T. com. 3501, 12 juin 2025, n° 2025F00024
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Texte de la décision
REPUBLIQUE FRANCAISE AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
TRIBUNAL DE COMMERCE DE RENNES
Jugement prononcé le 2 avril 2026
N° RG : 2025F00024
PARTIE(S) EN DEMANDE
SAS ADS ASSAINISSEMENT DEBOUCHAGE SERVICES
[Adresse 1] - Représentant : Avocat plaidant : Me Johanna AZINCOURT
DEMANDEUR
PARTIE(S) EN DEFENSE
SAS Cohérence Communication
[Adresse 2] - Représentant : Avocat plaidant : Me Valérie LEBLANC
DEFENDEUR
COMPOSITION DU TRIBUNAL LORS DES DEBATS ET DU DELIBERE :
L'affaire a été débattue le 22/01/2026 en audience publique, devant le Tribunal composé de :
M. Bertrand VAZ, Président de Chambre,
M. Dominique AUBERGER, M. Antoine GAUTIER, M. Stéphane DELEAU, M. Christophe BINOIS, Juges,
Greffier lors des débats : Me Emeric VETILLARD
Jugement prononcé publiquement par mise à disposition au Greffe du Tribunal de Commerce de Rennes, les parties ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article 450 du CPC, et signé par M. Bertrand VAZ, Président de chambre, assisté de Mme Noémie MAHE, Greffière d'audience,
Copie exécutoire délivrée à Me Johanna AZINCOURT le 2 avril 2026
FAITS
la société ADS ASSAINISSEMENT DEBOUCHAGE SERVICE (ci-après ADS) exploite un fonds artisanal d'assainissement, de désinfection, désinsectisation et de dératisation, Elle évolue sur la région rennaise, le secteur malouin et en proximité de ce dernier.
La société COHERENCE COMMUNICATION (ci-après COHERENCE) agence de communication digitale est spécialisée dans la conception et le référencement de sites internet et propose de prestations complémentaires de suivi et d'analyse.
En date du 23 septembre 2019, les parties concluent un contrat de création de site web portant sur :
la création d'un site web avec un nom déterminé
la mise à disposition du site WEB
un logiciel de création et de gestion de contenu
l'hébergement, la maintenance et la gestion du nom de domaine
l'analyse des visites
le référencement naturel Google (SEO)
Le contrat avec la société COHERENCE portait sur une durée initiale de 48 mois avec un loyer mensuel de 900 € HT soit 1 080 € TTC.
Dans le prolongement de ce contrat initial, 6 avenants vont être établis :
Avenant du 20.02.2020 ayant pour objet « REFERENCEMENT GOOGLE ADWORDS » qui a porté la prestation à un loyer complémentaire de 3.500 € HT soit un loyer mensuel de 4.400,00 € HT, soit 5.280,00 € TTC
Avenant du 05.01.2021 ayant pour objet « REFERENCEMENT SEO » qui a porté la prestation à un loyer complémentaire de 120,00 € HT soit un loyer mensuel de 4.520,00 € HT, soit 5.424,00 € TTC
Avenant du 06.04.2021 ayant pour objet « REFERENCEMENT SEO » qui a porté la prestation à un loyer complémentaire de 30,00 € HT soit un loyer mensuel de 4 550,00 € HT, soit 5 460,00 € TTC ;
Avenant du 07.09.2021 ayant pour objet « REFERENCEMENT SEO » qui a porté la prestation à un loyer complémentaire de 80,00 € HT soit un loyer mensuel de 4 630,00 € HT, soit 5 556,00 € TTC ;
Avenant du 07.06.2022 ayant pour objet « IFRAME FACEBOOK » qui a porté la prestation à un loyer complémentaire de 30,00 € HT soit un loyer mensuel de 4 660,00 € HT, soit 5 592,00 € TTC ;
Avenant du 15.02.2023 ayant pour objet « REFONTE GRAPHIQUE » qui a porté la prestation à un loyer complémentaire de 20,00 € HT soit un loyer mensuel de 4 680,00 € HT, soit 5 616,00 € TTC
La société ADS a demandé à la société COHERENCE la communication des factures de GOOGLE concernant la prestation « REFERENCEMENT GOOGLE ADWORKS » entre septembre 2023 et le premier semestre 2024.
