TJ 37261, 29 mai 2026, RG 26/00353
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Texte de la décision
MINUTE N° : 26/00175
JUGEMENT
DU 29 Mai 2026
N° RC 26/00353
DÉCISION
contradictoire et en premier ressort
S.A. TOURAINE LOGEMENT ESH
ET :
[V] [R]
Débats à l'audience du 12 Février 2026
copie et grosse le :
à
Maître Abed BENDJADOR
copie le :
à
Madame [V] [R]
Préfet d'[Localité 1] et [Localité 2]
copie dossier
TRIBUNAL JUDICIAIRE
DE [Localité 3]
TENUE le 29 Mai 2026
Au siège du Tribunal, [Adresse 1] à TOURS,
COMPOSITION DU TRIBUNAL LORS DES DÉBATS ET DU DÉLIBÉRÉ :
PRÉSIDENT : A. ROBIN, Magistrat à titre temporaire du Tribunal judiciaire de TOURS,
GREFFIER lors des débats : E.ESPADINHA
GREFFIER lors du délibéré : C. LEBRUN
DÉBATS :
A l'audience publique du 12 Février 2026
DÉCISION :
Prononcée publiquement le 29 Mai 2026 par mise à la disposition des parties au Greffe de ce Tribunal, les parties en ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article 450 du Code de Procédure Civile.
ENTRE :
S.A. TOURAINE LOGEMENT ESH, RCS de [Localité 3] B 684 801 293 dont le siège social est sis- [Adresse 2]
représentée par Maître Abed BENDJADOR de la SELARL ABED BENDJADOR, avocats au barreau de TOURS, avocats plaidant, substitué à l’audience par Me CROISE Avocat au barreau de Tours
D'une Part ;
ET :
Madame [V] [R], demeurant [Adresse 3]
comparante
D'autre Part ;
RG 26/00353
EXPOSE DU LITIGE
Par acte sous seing privé du 17 juillet 2019, la SA TOURAINE LOGEMENT ESH a consenti un bail d'habitation à Madame [R] [P] portant sur un logement situé sis62 [Adresse 4], à [Localité 4] moyennant le paiement d'un loyer mensuel de 576,94 € charges comprises.
Le 30 décembre 2024 le bailleur a fait délivrer à la locataire un commandement de payer visant la clause résolutoire du bail demeuré infructueux.
C'est dans ces conditions que le bailleur a fait assigner Madame [R] [P] par acte de commissaire de justice du 30 juillet 2025 devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Tours afin d'obtenir sous le bénéfice de l'exécution provisoire :
- la constatation ou, pour le moins, le prononcé de la résiliation du bail consenti à Madame [R] [P] ;
- dire et juger en conséquence que Madame [R] [P] se trouve être occupante sans droit ni titre ;
- l'expulsion de la locataire et celle de tous ses biens ainsi que de toute personne à sa charge ou occupant l'immeuble de son chef, par toutes les voies et moyens de droit, même avec l'assistance de la force publique et d'un serrurier ;
- la condamnation de Madame [R] [P] au paiement de la somme de 1153,65 € telle que visée au commandement de payer ainsi qu’au paiement de la somme mensuelle de 363,46 € au titre des loyers dus augmentés des charges justifiées du 30 décembre 2024 à la date de la résiliation du bail ; et la somme mensuelle de 363,46 € au titre de l’indemnité d’occupation augmentée des charges justifiées de la date de résiliation du bail jusqu’à la date de la parfaite libération des lieux ;
- la condamnation de Madame [R] [P] à verser à la SA TOURAINE LOGEMENT ESH la somme de 600,00 € en application de l'article 700 du Code de procédure civile ;
- la condamnation de Madame [R] [P] aux entiers dépens incluant notamment le coût du commandement de payer en date du 30 décembre 2024.
L'affaire a été appelée et utilement plaidée à l’audience du 12 février 2026.
L'assignation a été dénoncée par voie dématérialisée au Préfet d'[Localité 1] et [Localité 2] le 1er août 2025 à la suite de quoi le greffe a reçu le diagnostic social et financier dont lecture a été donnée à l’audience.
