TJ 26362, 28 mai 2026, RG 25/00551
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Texte de la décision
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE VALENCE
[Localité 1]
JUGEMENT DU 28 Mai 2026
JUGE DES CONTENTIEUX DE LA PROTECTION
Minute n°
DOSSIER N° : N° RG 25/00551 - N° Portalis DBXS-W-B7J-IWU3
DEMANDERESSE
La S.C.I. SCI ANDLOR, dont le siège social est sis [Adresse 1]
représentée par la SELARL GPS AVOCATS, avocats au barreau de La Drôme
DÉFENDERESSE
Madame [O] [L], demeurant [Adresse 2] / [Adresse 3]
comparante
COMPOSITION DU TRIBUNAL :
Présidente : Anabelle MELKA, juge des contentieux de la protection
en présence de [M] [X], auditrice de justice
Greffière lors du prononcé de la décision : Sandrine LAMBERT
Débats tenus à l'audience du 12 mars 2026
Jugement prononcé le 28 mai 2026, par mise à disposition au greffe
EXPOSÉ DU LITIGE
La S.C.I. SCI ANDLOR a donné à bail à Mme [O] [L] un logement à usage d’habitation situé [Adresse 4], à Bourg-les-Valences (26500) par contrat du 3 décembre 2024, pour un loyer mensuel initial de 912 euros, outre une provision pour charges récupérables de 78 euros.
Des loyers étant demeurés impayés, la SCI ANDLOR a fait signifier un commandement de payer visant la clause résolutoire le 3 mars 2025 dont les causes du commandement ont été soldées dans le délais de six semaines.
De nouveau en situation d'impayés, la SCI ANDLOR a fait signifier un second commandement de payer le 16 mai 2025 et a saisi le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Valence par acte du 8 août 2025 délivré en étude pour :
- faire constater l’acquisition de la clause résolutoire,
- être autorisée à faire procéder à l’expulsion immédiate de Mme [O] [L] ainsi que de tout occupant de son chef, au besoin avec le concours de la force publique et d’un serrurier,
- obtenir la condamnation de M. [O] [L] au paiement :
* de la somme de 2 187,84 euros arrêtée au 22 juillet 2025 au titre de l’arriéré locatif et des charges,
* d’une indemnité d’occupation égale au montant du loyer mensuel et des charges jusqu’à la libération effective des lieux loués,
* de la somme de 800 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile,
* des dépens en ce compris le coût du commandement.
Le diagnostic social et financier a été reçu au greffe le 6 novembre 2025. Il a été donné lecture de ses conclusions à l'audience.
Initialement appelée à l'audience du 11 décembre 2025, l'affaire a fait l'objet de plusieurs renvois sur demande des parties.
À l’audience du 12 mars 2026 à laquelle l’affaire a été appelée et retenue, la SCI ANDLOR a maintenu ses demandes, sauf à préciser que la dette s’élevait désormais à 2 487,03 euros au 11 mars 2026, hors frais de procédure s’élevant à 307,76 euros. Par ailleurs, elle a indiqué être opposée à la suspension des effets de la clause résolutoire et à l'octroi de délais de paiement.
Mme [O] [L] a comparu et a demandé des délais de paiement pour apurer sa dette dont elle ne conteste ni le principe ni le montant. Elle a proposé de verser 50 euros par mois en plus de son loyer courant. Elle a par ailleurs demandé la suspension des effets de la clause résolutoire.
Au soutien des ses prétentions, elle explique qu'elle bénéficie d'une mesure d'aide à la gestion du budget familial, ses comptes étant gérés par l'UDAF, elle dit ne pas avoir la main sur ses versements alors qu'elle est en possession des fonds nécessaires pour s'acquitter de son loyer. Elle a récemment changé de mandataire avec laquelle elle a mis en place un virement de 50 euros en plus du loyer et charges courants.
En application de l’article 24 V de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, la présidente a invité les parties à lui produire tous éléments relatifs à l’existence d’une procédure de traitement du surendettement au sens du livre VII du code de la consommation.
Les parties n’ont pas fait connaître l’existence d’une procédure de traitement du surendettement au profit de Mme [O] [L].
L’affaire a été mise en délibéré au 28 mai 2026, date du prononcé du jugement par mise à disposition au greffe.
MOTIFS DE LA DECISION
Sur la recevabilité
L’article 24 III de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 dispose qu’à peine d’irrecevabilité de la demande, l’assignation aux fins de constat de la résiliation est notifiée à la diligence du commissaire de justice au représentant de l’Etat dans le département au moins six semaines avant l’audience, afin qu’il saisisse l’organisme compétent désigné par le plan départemental d’action pour le logement et l’hébergement des personnes défavorisées. Cette notification s’effectue par voie électronique. L’organisme saisi réalise un diagnostic social et financier, au cours duquel le locataire et le bailleur sont mis en mesure de présenter leurs observations, et le transmet au juge avant l’audience, ainsi qu’à la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives.