Constatant des différences entre le montant des factures Google et le montant des loyers payés pour cette prestation, la société ADS, par la voie de son conseil dans une lettre de mise en demeure envoyée en recommandée avec accusé de réception en date du 25 septembre 2024, a demandé à la société COHERENCE la restitution d'un trop perçu qu'elle estimait à 1 500 € HT par mois depuis le 1er avril 2020 soit la somme de 79 500 € HT à fin septembre 2024, ainsi que de régulariser et formaliser les conditions de cessation de la prestation Google ADWORDS..
Le Conseil de la société ADS écrivait également que le montant de 3.000 € HT pour les prestations de référencement Google ADWORDS n'était pas justifié car l'avenant du 20 février 2020 fixait le budget mensuel à 3 500 € HT.
Le courrier de mise en demeure fait également état d'une demande de remboursement des loyers payés entre septembre 2019 et mai 2020 soit la somme de 7 560 € TTC.
Le 7 octobre 2024, la société COHERENCE, par la voie de son Directeur Financier, a répondu par lettre recommandée avec accusé de réception au Conseil de la société ADS qu'elle ne donnait pas de suite favorable aux demandes présentées estimant avoir rempli ses obligations contractuelles dans les 2 cas, et qu'elle rejetait la demande de cessation de la prestation Google ADWORDS.
Jugeant insuffisantes les explications apportées par la société COHERENCE dans sa réponse du 7 octobre 2024, la société ADS, par la voie de son Conseil, a envoyé une nouvelle mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception en date du 15 novembre 2024
En vain.
PROCÉDURE
C'est dans ces conditions que la société ADS ASSAINISSEMENT DEBOUCHAGE SERVICE, par acte introductif d'instance en date du 10 janvier 2025, signifié à personne par la SELARL BONNEFOIE GUERIN, Commissaire de Justice à VITRE, a assigné la société COHERENCE COMMUNICATION d'avoir à comparaître devant le Tribunal de Commerce de Rennes à l'audience du 6 février 2025 aux fins de condamner la société COHERENCE COMMUNICATION à verser à la société ADS ASSAINISSEMENT DEBOUCHAGE SERVICE les sommes de 88 885,44 euros au titre du différentiel résultant de la prestation Google AD WORDS, de 7 560 euros au titre des prélèvements anticipés de loyers sur la période du mois d'octobre 2019 au mois de mai 2020, outre la somme de 5 000 euros au titre de l'article 700 du Code de procédure civile ainsi qu'aux entiers dépens d'instance.
L'affaire a été enrôlée le 15 janvier 2025 sous le numéro 2025F00024, et les parties ont été convoquées à l'audience publique du 6 février 2025 lors de laquelle l'affaire a été renvoyée en Conciliation et renvoyée en audience publique au 6 mars 2025.
La conciliation n'ayant pas abouti, et après plusieurs renvois, l'affaire a été retenue à l'audience publique du 22 janvier 2026.
Le jugement mis en délibéré sera rendu contradictoirement et en premier ressort compte tenu du montant de la demande en principal.
Les parties présentes à l'audience ont été informées, conformément aux dispositions de l'article 450 du Code de Procédure Civile que le jugement sera prononcé par mise à disposition au Greffe le 24 mars 2026, délibéré prorogé au 02 avril 2026.
MOYENS ET PRETENTIONS DES PARTIES
Les parties ont déposé à l'audience l'ensemble des pièces et justificatifs qu'elles ont échangés et qu'elles considèrent comme nécessaires au soutien de leurs prétentions et, conformément aux dispositions de l'article 447 du Code de Procédure Civile, lecture en a été faite en délibéré et le Tribunal y fait expressément référence.
