TJ 10387, 3 juill. 2026, RG 26/00129
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Texte de la décision
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE TROYES CHAMBRE CIVILE N°3
ORDONNANCE DE REFERE DU 03 JUILLET 2026
N° RG 26/00129 - N° Portalis DBWV-W-B7K-FOKF
Nac :5AA
Minute:
Ordonnance du :
03 juillet 2026
S.C.I. [V] [Z]
c/
Madame [J] [U]
DEMANDERESSE
S.C.I. [V] [Z]
[Adresse 1]
[Localité 1]
représentée par Mme [W] [V] (Gérant) muni d’un pouvoir spécial
DEFENDERESSE
Madame [J] [U]
[Adresse 2]
[Localité 2]
comparante en personne
* * * * * * * * * *
L’affaire a été plaidée à l’audience du 15 mai 2026 tenue par Madame Christine FRISON, Juge des Contentieux de la Protection du Tribunal Judiciaire de Troyes statuant en référé, assisté(e) de Monsieur Jean-Guy MARCHAL, Greffier, lors des débats et de la mise à disposition. En présence de Monsieur [H] [Q], auditeur de justice.
A l’issue des débats, l’affaire a été mise en délibéré. Il a été indiqué que l’ordonnance serait rendue par mise à disposition à la date du 03 juillet 2026, date à laquelle la décision dont la teneur suit a été rendue.
RAPPEL DES FAITS
Par un contrat du 3 août 2021, la SCI [V] [Z] a donné à bail à Mme [J] [U], un appartement à usage d’habitation situé au [Adresse 3], pour un loyer mensuel de 758 € et 20 € de provisions sur charges.
Des loyers étant demeurés impayés, la SCI [V] [Z] a fait signifier un commandement de payer visant la clause résolutoire le 24 mars 2025.
Par acte d'huissier en date du 22 janvier 2026, la SCI [V] [Z] a ensuite fait assigner Mme [J] [U], à l'audience du 15 mai 2026 devant le juge des contentieux de la protection du Tribunal judiciaire de TROYES statuant en référé pour obtenir la résiliation du contrat, l'expulsion et la condamnation au paiement.
A l’audience du 15 mai 2026, la SCI [V] [Z] - représentée par M. [W] [V] - reprend les termes de son assignation pour demander de :
constater l’acquisition de la clause résolutoire ;ordonner l’expulsion de Mme [J] [U] ;ordonner l'enlèvement, le transport et la séquestration des meubles aux frais, risques et périls du défendeur ;et de condamner cette dernière au paiement de la somme actualisée de 16651 €, d’une indemnité mensuelle d’occupation, outre une somme de 200 € en application de l’article 700 du code de procédure civile et les dépens.
Au soutien de ses prétentions, le bailleur indique que la locataire demeure redevable d'impayés locatifs et que l’attestation d’assurance n’a pas été produite. En conséquence il maintient ses demandes.
A la même audience, Mme [J] [U] comparaît et indique qu’elle souhaite rester dans les lieux, qu’elle touche un revenu de 1800 € pour un mois. Elle explique qu’elle a trois enfants et qu’elle touche 142 € d’allocation d’enfant handicapé. Elle précise qu’elle a eu des problèmes d’argent dus à des promesses non tenues. Elle indique également qu’elle ne touche pas la CAF. En conséquence, elle sollicite un délai de paiement de 460 € par mois, en sus du loyer courant et des charges.
En réponse, le bailleur indique qu’il est d’accord pour l’octroi de délais de paiement.
Un bordereau de carence du diagnostic social et financier a été reçu au greffe avant l’audience.
L'affaire a été mise en délibéré au 3 juillet 2026.
MOTIFS DE LA DECISION
Toutes les parties ayant comparu, la présente décision sera rendue contradictoirement.
I. Sur la recevabilité de l'action
Aux termes de l'article 24 ancien de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989, la notification de l'assignation au représentant de l'État dans le département doit être effectuée deux mois avant la date de l’audience, sous peine d'irrecevabilité de la demande en résiliation de bail. Par ailleurs, les bailleurs personnes morales autres qu'une SCI familiale ne peuvent faire délivrer, sous peine d'irrecevabilité de la demande, une assignation aux fins de constat de résiliation du bail avant l'expiration d'un délai de deux mois suivant la saisine de la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (CCAPEX) prévue à l'article 7-2 de la loi du 31 mai 1990. Cette saisine est réputée constituée lorsque persiste une situation d'impayés, préalablement signalée dans les conditions réglementaires aux organismes payeurs des aides au logement en vue d'assurer le maintien du versement des aides mentionnées à l'article L. 351-2 du code de la construction et de l'habitation et aux articles L. 542-1 et L. 831-1 du code la sécurité sociale. Le IV du même article précise que ces dispositions sont applicables lorsque la résiliation est motivée par une dette locative du preneur.