Par ailleurs, en vertu de l’article 24 II de la loi susvisée, les bailleurs personnes morales autres qu'une société civile constituée exclusivement entre parents et alliés jusqu'au quatrième degré inclus ne peuvent faire délivrer, sous peine d'irrecevabilité de la demande, une assignation aux fins de constat de résiliation du bail avant l'expiration d'un délai de deux mois suivant la saisine de la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives. Cette saisine est réputée constituée lorsque persiste une situation d'impayés préalablement signalée aux organismes payeurs des aides au logement en vue d'assurer le maintien de leur versement. Cette saisine s'effectue par voie électronique par l'intermédiaire du système d'information prévu au dernier alinéa de l'article 7-2 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990.
En l’espèce, une copie de l’assignation a été notifiée à la préfecture de la Drôme par voie électronique le 8 août 2025, soit plus de six semaines avant l’audience, conformément aux dispositions de l’article 24 III de la loi numéro 89-462 du 06 juillet 1989 susvisée.
En outre, la SCI ANDLOR justifie avoir avisé la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives le 19 mai 2025, soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation du 8 août 2025, conformément aux dispositions précitées.
L’action est donc recevable.
Sur l’acquisition des effets de la clause résolutoire
L’article 24 I de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 prévoit que tout contrat de bail contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie. Cette clause ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux.
En l'espèce, un commandement de payer visant cette clause a été signifié le 16 mai 2025, pour la somme en principal de 1 214,84 euros.
Ce commandement est demeuré infructueux pendant plus de six semaines, de sorte qu’il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire contenue dans le bail étaient réunies à la date du 28 juin 2025.
Mme [O] [L] est à compter de cette date occupante sans droit ni titre du logement donné à bail.
Sur les demandes de condamnation au paiement
La S.C.I. SCI ANDLOR produit un décompte indiquant que Mme [O] [L] reste lui devoir, la somme de 2 487,03 euros au 11 mars 2026. Toutefois ce décompte inclut :
- des frais de rejet à hauteur de 39 euros,
- des dépens à hauteur de 497,65 euros,
de sorte que la dette locative arretée au 11 mars 2026 s'élevait à 1 950,38 euros.
Mme [O] [L] n'apporte aucun élément de nature à contester le principe ni le montant de la dette, qu'elle reconnaît d'ailleurs à l'audience.
Mme [O] [L] sera dès lors condamnée à verser à la SCI ANDLOR la somme de 1 950,38 euros au titre des loyers, charges et indemnités d’occupation arrêtés au 11 mars 2026.
Sur les délais de paiement et la suspension des effets de la clause résolutoire
L’article 24 V de loi n°89-462 du 06 juillet 1989 ajoute que le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d'office, à la condition que le locataire soit en mesure de régler sa dette locative et qu’il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, au locataire en situation de régler sa dette locative.
Enfin, l’article 24 VII de cette même loi dispose que lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge, Cette suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge. Ces délais et les modalités de paiement accordés ne peuvent affecter l'exécution du contrat de location et notamment suspendre le paiement du loyer et des charges.
En l'espèce, il résulte des pièces produites aux débats que le versement intégral du loyer courant a été repris avant la date de l'audience. Le décompte produit démontre que depuis l'échéance de Janvier 2026, Mme [O] [L] a mis en place un paiement complémentaire de 50 euros en plus du loyer et charges. Par ailleurs, il ressort également de ce décompte que Mme [O] [L] s'est efforcée de solder le premier commandement de payer dans le délais imparti et effectue depuis des paiements réguliers qui permettent de limiter l'accroissement la dette.
Compte tenu de ces éléments et des propositions de règlement annoncées à l'audience, un délai sera accordé à Mme [O] [L] pour régler sa dette locative et il y a lieu de suspendre les effets de la clause de résiliation de plein droit. Elle sera tenue de verser, en plus du loyer courant et des provisions sur charges une somme mensuelle de 55 euros sur une durée de trente six mois, la dernière mensualité apurant le solde.
Pendant le cours des délais ainsi accordés, les effets de la clause résolutoire seront suspendus.
Si la locataire se libère dans le délai et selon les modalités fixées, la clause résolutoire sera réputée ne pas avoir joué et le bail ne sera pas résilié.
En revanche, si la locataire ne respecte pas les modalités de l’échéancier ou ne paie pas le loyer courant ainsi que les charges, la clause résolutoire reprendra immédiatement ses effets : le bail sera résilié, l’expulsion de la locataire ordonnée, et une indemnité mensuelle d’occupation mise à sa charge jusqu’à libération effective des lieux et remise des clés.
Le sort des meubles éventuellement laissés dans les lieux sera régi conformément aux articles L.433-1 et L.433-2 du code des procédures civiles d’exécution.
Sur les demandes accessoires
Sur les dépens
L’article 695 6° du code de procédure civile dispose que les dépens afférents aux instances, actes et procédures d'exécution comprennent les émoluments des officiers publics ou ministériels.