Pour la société ADS ASSAINISSEMENT DEBOUCHAGE SERVICE en demande :
Elle fait valoir ses moyens et arguments dans ses conclusions, datées et signées du 25 Novembre 2025 auxquelles il convient de se reporter pour plus amples détails, conformément à l'article 455 du Code de Procédure Civile.
* sur le litige portant sur la facturation de la prestation Google ADWORDS
La société ADS rappelle que la prestation Google ADWORDS consiste à permettre un meilleur référencement sur internet en fonction de mots clés. Cette prestation de référencement sur internet est effectuée par GOOGLE qui facture la prestation à la société COHERENCE.
La société ADS considère donc que la société COHERENCE n'est qu'un intermédiaire pour cette prestation, qu'elle n'apporte aucune plus-value spécifique, et qu'en conséquence il ne devrait pas y avoir de différence entre la facture GOOGLE et le loyer facturé par la société COHERENCE pour cette prestation.
Elle relève que le budget des prestations de référencement payant Google ADWORDS selon le rapport établi par la société COHERENCE est de 114 560,41 € TTC pour la période du 1er avril 2020 au 24 octobre 2023, soit 2 700 € TTC par mois pour un prix payé de 4.200 € TTC, soit un différentiel mensuel de 1 500 € TTC depuis le 1er avril 2020.
Elle indique que rien ne prouve que les parties se sont mises d'accord pour que la société COHERENCE prélève une commission de 10% sur le montant du loyer, ni sur le principe d'une commission. Elle soutient que cette commission n'est pas justifiée, qu'elle n'en a eu connaissance que lors du courrier du 7 octobre 2024.
La société ADS indique ne pas avoir été informée d'une réduction du budget consacré à l'activité Google AD WORDS passant de 3 500 € HT à 3 000 € HT en février 2021 et ne pas avoir eu communication de la fiche de préparation émise par la société COHERENCE ayant conduit à l'avenant du 5 janvier 2021.
Elle indique ne pas avoir pas été à l'initiative de cette réduction, n'en avoir jamais été informée, ni n'avoir jamais donné son accord sur la réaffectation de budget de 500 € HT vers le référencement SEO, ni sur le principe ni sur le montant.
Par ailleurs, à la lecture de la réponse de la société COHERENCE en date du 7 octobre 2024, la société ADS indique découvrir que le budget mensuel du référencement Google ADWORDS n'est qu'une estimation et qu'il peut varier en fonction du nombre de clics.
La société ADS mentionne que cette notion d'aléa et de variation du budget n'a jamais été porté à sa connaissance et qu'en conséquence elle n'a jamais donné son accord à ce mode de fonctionnement.
En conséquence, elle demande le remboursement du différentiel de loyer de 3 500 € HT avec la facturation Google.
* sur les loyers prélevés sur la période d'octobre 2019 à mai 2020
Elle considère que le site livré par la société COHERENCE en date du 23. septembre 2019 dénommé www,adsassainissement,fr n'est pas celui pour lequel elle a signé le contrat.
Elle indique que son site dénommé www,ads-assainissement.fr lui a été livré en date du 5 mai 2020 par la société COHERENCE conformément au PV de réception signé ce même jour, et qu'en conséquence, que les 7 prélèvements de loyer payés depuis octobre 2019 pour ce dernier sont injustifiés.
Par ces motifs, la société ADS demande au Tribunal de Commerce de Rennes de :
Vu les dispositions de l'article 1231-1 du Code civil ; Vu les dispositions de l'article 1104 du Code civil ; Vu les dispositions de l'article 1112-1 du Code civil ; Vu le contrat principal et ses avenants
CONSTATER l'existence d'une créance de la société ADS à l'encontre de la société COHERENCE au titre de la prestation confiée par avenant en date du 20.02.2020, concernant la prestation « GOOGLE AD WORDS ».