A l’audience, la SA TOURAINE LOGEMENT ESH - représentée par son conseil - maintient pour les termes de son assignation sauf en ce qu’elle sollicite des délais de paiement au profit de la locataire avec suspension des effets de la clause résolutoire et actualise la dette locative à la somme de 1079,98 € arrêtée au 5 février 2026.
Régulièrement citée par acte de commissaire de justice du 30 juillet 2025 signifié à personne, Madame [R] [P] comparaît à l’audience et donne son accord aux délais de paiement proposés par le bailleur. Elle déclare être employée en CDD d’un mois renouvemable mensuellement et percevoir un revenu mensuel de 1500,00 €. Elle a deux enfants de 13 et 12 ans en garde alternée.
L'affaire a été mise en délibéré au 18 mai 2026 puis prorogée au 29 mai 2026.
MOTIFS
Sur la recevabilité de la demande
Le bailleur justifie avoir avisé la Caisse d’Allocations Familales d’[Localité 1] et [Localité 2] de la dette locative le 20 décembre 2024 conformément à l'article 24 II de la loi du 6 juillet 1989 modifié par la loi n°2014-366 du 24 mars 2014. Cette saisine est réputée constituée dans la mesure où la situations d’impayés perdure depuis cette date.
Par ailleurs, une copie de l'assignation a été notifiée à la préfecture d'[Localité 1] et [Localité 2] par voie électronique le 1er août 2025 soit plus de six semaines avant l'audience fixée au 12 février 2026, conformément aux dispositions de l'article 24 III de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 modifiées par la loi du 27 juillet 2023.
L'action est donc recevable.
Sur la clause résolutoire pour défaut de paiement des loyers
L'article 24 I de la loi du 06 juillet 1989 prévoit que toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non versement du dépôt de garantie ne produit effet que deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux.
En l'espèce, le bailleur verse aux débats le contrat de bail signé entre les parties le 17 juillet 2019 aux termes duquel il est prévu à l'article 6 des conditions générales que le défaut de paiement des loyers ou des charges aux termes convenus ou en cas de non versement du dépôt de garantie entraînera la résiliation de plein droit du bail deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux.
Le bailleur produit le commandement de payer délivré par acte de commissaire de justice en date du 30 décembre 2024 à Madame [R] [P] et portant sur la somme de 1243,86 € dont 1153,65 € au titre des impayés de loyers et de charges.
Ce commandement reproduit la clause résolutoire insérée au contrat de bail ainsi que les dispositions de l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989 dans leur rédaction issue de la loi n° 2014-336 du 24 mars 2014, de même que les dispositions de l'article 6 de la loi n°90-449,du 31 mai 1990 et mentionne la faculté pour le locataire de saisir le fonds de solidarité pour le logement.
Madame [R] [P] n'a pas réglé l’arriéré de loyers et de charges dans les deux mois.
Il y a donc lieu de constater que les conditions d'acquisition de la clause résolutoire sont réunies au 3 mars 2025.
Sur les loyers et charges impayés
Selon l'article 1728 du Code civil et l'article 7 a) de la loi du 6 juillet 1989, le locataire est tenu de payer les loyers et les charges récupérables aux termes convenus. L'article 24 V de la loi du 6 juillet 1989 permet au juge de vérifier d'office tout élément constitutif de la dette locative.
Le bailleur fait la preuve de l'obligation dont il se prévaut en produisant le bail signé le 17 juillet 2019, le commandement de payer délivré le 30 décembre 2024 et le décompte de la créance arrêté au 5 février 2026 faisant apparaître une somme de 1079,98 € à la charge de la locataire.
Il convient, par conséquent, de condamner Madame [R] [P] à verser à la SA TOURAINE LOGEMENT ESH la somme de 1079,98 € au titre des impayés de loyers et de charges arrêtés au 5 février 2026.
Sur la suspension de la clause résolutoire et les délais
Aux termes de l'article 24 V de la loi du 06 juillet 1989 modifié par la loi du 27 juillet 2023 le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d'office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu'il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années. Lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge. Si le locataire se libère dans le délai et selon les modalités fixées par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué ; dans le cas contraire, elle reprend son effet.
