TJ 87085, 8 juill. 2026, RG 26/00360
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Texte de la décision
N° Minute :
N° Rôle: N° RG 26/00360 - N° Portalis DB3K-W-B7K-GWL6
Baux d’habitation - Demande en paiement des loyers et des charges et/ou tendant à faire prononcer ou constater la résiliation pour défaut de paiement ou défaut d’assurance et ordonner l’expulsion
0A Sans procédure particulière
Affaire :
[C] [I]
[R] [O] épouse [I]
C/
[G] [U]
CCC le
CE le
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE LIMOGES
Ordonnance de référé
du 08 Juillet 2026
Après débats à l’audience tenue publiquement devant le juge des contentieux de la protection du Tribunal Judiciaire de Limoges, statuant en référé le 03 Juin 2026, composé de :
PRESIDENT : Madame Fany CAVILLON
GREFFIER : Madame Audrey GUÉGAN
Il a été rendu l’ordonnance suivante par mise à disposition au greffe de la juridiction, le 08 Juillet 2026 :
Entre :
Monsieur [C] [I]
né le 08 Mai 1949 à [Localité 1] (94)
demeurant [Adresse 1]
Madame [R] [O] épouse [I]
née le 08 Octobre 1954 à [Localité 2] (86)
demeurant [Adresse 1]
COMPARANTS en personne ;
DEMANDEURS
Et :
Madame [G] [U]
née le 25 Octobre 1981 à [Localité 3] (06)
demeurant [Adresse 2]
NON COMPARANTE, ni représentée ;
DÉFENDEUR
A l'appel de la cause à l'audience du 03 Juin 2026, les demandeurs ont été entendus en leurs conclusions et plaidoirie.
Puis le juge a mis l'affaire en délibéré à l'audience du 08 Juillet 2026 à laquelle a été rendue la décision dont la teneur suit.
EXPOSE DU LITIGE
Par acte sous seing privé du 23 novembre 2018, prenant effet le même jour, pour une durée initiale de trois ans, M. [C] [I] et Mme [R] [O] épouse [I] ont donné à bail à Mme [G] [U] un local à usage d'habitation situé [Adresse 2], moyennant un loyer mensuel révisable de 400 € ainsi qu’un dépôt de garantie d’un montant de 400 €.
Par acte de Commissaire de justice délivré à étude le 1er avril 2026, M. [C] [I] et Mme [R] [O] épouse [I] ont fait assigner Mme [G] [U] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Limoges, statuant en référés, aux fins de :
▸ constater que le bail se trouve résilié de plein droit par le jeu de la clause résolutoire ;
▸ ordonner l’expulsion de la locataire, et de toutes personnes introduites dans les lieux de son chef, si besoin avec l’assistance de la force publique et d’un serrurier ;
▸ la condamner au paiement à titre provisionnel de la somme de 9 876 € arrêtée au mois de mars 2026 au titre des loyers et charges impayés à la date du commandement de payer, sauf à parfaire ou à diminuer suivant décompte qui sera fourni lors des débats ;
▸ la condamner au paiement à titre provisionnel des loyers et charges impayés du jour du commandement de payer au jour du jugement à intervenir et avec intérêts ;
▸ la condamner au paiement d’une indemnité d’occupation mensuelle, fixée provisoirement, au montant actuel du loyer des charges jusqu’à son départ effectif des lieux, laquelle indemnité sera indexée tout comme le loyer, et ce avec intérêt de droit ;
▸ la condamner au paiement de la somme de 800 € à titre de participation aux frais et honoraires exposés par le requérant sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile, outre les entiers dépens en ce compris le coût du commandement, de l’assignation et le cas échéant des actes signifiés dans le cadre des mesures conservatoires qui ont été prises sur les biens et valeurs mobilières.
L’affaire a été appelée et retenue à l’audience du 3 juin 2026.
A l'audience susdite, M. [C] [I] et Mme [R] [O] épouse [I], comparants en personne, ont sollicité le bénéfice de leur assignation, en actualisant leur demande en paiement à la somme de 10 376 € au 31 mai 2026. Ils indiquent que la locataire a fait des promesses de règlement qu’elle n’a jamais tenues.
Bien que régulièrement assignée à étude, Mme [G] [U] n’est ni comparante ni représentée.
Le diagnostic social et financier est parvenu au greffe le 28 mai 2026.
L'affaire a été mise en délibéré au 8 juillet 2026.