CONSTATER l'existence d'une créance de la société ADS à l'encontre de la société COHERENCE au titre des loyers indûment prélevés ;
EN CONSEQUENCE :
CONDAMNER la société COHERENCE à verser à la société ADS la somme de 107.932,32
€ (CENT SEPT MILLE EUROS ET NEUF CENT TRENTE DEUX EUROS ET TRENTE DEUX CENTIMES)
TTC, sauf à parfaire au jour du jugement à intervenir, au titre du différentiel résultant de la prestation « Google ADWORDS » confiée par avenant du 20.02.2020
CONDAMNER la société COHERENCE à verser à la société ADS la somme de 7.560 € (SEPT MILLE CINQ CENTS SOIXANTE EUROS) TTC au titre des prélèvements de loyers effectués de manière anticipée de la période du mois d'octobre 2019 au mois de mai 2020, soit sept (7) mois.
EN TOUT ETAT DE CAUSE,
CONDAMNER la société COHERENCE à payer à la société ADS la somme de 5.000 € (CINQ MILLE EUROS) au titre de l'article 700 du CPC ainsi qu'aux entiers dépens d'instance, lesquels seront recouvrés par la SELARL JOHANNA AZINCOURT conformément aux dispositions de l'article 699 du CPC.
Pour la société COHERENCE COMMUNICATION, en défense ;
Elle fait valoir ses moyens et arguments dans ses conclusions n°3, datées et signées du 3 décembre 2025, auxquelles il convient de se reporter pour plus amples détails, conformément à l'article 455 du Code de Procédure Civile.
* Sur les demandes concernant la facturation Google AD WORDS
La société COHERENCE indique que le contrat principal datant du 23 septembre 2019 et les 6 autres avenants qui ont suivis ont tous été dûment régularisés entre les parties.
Concernant l'avenant du 5 janvier 2021, la société COHERENCE précise que :
Le loyer site web + SEO a été augmenté de 620 € HT
Le loyer de Google ADWORDS a été réduit de 500 € (3 000 au lieu de 3 500 € HT)
Que c'est bien ce qui ressort de sa pièce n°5b.
Lors de l'établissement de l'avenant du 5 janvier 2021, la société COHERENCE indique que les parties sont mutuellement convenues de ces modifications. Cette information figure sur la fiche de préparation réalisée dans le cadre l'avenant qui portait également sur de nouvelles prestations de référencement naturel SEO.
Par ailleurs, la société COHERENCE rappelle qu'une commission de gestion de 10 % est prélevée au titre des prestations Google ADWORDS ainsi, le budget injecté aux enchères ADWORDS était de 3 150 € HT après commission de 10 % pour un budget de 3 500 € HT puis de 2 700 € HT pour un budget de 3 000 € HT.
Compte tenu de ces éléments, à fin novembre 2025, la société COHERENCE indique que le budget non consommé au titre du référencement Google ADWORDS est de 9 194,55 € HT et que ce reliquat a pour but d'être réinjecté au fil des mois suivants jusqu'à la fin du contrat en février 2027.
La société COHERENCE réfute les arguments avancés concernant l'absence de valeur ajoutée et son rôle d'unique intermédiaire pour la prestation Google ADWORDS dont il faut assurer la mise en place et la gestion tout au long du contrat.
Par ailleurs le caractère onéreux de cette prestation figure bien dans les conditions particulières signées entre les parties le 23 septembre 2019 :
Article 4.3 « les prestations de référencement payant de type « google ad words » par le biais d'achat d'espace ne sont pas comprises dans la prestation de référencement naturel et feront l'objet d'une facturation complémentaire »
Aussi, au niveau de la commission de gestion de 10 % jugée infondée par la société ADS, la société COHERENCE mentionne que le prix de la prestation Google AD WORDS était bien indiqué sur l'avenant du 20 février 2020 et qu'elle n'avait pas à détailler ni à justifier le principe de la marge dégagée sur cette prestation.
S'agissant de la notion « d'aléa » des enchères Google AD WORDS, la société COHERENCE précise que cela concerne uniquement la consommation par Google du budget préalablement défini et non la prestation fournie par elle-même lors de la programmation mensuelle des enchères sur les mots clés retenus.
