TJ 37261, 10 juill. 2026, RG 25/03964
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Texte de la décision
MINUTE N° : 26/00501
JUGEMENT
DU 10 Juillet 2026
N° RC 25/03964
DÉCISION CONTRADICTOIRE PREMIER RESSORT
LIGERIS
ET :
[N] [X] divorcée [V]
Débats à l'audience du 07 Mai 2026
Le
- copie exécutoire+copie certifiée conforme+dossier de plaidoirie
à Me MORENO
- copie certifiée conforme
à Mme [X]
- copie certifiée conforme
à M. Le Préfet d’Indre et Loire
- copie certifiée conforme au dossier
TRIBUNAL JUDICIAIRE
DE TOURS
TENUE le 10 Juillet 2026
Au siège du Tribunal, [Adresse 1] à TOURS,
COMPOSITION DU TRIBUNAL LORS DES DÉBATS ET DU DÉLIBÉRÉ :
PRÉSIDENT : A. ROBIN, Magistrat à titre temporaire du Tribunal judiciaire de TOURS,
GREFFIER : L. PENNEL,
DÉBATS :
A l'audience publique du 07 Mai 2026
DÉCISION :
Prononcée publiquement le 10 Juillet 2026 par mise à la disposition des parties au Greffe de ce Tribunal, les parties en ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article 450 du Code de Procédure Civile.
ENTRE :
LIGERIS, SEM inscrite au RCS de TOURS sous le numéro 784 298 614, anciennement la TOURANGELLE IMMOBILIER, elle-même venue aux droits de SEMIVIT,
dont le siège social est sis [Adresse 2]
représentée par Maître Maxime MORENO de la SCP VAILLANT AVOCATS, avocat au barreau de TOURS,
D'une Part ;
ET :
Madame [N] [X] divorcée [V],
demeurant [Adresse 3]
comparante en personne,
D'autre Part ;
RG 25/03964
EXPOSE DU LITIGE
Par acte sous seing signé par voie électronique le 19 janvier 2016, la société LIGERIS, anciennement la SEMIVIT, a consenti un bail d'habitation à Madame [V] [N] et Madame [X] [Y] portant sur un logement situé sis [Adresse 3] à [Localité 1] moyennant le paiement d'un loyer mensuel de 377,03 € hors charges.
Par suite du décès de Madame [H] veuve [X] [Y] en date du 24 octobre 2023, Madame [V] [N] est devenue seule titulaire du bail.
Le 13 juin 2025, le bailleur a fait délivrer à la locataire un commandement de payer visant la clause résolutoire du bail demeuré infructueux.
C'est dans ces conditions que le bailleur a fait assigner Madame [V] [N] par acte de commissaire de justice du 1er septembre 2025 devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Tours afin d'obtenir sous le bénéfice de l'exécution provisoire :
- la constatation ou, pour le moins, le prononcé de la résiliation du bail ;
- à titre subsidiaire, la résiliation du bail pour défaut de paiement des loyers et des charges locatives ;
- dire et juger en conséquence que Madame [V] [N] se trouve être occupante sans droit ni titre ;
- l'expulsion de Madame [V] [N] et celle de tous ses biens ainsi que de toute personne à sa charge ou occupant l'immeuble de son chef, par toutes les voies et moyens de droit, même avec l'assistance de la force publique et d'un serrurier ;
- la condamnation de Madame [V] [N] au paiement de la somme de 2342,86 € selon décompte arrêté en date du 4 août 2025 ;
- la condamnation de Madame [V] [N] au paiement d'une indemnité légale d'occupation égale au montant du loyer et des charges jusqu’à la libération des lieux ;
- la condamnation de Madame [V] [N] à verser à la société LIGERIS la somme de 600,00 € en application de l'article 700 du Code de procédure civile ;
- la condamnation solidaire de Madame [V] [N] aux entiers dépens incluant notamment le coût du commandement de payer délivré le 13 juin 2025, de l’assignation ainsi que de la notification EXPLOC.
L'affaire a été appelée et utilement plaidée à l’audience du 7 mai 2026.
L'assignation a été dénoncée par voie dématérialisée au Préfet d'Indre et Loire le 2 septembre 2025. Le tribunal n’a pas été destinataire du diagnostic social et financier.
A l’audience, la société LIGERIS - représentée par son conseil - maitient les termes de son assignation et actualise la dette locative à la somme de 3087,16 € arrêtée au 4 mai 2026. Elle s’oppose aux délais de paiement sollicités par la locataire faisant valoir que les paiements sont irréguliers.