En vertu de l’article 696 alinéa 1 du code de procédure civile, la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n’en mette la totalité ou une fraction à la charge d’une autre partie.
En l’espèce, Mme [O] [L], partie succombante à la procédure, supportera la charge des dépens.
Aux termes de l’article L.111-8 alinéa 2 du code des procédures civiles d’exécution, les frais de recouvrement entrepris sans titre exécutoire restent à la charge du créancier, sauf s’ils concernent un acte dont l’accomplissement est prescrit par la loi au créancier. Toute stipulation contraire est réputée non écrite, sauf disposition législative contraire.
Ainsi, ces dépens comprendront le coût du commandement visant la clause résolutoire qui, en vertu de l’article susvisé, doit rester à la charge du débiteur. En revanche, le commandement de payer en date du 3 mars 2025, lequel a produit ses effets en ce qu'il a été soldé, et qui n'était pas nécessaire à la présente procédure, ne pourra être pris en compte au titre des dépens.
Sur les frais irrépétibles
En application de l’article 700 du code de procédure civile, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans tous les cas, le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a pas lieu à ces condamnations.
En l’occurrence, il n’est pas inéquitable de condamner Mme [O] [L] à payer à la SCI ANDLOR la somme de 300 euros en application des dispositions susvisées.
Sur l’exécution provisoire
En vertu de l’article 514 du code de procédure civile, les décisions de première instance sont de droit exécutoires à titre provisoire à moins que la loi ou la décision rendue n’en dispose autrement. L’article 514-1 du même code dispose que le juge peut écarter l’exécution provisoire de droit, en tout ou partie, s’il estime qu’elle est incompatible avec la nature de l’affaire. Il statue, d’office ou à la demande d’une partie, par décision spécialement motivée. Par exception, le juge ne peut écarter l’exécution provisoire de droit lorsqu’il statue en référé, qu’il prescrit des mesures provisoires pour le cours de l’instance, qu’il ordonne des mesures conservatoires ainsi que lorsqu’il accorde une provision au créancier en qualité de juge de la mise en état.
En l’espèce, l’exécution provisoire n’étant pas incompatible avec la nature de l’affaire, il n’y a pas lieu de l’écarter.
Il sera toutefois rappelé que, conformément aux dispositions de l’article L. 111-10 du code des procédures civiles d’exécution, l’exécution provisoire a lieu aux risques et périls du créancier.
PAR CES MOTIFS
La juge des contentieux de la protection, statuant par mise à disposition au greffe, par jugement contradictoire et en premier ressort,
- Constate que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire sont réunies à la date du 28 juin 2025, et qu’en conséquence le bail se trouve résilié depuis cette date,
- Suspend les effets de la clause résolutoire et dit que cette clause sera réputée n’avoir jamais joué si l’échéancier ci-après accordé est respecté,
- Condamne Mme [O] [L] à payer à la S.C.I. SCI ANDLOR la somme de 1 950,38 euros au titre des loyers, charges et indemnités d’occupation arrêtés au 11 mars 2026, avec intérêts au taux légal à compter du 16 mai 2025 sur la somme de 1 214,84 euros, et à compter du présent jugement pour le surplus,
- Accorde à Mme [O] [L] la faculté de se libérer de la dette par trente six versements mensuels dont trente cinq de 55 euros et la dernière mensualité apurant le solde, en plus du loyer courant et des charges ; chaque versement devant intervenir le jour du paiement du loyer, et ce à compter du mois suivant la signification de la présente décision,
- Dit qu’à défaut de paiement d’une seule échéance ou d’un terme de loyer courant à son échéance :
* la totalité de la dette redeviendra immédiatement exigible,
* la clause résolutoire reprendra ses effets,
* il pourra être procédé, à défaut de départ volontaire ou de meilleur accord entre les parties, à l’expulsion de Mme [O] [L] et de tous les occupants de son chef des lieux loués situés [Adresse 4], à [Localité 2], avec l’assistance de la force publique si besoin est,
* Mme [O] [L] sera tenue au paiement en deniers ou quittances d’une indemnité d’occupation mensuelle d’un montant égal au montant du loyer et des charges qui auraient été dus en cas de poursuite du bail, se substituant au loyer à compter du 18 juin 2025 et jusqu’à libération effective des lieux et remise des clefs,
- Dit que le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L.433-1 et L.433-2 du code des procédures civiles d'exécution,
- Condamne Mme [O] [L] à verser à la SCI ANDLOR la somme de 300 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile,
- Condamne Mme [O] [L] aux dépens, lesquels comprendront notamment le coût du commandement de payer visant la clause résolutoire,
- Rappelle que la présente décision bénéficie de l’exécution provisoire de droit,
- Dit que la présente décision sera communiquée à la direction départementale de l’emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations de la Drôme.
La greffière, La juge des contentieux de la protection,
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