Pour la société COHERENCE, il faudrait que la société ADS prouve que cette notion d'aléa ait été une information d'une importance déterminante à son consentement lors de la signature de l'avenant du 20 février 2020.
b – les loyers prétendus indûment perçus par COHERENCE :
La société COHERENCE précise que le nom de site voulu par la société ADS lors de la signature du contrat du 23 septembre2019 soit transféré sous le nom de domaine « www.ads-assainissement.fr ».
Toutefois, ce dernier était géré par l'ancien prestataire d'ADS, la société SOLOCAL.
Dans ce cadre, la société COHERENCE se réfère à l'article 4.4 des conditions particulières du contrat :
« si le client possède un nom de domaine, il s'engage avec l'assistance de Coherence, à faire le nécessaire auprès du bureau d'enregistrement pour obtenir le transfert du nom de domaine dans des délais raisonnables. Dès le transfert réalisé, Coherence installera le site internet sur le nom de domaine initial. Le transfert d'un nom de domaine, dont la gestion relève d'un autre prestataire que Coherence, est subordonné à la validité du nom de domaine et au règlement des sommes restant dues à cet autre prestataire »
De ce fait, elle soutient qu'il appartenait à la société ADS de faire les démarches auprès de son ancien prestataire pour récupérer les codes et les transmettre à la société COHERENCE pour mettre en ligne le site « www.ads-assainissement.fr »,
Dans l'intervalle et afin de lancer les paramétrages du référencement naturel SEO, la société COHERENCE a livré selon PV de livraison et de conformité signé en date du 26 septembre 2019 par les parties, un site provisoire à la société ADS dénommé www.adassainissement.fr.
Le transfert des données de l'ancien prestataire SOLOCAL a été réalisé début mai 2020 à la société COHERENCE. De ce fait, le site prévu selon les termes du contrat du 23 septembre 2019 a été livré le 5 mai 2020 à la société ADS,
Par ces motifs, la société COHERENCE COMMUNICATION demande au Tribunal de Commerce de Rennes de :
Vu les articles 1103 et 1112-1 du Code Civil, Vu l'article 514-1 du Code de Procédure Civile,
DEBOUTER
la société ASSAINISSEMENT DEBOUCHAGES SERVICES (ADS) de la totalité de ses demandes, fins et conclusions.
À titre subsidiaire et pour le cas d'une quelconque condamnation,
LIMITER la condamnation de la société COHERENCE COMMUNICATION à la somme maximale de 26.100 € HT soit 31.320 € TTC au titre de la baisse du budget Google AdWords à compter du mois de février 2021 ;
ECARTER
l'exécution provisoire de droit par application de l'article 514-1 du Code de Procédure Civile.
À titre plus subsidiaire encore et si l'exécution provisoire était maintenue,
* La
SUBORDONNER
à la constitution réelle ou personnelle suffisante pour répondre de toutes restitutions ou réparations conformément à l'article 514-1 du Code de Procédure Civile.
Dans tous les cas,
CONDAMNER la société ASSAINISSEMENT DEBOUCHAGES SERVICES (ADS) à verser à la Société COHERENCE COMMUNICATION la somme de 5.000 € par application des dispositions de l'article 700 du Code de Procédure Civile et au titre des frais irrépétibles.
DISCUSSION
L'article 1231-1 du Code civil dispose que :
« Le débiteur est condamné, s'il y a lieu, au paiement de dommages et intérêts soit à raison de l'inexécution de l'obligation, soit à raison du retard dans l'exécution, s'il ne justifie pas que l'exécution a été empêchée par la force majeure. »
L'article 1103 du Code civil dispose que :
« Les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits. »
L'article 1104 du Code civil dispose que :
« Les contrats doivent être négociés, formés et exécutés de bonne foi.
Cette disposition est d'ordre public. »
L'article 1112-1 du Code civil dispose que :
« Celle des parties qui connaît une information dont l'importance est déterminante pour le consentement de l'autre doit l'en informer dès lors que, légitimement, cette dernière ignore cette information ou fait confiance à son cocontractant.