Régulièrement citée par acte de commissaire de justice du 1er septembre 2025 signifié à étude, Madame [V] [N] comparaît à l’audience et sollicite des délais de paiement avec suspension des effets de la clause résolutoire. Elle indique avoir repris le paiement du loyer courant et régler 115,00 € par mois en sus. Elle déclare percevoir une pension retraite de 1151,00 € depuis janvier 2026 et avoir repris une activité en qualité de vacataire pour faire traverser les enfants devant les écoles lui permettant de percevoir un revenu mensuel moyen de 300,00 €. Elle ajoute travailler de nuit en juillet et partiellement en août 2026 en qualité d’auxiliaire de vie lui procurant un complément de revenus de 1400,00 € sur les deux mois. Elle déclare vouloir demeurer dans le logement le temps de régler sa dette puis de partir pour un logement plus petit. Elle dit avoir demandé une aide de 1000,00 € à la CARSAT.
L'affaire a été mise en délibéré au 10 juillet 2026.
MOTIFS
Sur la recevabilité de la demande
Le bailleur justifie avoir saisi la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives le 16 juin 2025, soit plus de deux mois avant la délivrance de l’assignation intervenue le 1er septembre 2025 conformément à l'article 24 II de la loi du 6 juillet 1989 modifié par la loi n°2014-366 du 23 juin 2014.
Par ailleurs, une copie de l'assignation a été notifiée à la préfecture d'Indre et Loire par voie électronique le 2 septembre 2025 soit plus de six semaines avant l'audience fixée au 7 mai 2026, conformément aux dispositions de l'article 24 III de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 modifiées par la loi n°2023-668 du 27 juillet 2023.
L'action est donc recevable.
Sur la clause résolutoire
L'article 24 I de la loi du 06 juillet 1989 prévoit que toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non versement du dépôt de garantie ne produit effet que deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux.
En l'espèce, le bailleur verse aux débats le contrat de bail signé entre les parties le 19 janvier 2016 aux termes duquel il est prévu à l’article VII que le défaut de paiement des loyers ou des charges aux termes convenus ou en cas de non versement du dépôt de garantie entraînera la résiliation de plein droit du bail deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux.
Le bailleur produit le commandement de payer délivré par acte de commissaire de justice en date du 13 juin 2025 à Madame [V] [N] et portant sur la somme de 2578,37 € dont 2432,44 € au titre des impayés de loyers et de charges.
Ce commandement reproduit la clause résolutoire insérée au contrat de bail ainsi que les dispositions de l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989 dans leur rédaction issue de la loi n° 2014-336 du 23 juin 2014, de même que les dispositions de l'article 6 de la loi n°90-449,du 31 mai 1990 et mentionne la faculté pour le locataire de saisir le fonds de solidarité pour le logement.
Madame [V] [N] n'a pas réglé l’arriéré de loyers et de charges dans les deux mois.
Il y a donc lieu de constater que les conditions d'acquisition de la clause résolutoire sont réunies au 14 août 2025.
Sur les loyers et charges impayés
Selon l'article 1728 du Code civil et l'article 7 a) de la loi du 6 juillet 1989, le locataire est tenu de payer les loyers et les charges récupérables aux termes convenus.
Le bailleur fait la preuve de l'obligation dont il se prévaut en produisant le bail signé le 19 janvier 2016, le commandement de payer délivré le 13 juin 2025 à Madame [V] [N] et le décompte de la créance arrêté au 4 mai 2026 faisant apparaître une somme de 3087,16 € à la charge de la locataire.
Par application de l’article 24 V de la loi du 6 juillet 1989 permettant au juge de vérifier d'office tout élément constitutif de la dette locative, il convient d'écarter les frais de commissaire de justice à hauteur de 273,29 € qui ne constituent pas une dette de loyer ou de charge mais qui relèvent des dépens dont le sort sera examiné ci-après.
En conséquence, il y a lieu de condamner Madame [V] [N] à verser à la société LIGERIS la somme de 2813,87 € au titre des impayés de loyers et de charges arrêtés au 4 mai 2026, quittancement de mai 2026 inclus.
Sur la suspension de la clause résolutoire et les délais
Aux termes de l'article 24 V de la loi du 06 juillet 1989 modifié par la loi n°2023-668 du 27 juillet 2023, le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d'office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu'il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années. Lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge. Si le locataire se libère dans le délai et selon les modalités fixées par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué; dans le cas contraire, elle reprend son effet.