En l'espèce, une copie de l’assignation a été notifiée à la préfecture de l'[Localité 3] par la voie électronique le 23 janvier 2026, soit plus de deux mois avant l’audience, conformément aux dispositions de l’article 24 III de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
Par ailleurs, la SCI [V] [Z] justifie avoir saisi la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives par la voie électronique le 25 mars 2025, soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation du 22 janvier 2026, conformément aux dispositions de l’article 24 II de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
L’action est donc recevable.
II. Sur l'acquisition des effets la clause résolutoire
L'article 24 I ancien de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 applicable au litige prévoit que "toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie ne produit effet que deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux".
Un commandement de payer visant la clause résolutoire du bail conclu le 3 août 2021 a été signifié le 24 mars 2025, pour la somme en principal de 4083 €. Ce commandement est demeuré infructueux pendant plus de deux mois, de sorte qu’il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire contenue dans le bail étaient réunies à la date du 25 mai 2025.
III. Sur le montant de l'arriéré locatif
En l'espèce, la SCI [V] [Z] produit un décompte démontrant que l'arriéré locatif s'élève, après soustraction des frais de poursuite, à la somme de 16651 € à la date du 15 mai 2026 (mois d’avril 2026 inclus).
La locataire ne verse aucun élément de nature à contester le principe ou le montant de cette dette.
En conséquence, il y a lieu de condamner Mme [J] [U] à verser à la SCI [V] [Z], à titre provisionnel, cette somme de16651 € comprenant les loyers, charges (décompte arrêté au 15 mai 2026) avec les intérêts au taux légal sur la somme de 4083 € à compter du commandement de payer (24 mars 2025) et à compter de la présente ordonnance pour le surplus, conformément aux dispositions de l'article 1231-6 du code civil.
IV. Sur les délais de paiement et la suspension des effets de la clause résolutoire
L'article 24 V de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 dans sa rédaction en vigueur depuis le 29 juillet 2023 dispose que « le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d'office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu'il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, par dérogation au délai prévu au premier alinéa de l'article 1343-5 du code civil, au locataire en situation de régler sa dette locative ».
L'article 24 VII de la même loi dispose également que « Lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge dans les conditions prévues aux V et VI du présent article. Cette suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixées par le juge. […] Si le locataire se libère de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixées par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué. Dans le cas contraire, elle reprend son plein effet ».
En l'espèce, compte tenu des engagements pris à l’audience et de l’accord du bailleur, il convient d'autoriser Mme [J] [U] à se libérer du montant de la dette locative selon les modalités qui seront rappelées au dispositif.
Il convient néanmoins de prévoir que tout défaut de paiement des loyers et charges courants d’une part, des délais de paiement d’autre part, justifiera :
que la clause de résiliation reprenne son plein effet ;que la totalité de la dette locative impayée devienne immédiatement exigible, la résiliation du bail étant acquise au 25 mai 2025 ;que Mme [J] [U] devienne occupant sans droit ni titre du fait de résiliation du bail ;que faute pour Mme [J] [U] d’avoir volontairement libéré les lieux, il sera procédé à son expulsion et à celle tous occupants de son chef, avec l’assistance d’un serrurier et de la force publique si besoin est, conformément aux dispositions des articles L. 412-1 et suivants du code des procédures civiles d’exécution, et il conviendra d'autoriser la SCI [V] [Z], conformément aux articles L. 433-1, R. 433-1 et suivants du code des procédures civiles d'exécution, à procéder à l’enlèvement de tous les biens mobiliers garnissant les lieux loués et à les faire entreposer dans tel local de son choix aux frais et périls de Mme [J] [U] ;qu’en cas de maintien dans les lieux, la SCI [V] [Z] soit en droit d’exiger de la partie défenderesse le paiement d’une indemnité d’occupation mensuelle fixée par référence au montant du loyer et des charges qui aurait été du en cas de non-résiliation du bail et ce jusqu’à la libération des lieux.