Néanmoins, ce devoir d'information ne porte pas sur l'estimation de la valeur de la prestation.
Ont une importance déterminante les informations qui ont un lien direct et nécessaire avec le contenu du contrat ou la qualité des parties.
Il incombe à celui qui prétend qu'une information lui était due de prouver que l'autre partie la lui devait, à charge pour cette autre partie de prouver qu'elle l'a fournie.
Les parties ne peuvent ni limiter, ni exclure ce devoir.
Outre la responsabilité de celui qui en était tenu, le manquement à ce devoir d'information peut entraîner l'annulation du contrat dans les conditions prévues aux articles 1130 et suivants. »
Deux litiges opposent les parties :
La facturation du référencement Google ADWORDS
La facturation de 7 loyers entre les mois de septembre 2019 et mai 2020
Concernant le différentiel de la facturation Google ADWORDS
La société ADS en effectuant un rapprochement entre les factures Google ADWORDS et le montant des prestations réglées à la société COHERENCE estime qu'il y a un différentiel de facturation non justifié et sans cause, elle en demande donc le remboursement.
Sur le montant de la prestation Google ADWORDS
La société ADS indique ne pas avoir été informée d'une baisse de 500 € HT du budget affecté aux enchères Google ADWORDS ni du réemploi de cette somme à du référencement Google SEO, et prétend ne pas avoir eu communication de la fiche de préparation et ne pas avoir approuvé cette modification.
Le Tribunal constate que la « FICHE PREPA : RENOUVELLEMENT » n'est pas signée par la société ADS.
Elle est dactylographiée au contraire de l'avenant dont les informations sont manuscrites.
La fiche décrit les modifications à intervenir à la date du 5 janvier 2021 :
Commentaires et autres indications :
* «L'upsell/renouv concerne uniquement un un [sic] upsell SEO sur les activités et les localités restent inchangées »
* «concernant l'ads, il faut faire passer le budget de 3500€/Mois à 3000€»
Mots clés et localités complémentaires (merci de vous référer au SEO actuel en fonction de la mensualité afin d'être cohérent)
Le Tribunal considère que cette fiche de préparation de la société COHERENCE est un document interne sur lequel le commercial fait part de modifications suite à l'entretien réalisé avec le client. Il y a eu 4 fiches de préparation établies lors des avenants 3 sous forme papier et une sous forme de courriel (échange de courriel entre collaborateurs de la société COHERENCE COMMUNICATION). Ces documents ne sont pas paraphés ni signés par la société ADS.
Le Tribunal constate qu'aucun document n'est produit démontrant que la société ADS a convenu avec la société COHERENCE une réduction du budget « Google ADWORDS » ni d'une augmentation du budget « SEO » du même montant.
L'avenant du 5 janvier 2021, signé par les parties indique simplement « REFERENCEMENT SEO », et l'augmentation du loyer de 120 € HT, sans plus de précision sur un éventuel report de budget d'une prestation sur une autre.
De ce fait, le Tribunal considère qu'aucun élément prouve que la société ADS ait eu connaissance de cette modification, ni ne l'a approuvée, ni que le budget SEO ait été augmenté de la somme équivalente.
Concernant les frais de gestion de 10%
La société ADS indique ne pas avoir eu connaissance, ni approuvé le principe d'un commissionnement prélevé sur la prestation Google ADWORDS.
La société ADS prétend que la société COHERENCE est un simple intermédiaire entre elle et la société Google et qu'elle n'apporte aucune valeur ajoutée dans la prestation Google ADWORDS.
Le référencement Google ADWORDS nécessite un paramétrage spécifique demandant des compétences techniques propres à un prestataire tel que la société COHERENCE, ce que la société ADS ne conteste pas.
La société COHERENCE assure également le suivi et la relation avec la société Google.