En l’espèce, Madame [V] [N] sollicite des délais de paiement avec suspension des effets de la clause résolutoire et propose de régler 115,00 € par mois en plus du loyer courant.
Madame [V] ne justifie pas de ses ressources à l’audience. Pour autant, il résulte du décompte susvisé que Madame [V] a repris le paiement du loyer courant avant l’audience à l’exception du quittancement de mai 2026 non encore réglé au jour de l’audience, Madame [V] effectuant habituellement ses règlements entre le 5 et le 10 du mois. Il convient de relever les efforts de règlement de la locataire depuis juillet 2025 bien que les échéances de septembre 2025 et de mars 2026 n’aient pas été acquittées aux termes convenus. Madame [V] a démontré ses capacités de règlement en effectuant un paiement de 1700,00 € en avril 2026.
Il convient, par conséquent, d’octroyer à Madame [V] [N] des délais de paiement suivant les modalités décrites ci-après étant précisé que ces délais paralysent l’application de la clause résolutoire et qu’elle sera réputée n’avoir jamais joué s’ils sont respectés.
Sur l'exécution provisoire
Conformément aux dispositions de l'article 514 du Code de procédure civile, la présente décision de première instance sera exécutoire de droit à titre provisoire.
Sur l'article 700 du Code de procédure civile
Aucune considération tirée de l'équité ou de la situation économique des parties ne vient justifier l'application de l'article 700 du Code de procédure civile. Le demandeur sera donc débouté de sa demande à ce titre.
Sur les dépens
L'article 696 du Code de procédure civil, dispose que la partie perdante est condamnée aux dépens.
Il convient donc de mettre les dépens comprenant notamment le coût du commandement de payer délivré le 13 juin 2025, de l’assignation et de la notification à la préfecture à la charge de Madame [V] [N].
PAR CES MOTIFS
Le tribunal, statuant publiquement par jugement contradictoire, mis à disposition au greffe, et rendu en premier ressort,
Constate la résiliation du bail à la date du 14 août 2025 ;
Condamne Madame [V] [N] à payer à la société LIGERIS la somme de 2813,87 € (DEUX MILLE HUIT CENT TREIZE EUROS ET QUATRE VINGT SEPT CENTIMES) au titre des loyers, charges et indemnités d’occupation dus au 4 mai 2026 ;
Surseoit à l’exécution des poursuites et autorise Madame [V] [N] à se libérer de sa dette de 2813,87 € en 24 mensualités de 115,00 € et le solde à la 25ème échéance ;
Dit que ces mensualités devront être payées en sus du loyer courant et en même temps que lui ;
Suspend les effets de la clause résolutoire durant l’exécution des-dits délais ;
Dit que si les délais sont respectés elle sera réputée n’avoir jamais joué ;
Dit qu’à défaut de paiement d’une seule mensualité ou du loyer à son terme exact:
1- la clause résolutoire retrouvera ses entiers effets ;
2 - le solde de la dette deviendra immédiatement exigible ;
RG 25/03964
3 - qu’à défaut pour Madame [V] [N] d’avoir libéré les lieux loués sis [Adresse 3] à [Localité 1], il sera procédé à son expulsion et à celle de tous occupants de son chef avec le concours de la force publique, si besoin est, deux mois après la notification au préfet du commandement d’avoir à quitter les lieux, les meubles laissés dans les lieux par Madame [V] [N] suivront alors le sort réservé par les articles L 433-1 à L 433-3 du code des procédures civiles d’exécution ;
4 - Madame [V] [N] sera condamnée au paiement d’une indemnité d’occupation égale au montant des loyers et des charges qui auraient été dus en cas de non-résiliation du bail ;
Dit que la présente décision sera notifiée par le secrétariat greffe du tribunal à Monsieur le préfet d'Indre-et-Loire en application de l'article R 412-2 du Code des procédures civiles d'exécution ;
Rappelle que la présente décision est exécutoire par provision de plein droit ;
Déboute le bailleur de sa demande fondée sur l'article 700 du code de procédure civile;
Condamne Madame [V] [N] aux dépens.
Ainsi jugé et prononcé par mise à disposition au greffe, les jours mois et an susdits par le Juge et le Greffier susnommés.
Le Greffier Le Juge des contentieux de la protection
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