EXPOSE DES MOTIFS
En application de l’article 472 du code de procédure civile, si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond. Le juge ne fait droit à la demande que dans la mesure où il l’estime régulière, recevable et bien fondée.
La décision est réputée contradictoire en application de l’article 473 du code de procédure civile, du seul fait qu’elle est susceptible d’appel.
Sur la recevabilité :
Une copie de l’assignation a été notifiée à la Préfecture de la Haute-Vienne, par voie électronique le 1er avril 2026, soit plus de deux mois avant l’audience, conformément aux dispositions de l’article 24 III de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
Par ailleurs, M. [C] [I] et Mme [R] [O] épouse [I] justifient avoir saisi la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives par voie électronique le 7 novembre 2025, soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation du 1er avril 2026, conformément aux dispositions de l’article 24 II de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
La demande est dès lors recevable.
Sur la demande de constat de l’acquisition de la clause résolutoire :
L’article 24 I de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 prévoit que « toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie ne produit effet que deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux ».
En l’espèce, le bail contient une clause résolutoire qui prévoit qu'à défaut de paiement des loyers ou charges après délivrance d'un commandement de payer resté sans effet, le bail sera résilié de plein droit.
Par acte de commissaire de justice du 7 novembre 2025, M. [C] [I] et Mme [R] [O] épouse [I] ont fait délivrer à Mme [G] [U] un commandement de payer visant la clause résolutoire pour un montant de 7 876 € arrêté au mois d’octobre 2025, reproduisant les dispositions des articles 24 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989 et celles de l’article 6 de la loi du 31 mai 1990 au titre des loyers et charges, lequel est demeuré infructueux.
La locataire n’ayant pas réglé les sommes visées au commandement dans le délai de deux mois, il y a lieu en conséquence de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire sont réunies à la date du 8 janvier 2026.
Sur la demande en paiement des loyers et charges :
Le paiement des loyers et charges aux termes convenus dans le contrat est une obligation essentielle du locataire, résultant tant des dispositions contractuelles du bail signé entre les parties que de l’article 7 a) de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989.
En l’espèce, il résulte des pièces versées aux débats que Mme [G] [U] n’a pas réglé avec régularité le montant des loyers et charges et qu’elle a cessé tout paiement depuis le mois d’avril 2024.
Les bailleurs sollicitent la somme de 10 376 € selon décompte arrêté au 31 mai 2026.
La créance n’étant pas sérieusement contestable, il convient de condamner Mme [G] [U] au paiement à titre provisionnel de la somme de 10 376 €, arrêtée au 31 mai 2026, avec intérêts au taux légal sur la somme de 7 876 € à compter du commandement de payer du 7 novembre 2025, sur la somme de 9 876 à compter de l’assignation du 1er avril 2026, et sur le surplus à compter de la présente décision, conformément aux dispositions des articles 1231-6 et 1231-7 du Code civil.
Sur les délais de paiement :
Sur le fondement de l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989, le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d'office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu'il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, par dérogation au délai prévu au premier alinéa de l'article 1343-5 du code civil, au locataire en situation de régler sa dette locative.
En l’espèce, il ressort du décompte que la locataire n’a pas repris le paiement du loyer courant avant l’audience. Par ailleurs, la locataire, absente à l’audience ne produit aucun justificatif concernant sa situation financière actualisée de sorte qu’elle ne démontre pas être dans la capacité d’apurer la dette locative en sus du paiement du loyer courant.
Dans ces conditions, aucun délai de paiement ne peut être accordé.
Sur l’expulsion :
Il convient d'ordonner l'expulsion de Mme [G] [U] et de tous occupants de son chef des lieux loués selon les modalités prévues au dispositif ci-après.
Le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L. 433-1 et L. 433-2 du code des procédures civiles d'exécution.
Sur l'indemnité d'occupation :
Selon l'article 1730 du code civil, à l'expiration du bail le locataire doit restituer les locaux. La restitution des lieux implique la remise des clefs.
Aux termes de l'article 1240 du code civil, tout fait quelconque de l'homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer. Il résulte de ce texte que l'occupant sans droit ni titre d'un local est tenu d'une indemnité d'occupation envers le propriétaire. L'indemnité d'occupation, dont la nature mixte, compensatoire et indemnitaire, constitue la contrepartie de l'occupation du bien après résiliation du bail et de son indisponibilité pour le bailleur.