La pièce 18 fournie par la société ADS portant sur le guide le l'annonceur Google précise « les partenaires tiers facturent souvent des frais en plus du coût de votre publicité ».
L'article 4.3 Référencement et analyses des Conditions Particulières prévoit que « (…) Les prestations de référencement payant de type « google AdWords » par le biais d'achat d'espace, ne sont pas comprises dans la prestation de référencement naturel et feront l'objet d'une facturation complémentaire ».
Il est donc clairement prévu contractuellement que la société COHERENCE pouvait facturer une prestation en sus de la prestation de référencement payant de Google ADWORDS.
Par ailleurs, le Tribunal considère que la société COHERENCE n'avait pas à détailler, ni à justifier le montant de la commission pour frais de gestion de cette prestation, le contrat étant conclu entre les société ADS et COHERENCE, les parties étant libres de contracter.
Sur le caractère aléatoire de la prestation Google ADWORDS
La société COHERENCE explique dans ses écritures le fonctionnement d'une campagne Google ADWORDS basé sur le principe des enchères et par conséquent rend aléatoire de la dépense du budget, dont l'éventuel reliquat est reporté sur le budget des mois suivants, ce que le Tribunal constate au vu du tableau comparatif des loyers (net de commission) et factures Google.
La société ADS mentionne ne jamais avoir été informée du caractère aléatoire de la campagne Google ADWORDS, et évoque l'article 1112-1 du Code civil.
La société ADS explique au Tribunal qu'il est possible de fixer un budget fixe et régulier, tel qu'il a été mis en place en avril 2025 suite à sa demande à la société COHERENCE pour une campagne assainissement et dératisation.
En conséquence, elle demande le remboursement du trop versé à compter du 1er avril 2020.
Le Tribunal considère que l'économie du contrat n'est pas modifiée en cas de remboursement du trop versé à date par la société ADS à la société COHERENCE puisque ce trop versé était destiné à être dépensé sur les périodes futures, que la société ADS n'avait pas donné son accord pour une consommation variable du budget.
En conséquence, le Tribunal fait droit à la demande de la société ADS et condamne la société COHERENCE au remboursement du trop versé.
De tout ce qui précède, le Tribunal dit que :
Le budget de 500 € HT à compter du loyer du mois de février 2021 doit être restitué à la société ADS ASSAINISSEMENT DEBOUCHAGE, soit la somme de 29 000 € HT (58 mois de février 2021 à novembre 2025),
La société ADS ASSAINISSEMENT DEBOUCHAGE sera déboutée de sa contestation au titre de la commission de frais de gestion de 10 %,
Le surplus de budget payé par rapport au budget consommé doit être remboursé à la société ADS ASSAINISSEMENT DEBOUCHAGE, ce surplus s'élevant selon le décompte corrigé de la société COHERENCE COMMUNICATION à la somme de 9 194,55 € HT, sur la base d'un budget de 2 700 € HT (3 000€ moins les frais de gestion de 10%).
En conséquence, le Tribunal condamne la société COHERENCE COMMUNICATION à verser la somme de 38 194,55 € HT, soit 45 833,46 € TTC € à la société ADS au titre du différentiel constaté sur la prestation Google ADWORDS, à parfaire à la date du jugement à intervenir.
Concernant le litige portant sur les 7 loyers prélevés avant la livraison du site de la société ADS
La société COHERENCE fait état du PV de livraison du site provisoire signé entre les parties en date du 26 septembre 2019. Dans ce dernier, il est clairement mentionné « la date du procès-verbal de livraison et de conformité rend exigible le premier loyer ».