En l’espèce, les parties sont d’accord sur la mise en place de délais de paiement à hauteur de 50,00 € par mois.
Il résulte du décompte susvisé que Madame [R] [P] a repris les paiements avant l’audience. Il convient de relever que Madame [R] [P] a fait d’importants règlements en fin d’année 2025 permettant de diminuer considérablement le montant de la dette locative et qu’elle dispose des ressources financières suffisantes pour permettre l’apurement de la dette locative en plusieurs mesnualités tout en s’acquittant du loyer courant.
Il convient, par conséquent, d’octroyer à Madame [R] [P] des délais de paiement suivant les modalités décrites ci-après étant précisé que ces délais paralysent l’application de la clause résolutoire et qu’elle sera réputée n’avoir jamais joué s’ils sont respectés.
Sur l'exécution provisoire
Conformément aux dispositions de l'article 514 du Code de procédure civile, la présente décision de première instance sera exécutoire de droit à titre provisoire.
RG 26/00353
Sur l'article 700 du Code de procédure civile
Aucune considération tirée de l'équité ou de la situation économique des parties ne vient justifier l'application de l'article 700 du Code de procédure civile. Le demandeur sera donc débouté de sa demande à ce titre.
Sur les dépens
L'article 696 du Code de procédure civile, dispose que la partie perdante est condamnée aux dépens.
Il convient donc de mettre les dépens comprenant notamment le coût du commandement de payer à la charge de Madame [R] [P].
PAR CES MOTIFS
Le tribunal, statuant publiquement par jugement contradictoire, mis à disposition au greffe, et rendu en premier ressort,
Constate que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire sont réunies au 3 mars 2025 ;
Condamne Madame [R] [P] à payer à la SA TOURAINE LOGEMENT ESH la somme de 1079,98 € (MILLE SOIXANTE DIX NEUF EUROS ET QUATRE VINGT DIX HUIT CENTIMES) au titre des loyers, charges et indemnités d’occupation dus au 5 février 2026 ;
Surseoit à l’exécution des poursuites et autorise Madame [R] [P] à se libérer de sa dette de 1079,98 € en 21 mensualités de 50,00 € et le solde à la 22ème échéance;
Dit que ces mensualités devront être payées en sus du loyer courant et en même temps que lui ;
Suspend les effets de la clause résolutoire durant l’exécution des-dits délais ;
Dit que si les délais sont respectés elle sera réputée n’avoir jamais joué ;
Dit qu’à défaut de paiement d’une seule mensualité ou du loyer à son terme exact:
1- la clause résolutoire retrouvera ses entiers effets ;
2 - le solde de la dette deviendra immédiatement exigible ;
3 - qu’à défaut par Madame [R] [P] d’avoir volontairement libéré les lieux loués [Adresse 5], à [Localité 4], il sera procédé à son expulsion et à celle de tous occupants de son chef avec le concours de la force publique, si besoin est, deux mois après la notification au préfet du commandement d’avoir à quitter les lieux, les meubles laissés dans les lieux par Madame [R] [P] suivront alors le sort réservé par les articles L 433-1 à L 433-3 du code des procédures civiles d’exécution ;
4 - Madame [R] [P] sera condamnée au paiement d’une indemnité d’occupation égale au montant des loyers et des charges qui auraient été dus en cas de non-résiliation du bail ;
Dit que la présente décision sera notifiée par le secrétariat greffe du tribunal à Monsieur le préfet d’Indre et Loire en application de l’article R 412-2 du code des procédures civiles d’exécution ;
Rappelle que la présente décision est exécutoire par provision de plein droit ;
Déboute la SA TOURAINE LOGEMENT ESH de sa demande fondée sur l’article 700 du code de procédure civile ;
Condamne Madame [R] [P] aux dépens.
Ainsi jugé et prononcé par mise à disposition au greffe, les jours mois et an susdits par le Juge et le Greffier susnommés.
Le Greffier Le Juge des contentieux de la protection
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