En l’espèce, le bail se trouve résilié depuis le 8 janvier 2026, Mme [G] [U] est occupante sans droit ni titre depuis cette date. Il convient donc de fixer une indemnité d'occupation à compter de cette date, égale au montant du loyer qui aurait été du si le bail s’était poursuivi, soit la somme de 400 € (selon quittancement de mai 2026) et de la condamner au paiement à titre provisionnel de ladite indemnité, jusqu'à la libération effective des lieux.
Sur les demandes accessoires :
En application de l’article 696 du code de procédure civile, Mme [G] [U], qui succombe, supportera les dépens, incluant le coût du commandement de payer et de l’assignation.
Il serait inéquitable de laisser à la charge de M. [C] [I] et Mme [R] [O] épouse [I] les sommes exposées par eux dans la présente instance et non comprises dans les dépens. Il convient donc de condamner Mme [G] [U] à leur verser une somme de 500 € sur le fondement des dispositions de l'article 700 du Code de procédure civile.
Conformément aux dispositions de l'article 514-1 du Code de procédure civile, la présente ordonnance est assortie de droit de l'exécution provisoire.
PAR CES MOTIFS
Nous, juge des contentieux de la protection, statuant en référé, par ordonnance mise à disposition au greffe, réputée contradictoire et en premier ressort,
Au principal, RENVOYONS les parties à se pourvoir ainsi qu'elles aviseront mais dès à présent et par provision, vu l'urgence,
DECLARONS recevable la demande de M. [C] [I] et Mme [R] [O] épouse [I] aux fins de constat de l’acquisition de la clause résolutoire ;
CONSTATONS l’acquisition de la clause résolutoire du bail conclu entre les parties à la date du 8 janvier 2026 ;
DISONS n’y avoir lieu à accorder des délais de paiement ;
AUTORISONS M. [C] [I] et Mme [R] [O] épouse [I], à défaut de libération spontanée des lieux situés [Adresse 2], à faire procéder à l'expulsion de Mme [G] [U] et à celle de tous occupants de son chef par toutes voies et moyens de droit et au besoin avec l'assistance de la force publique et d’un serrurier, conformément aux articles L 411-1 et L 412-1 et suivants, R 411-1 et suivants, R 412-1 et suivants du Code des procédures civiles d'exécution à l'expiration d'un délai de deux mois suivant la délivrance d'un commandement de quitter les lieux ;
DISONS que le sort des meubles sera réglé conformément aux articles L. 433-1 et suivants et R. 433-1 et suivants du Code des procédures civiles d’exécution ;
CONDAMNONS Mme [G] [U] à payer à titre provisionnel M. [C] [I] et Mme [R] [O] épouse [I] ensemble la somme de 10 376 € (Dix mille trois cent soixante-seize euros), arrêtée au 31 mai 2026, au titre des loyers, charges et indemnités d’occupation, avec intérêts au taux légal sur la somme de 7 876 € à compter du commandement de payer du 7 novembre 2025, sur la somme de 9 876 € à compter de l’assignation du 1er avril 2026, et sur le surplus à compter de la présente décision ;
FIXONS l'indemnité mensuelle d'occupation provisionnelle à compter du 8 janvier 2026 à une somme égale au montant du loyer révisé, augmenté des charges qui auraient été dus, si le bail s’était poursuivi ;
CONDAMNONS Mme [G] [U] à payer à titre provisionnel à M. [C] [I] et Mme [R] [O] épouse [I] ensemble une indemnité mensuelle d’occupation de 400 € (Quatre cents euros) du 1er juin 2026 jusqu’à la libération effective des lieux, avec intérêt au taux légal à compter de l’exigibilité de chacune des échéances (les indemnités d'occupation dues entre le 8 janvier 2026 et le 31 mai 2026 se confondant avec la dette de 10 376 €) ;
CONDAMNONS Mme [G] [U] à payer à M. [C] [I] et Mme [R] [O] épouse [I] ensemble la somme de 500 € (Cinq cents euros) sur le fondement de l'article 700 du Code de procédure civile ;
CONDAMNONS Mme [G] [U] aux dépens, en ce compris le coût du commandement de payer et de l’assignation ;
RAPPELONS que la présente ordonnance est assortie de droit de l'exécution provisoire ;
DISONS qu’une copie de la présente décision sera communiquée par les soins du greffe au représentant de l’État dans le département.
En foi de quoi, la présente décision a été signée par le Président et le Greffier.
LE GREFFIER LE PRESIDENT
Audrey GUÉGAN Fany CAVILLON
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