La société COHERENCE précise qu'il faut effectuer un transfert de nom de domaine quand un site est préalablement géré par un autre prestataire ce qui est le cas pour la société ADS via son prestataire SOLOCAL. Cette disposition est prévue dans les conditions particulières du contrat signé par les parties en date du 23 Septembre 2019 :
Article 4.4 « Nom de domaine », il est précisé ce qui suit :
« Si le client possède un nom de domaine, il s'engage, avec l'assistance de Cohérence, à faire le nécessaire auprès du bureau d'enregistrement pour obtenir le transfert du nom de domaine dans des délais raisonnables. Dès le transfert réalisé, Cohérence installera le site internet sur le nom de domaine initial. Le transfert d'un nom de domaine, dont la gestion relève d'un autre prestataire que Cohérence, est subordonné à la validité du nom de domaine et au règlement des sommes restant dues à cet autre prestataire. »
il est précisé que «Le client ne fait pas du choix du nom de domaine une condition déterminante du présent contrat. ».
Ainsi la société COHERENCE a bien livré un site provisoire le 26 septembre 2019 pour effectuer les paramétrages préalables selon les mots clés et les communes mentionnés dans le contrat signé le 23 septembre 2019.
Pour autant, elle n'a pu effectuer le transfert et donc livrer le site internet définitif qu'une fois les démarches entre la société ADS et son ancien prestataire closes soit début mai 2020.
Le Tribunal considère que la société COHERENCE a bien rempli ses obligations contractuelles à compter du 23 septembre 2029 et que la société ADS ne peut se prévaloir de l'article 1231-1 du Code civil.
En conséquence, il convient de débouter la société ADS de sa demande de condamnation de la société COHERENCE au titre des prélèvements de loyers effectués pour la période du mois d'octobre 2019 au mois de mai 2020.
Concernant les autres demandes
Pour faire valoir ces droits, la société ADS a dû engager des frais irrépétibles qu'il serait inéquitable de laisser à sa charge. La société COHERENCE COMMUNICATION sera condamnée à lui verser la somme de 3 000 € au titre de l'article 700 du Code de procédure civile ainsi qu'aux entiers dépens, lesquels seront recouvrés par la SELARL JOHANNA AZINCOURT conformément aux dispositions de l'article 699 du CPC.
Le Tribunal dit qu'il n'y a pas lieu de déroger à l'exécution provisoire ni de la subordonner à la constitution d'une sureté réelle ou personnelle suffisante pour répondre de toutes restitutions ou réparations, conformément à l'article 514-1 du Code de Procédure Civile, la société COHERENCE COMMUNICATION n'apportant pas d'élément au soutien de cette prétention.
Les sociétés ADS ASSAINISSEMENT DEBOUCHAGE SERVICE et COHERENCE COMMUNICATION seront déboutées du surplus de leurs demandes, fins et conclusions.
PAR CES MOTIFS
Le Tribunal, après en avoir délibéré collégialement, statuant par jugement contradictoire et en premier ressort prononcé par sa mise à disposition au greffe, les parties en ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au 2ème alinéa de l'article 450 du Code de Procédure Civile,
CONDAMNE la société COHERENCE COMMUNICATION à verser la somme de 38 194,55 € HT, soit 45 833,46 € TTC à la société ADS ASSAINISSEMENT DEBOUCHAGE SERVICE au titre du différentiel constaté sur la prestation Google ADWORDS à parfaire à la date du jugement à intervenir,
DEBOUTE la société ADS ASSAINISSEMENT DEBOUCHAGE SERVICE de sa demande de remboursement de loyers pour un montant de 7 560 euros,
CONDAMNE la société COHERENCE COMMUNICATION à payer à la société ADS ASSAINISSEMENT DEBOUCHAGE SERVICE une somme de 3 000 euros au titre de l'article 700 du Code de procédure civile ainsi qu'aux entiers dépens, lesquels seront recouvrés par la SELARL JOHANNA AZINCOURT conformément aux dispositions de l'article 699 du Code de procédure civile,
DIT qu'il n'y a pas lieu de déroger à l'exécution provisoire,
DEBOUTE les sociétés COHERENCE COMMUNICATION et ADS ASSAINISSEMENT DEBOUCHAGE SERVICE du surplus de leurs demandes, fins et conclusions.
Liquide les frais de greffe à la somme de 66,13 € tels que prévu aux articles 695 et 701 du Code de Procédure Civile.
LE PRESIDENT
LA GREFFIERE.
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