sur cette évolution, son degré de probabilité, et, dans le cas où un nouvel examen apparaîtrait nécessaire, indiquer le délai dans lequel il devra y être procédé ;

DISONS que pour l'exécution de sa mission, l'expert judiciaire :

1°) devra prendre connaissance des explications des parties, ainsi que de tous documents utiles à son information, à charge d'en préciser les sources ;
2°) pourra entendre au besoin tout sachant dans les conditions prévues par l'article 242 alinéa 1er du C.P.C. ;
3°) pourra prendre l'avis d'un technicien (sapiteur) dans une spécialité distincte de la sienne conformément à l'article 278 du code de procédure civile ;

DISONS que le contrôle des opérations d'expertise sera assuré par le magistrat chargé du contrôle des expertises judiciaires du tribunal de judiciaire de Nice ;
DISONS que Madame [C] [L] fera l'avance des frais de l'expertise judiciaire et devra consigner en garantie la somme de 2000 euros à la régie d'avances et de recettes de ce tribunal au plus tard le 25 septembre 2025 sauf dans l'hypothèse où une demande d'aide juridictionnelle antérieurement déposée serait accueillie, auquel cas les frais seront avancés directement par le Trésorier Payeur Général ;

DISONS qu'à défaut de consignation des frais selon les délais et modalités susvisés la mesure d'instruction sera caduque, sauf relevé de caducité obtenu du juge chargé du contrôle de la mesure d'instruction ;

DISONS que l'expert judiciaire évaluera d'une manière aussi précise que possible le montant prévisible de sa rémunération et de ses débours, puis informera les parties et leurs conseils s'il lui apparaît nécessaire de solliciter une consignation complémentaire, notamment afin d'avoir recours à un sapiteur ;

DISONS que l'expert judiciaire sollicitera le cas échéant, auprès du magistrat chargé du contrôle des expertises judiciaires le versement d'une consignation complémentaire en joignant à sa demande les observations des parties ou en précisant qu'elles n'ont formulé aucune observation sur ce point ;

DISONS qu'à défaut de consignation complémentaire dans le délai et selon les modalités fixées par le juge, et sauf prorogation de ce délai, l'expert pourra être autorisé à déposer son rapport en l'état ;

DISONS que l'expert devra transmettre un pré-rapport aux parties et leur impartir un délai minimum de 6 semaines pour recueillir leurs observations ou réclamations conformément à l'article 276 du code de procédure civile ;

DISONS que, passé le délai imparti, l'expert ne sera pas tenu de prendre en compte les observations tardives sauf cause grave et dûment justifiée, auquel cas il en fera rapport au juge chargé du contrôle de la mesure d'instruction ;

DISONS que l'expert devra déposer son rapport définitif au greffe de ce tribunal, et en délivrer une copie à chacune des parties, au plus tard le 25 mars 2026 ;

DISONS qu'en cas de refus, empêchement ou négligence, l'expert pourra être remplacé par nouvelle ordonnance rendue d'office ou sur simple requête d'une partie par le juge chargé du contrôle ;

DÉCLARONS la présente ordonnance opposable à la Caisse Primaire d'Assurance Maladie des Alpes-Maritimes ;

REJETONS les parties du surplus de leurs demandes ;

LAISSONS à chacune des parties la charge de ses propres dépens ;

LE GREFFIER LE JUGE DES REFERES

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