V. Sur les demandes accessoires
Les dépens seront supportés par Mme [J] [U], partie perdante, et comprendront notamment le coût du commandement de payer, de la saisine de CCAPEX, de l’assignation en référé et de sa notification à la préfecture.
Compte tenu des démarches judiciaires accomplies, il y a lieu de condamner Mme [J] [U] à verser à la SCI [V] [Z] une somme de 100 € au titre de l’article 700 du code de procédure civile.
La présente décision est de plein droit exécutoire à titre provisoire.
PAR CES MOTIFS,
Nous, juge des référés, statuant après débats publics, par décision contradictoire mise à disposition des parties par le greffe et en premier ressort,
CONSTATONS que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire figurant au bail conclu le 3 août 2021 entre la SCI [V] [Z] et Mme [J] [U] concernant l’appartement à usage d’habitation situé au [Adresse 3], sont réunies à la date du 25 mai 2025 ;
CONDAMNONS Mme [J] [U] à verser à la SCI [V] [Z] à titre provisionnel la somme de 16651 € (décompte arrêté au 15 mai 2026), incluant le montant des loyers et charges impayés jusqu'au mois d’avril 2026, avec les intérêts au taux légal à compter du 24 mars 2025 sur la somme de 4083 € et à compter de la présente ordonnance pour le surplus ;
AUTORISONS Mme [J] [U] à s’acquitter de cette somme, outre le loyer et les charges courants, en 35 mensualités de 460 € chacune et une 36ème mensualité qui soldera la dette en principal et intérêts ;
PRECISONS que chaque mensualité devra intervenir avant le 10 de chaque mois et pour la première fois avant le 10 du mois suivant la signification de la présente ordonnance ;
SUSPENDONS les effets de la clause résolutoire pendant l’exécution des délais accordés ;
DISONS que si les délais accordés sont entièrement respectés, la clause résolutoire sera réputée n’avoir jamais été acquise ;
DISONS qu’en revanche, toute mensualité, qu'elle soit due au titre du loyer et des charges courants ou de l’arriéré, restée impayée sept jours après l'envoi d'une mise en demeure par lettre recommandée avec avis de réception justifiera :
que la clause résolutoire retrouve son plein effet ;que le solde de la dette devienne immédiatement exigible ;qu'à défaut pour Mme [J] [U] d’avoir volontairement libéré les lieux dans les deux mois de la délivrance d'un commandement de quitter les lieux, la SCI [V] [Z] puisse faire procéder à son expulsion et à celle de tous les occupants de son chef, avec l’assistance d’un serrurier et de la force publique si besoin est, et soit autorisée, conformément aux articles L. 433-1, R. 433-1 et suivants du code des procédures civiles d'exécution, à procéder à l’enlèvement de tous les biens mobiliers garnissant les lieux loués et à les faire entreposer dans tel local de son choix aux frais et périls de Mme [J] [U] ;que Mme [J] [U] soit condamnée à verser à la SCI [V] [Z] une indemnité mensuelle d’occupation provisionnelle égale au montant du loyer et des charges qui auraient été dus en l’absence de résiliation du bail, jusqu’à la date de la libération définitive des lieux caractérisée par la remise des clés ;
CONDAMNONS Mme [J] [U] à verser à la SCI [V] [Z] une somme de 100 € au titre de l’article 700 du code de procédure civile ;
CONDAMNONS Mme [J] [U] aux dépens, qui comprendront notamment le coût du commandement de payer, de la saisine de la CCAPEX, de l’assignation en référé et de sa notification à la préfecture ;
RAPPELONS que la présente ordonnance est de plein droit exécutoire à titre provisoire ;
DISONS que la présente décision sera notifiée par le greffe à la préfecture de l'[Localité 3] en application de l’article R.412-2 du code des procédures civiles d’exécution ;
Ainsi jugé et prononcé par mise à disposition de la décision au greffe du tribunal judiciaire, le 3 juillet 2026,
Le greffier, Le président,
En conséquence, la République Française mande et ordonne à tous Commissaires de Justice sur ce requis de mettre les présentes à exécution. Aux Procureurs Généraux et aux Procureurs de la République près les Tribunaux Judiciaires d’y tenir la main. A tous Commandants et Officiers de la [Localité 4] Publique de prêter main forte lorsqu’ils en seront légalement requis. En foi de quoi les présentes ont été délivrées par le Greffier.
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