CA Amiens, 3 mars 2025, RG 22/04152
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Texte de la décision
ARRET
N°
S.A.R.L. [10]
C/
[H]
CPAM DE L'OISE
Copie certifiée conforme délivrée à :
- S.A.R.L. [10]
- Mme [C] [H]
- CPAM DE L'OISE
- Me Brigitte [Localité 9] - Me Julie [M]
- Dr [G]
- tribunal judiciaire
COUR D'APPEL D'AMIENS
2EME PROTECTION SOCIALE
ARRET DU 03 MARS 2025
N° RG 22/04152 - N° Portalis DBV4-V-B7G-IRSY - N° registre 1ère instance : 19/00033
Jugement du tribunal judiciaire de Beauvais (pôle social) en date du 27 juillet 2022
PARTIES EN CAUSE :
APPELANTE
S.A.R.L. [10]
agissant poursuites et diligences de ses représentants légaux domiciliés en cette qualité audit siège
[Adresse 12]
[Adresse 4]
[Localité 6]
Représentée par Me Brigitte BEAUMONT de la SELEURL CABINET BEAUMONT, avocat au barreau de PARIS, substitué par Me Audrey DELIRY, avocat au barreau de PARIS
ET :
INTIMES
Madame [C] [H]
[Adresse 3]
Appt 1
[Localité 7]
Représentée par Me Julie THOMAS de l'AARPI META, avocat au barreau de PARIS
CPAM DE L'OISE
agissant poursuites et diligences de ses représentants légaux domiciliés en cette qualité audit siège
[Adresse 1]
[Adresse 1]
[Localité 5]
Représentée et plaidant par Mme [B] [Y], munie d'un pouvoir régulier
DEBATS :
A l'audience publique du 28 novembre 2024 devant M. Renaud DELOFFRE, président, siégeant seul, sans opposition des avocats, en vertu de l'article 945-1 du code de procédure civile qui a avisé les parties à l'issue des débats que l'arrêt sera prononcé par sa mise à disposition au greffe le 10 février 2025.
GREFFIER LORS DES DEBATS :
Mme Charlotte RODRIGUES
COMPOSITION DE LA COUR LORS DU DELIBERE :
M. Renaud DELOFFRE en a rendu compte à la cour composée en outre de :
M. Philippe MELIN, président,
Mme Claire BIADATTI-BERTIN, présidente,
et M. Renaud DELOFFRE, conseiller,
qui en ont délibéré conformément à la loi.
PRONONCE :
Le 10 février 2025, le délai a été prorogé au 03 mars 2025
Le 03 mars 2025, par mise à disposition de l'arrêt au greffe de la cour, les parties en ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au 2e alinéa de l'article 450 du code de procédure civile, M. Philippe MELIN, président a signé la minute avec Mme Nathalie LÉPEINGLE, greffier.
*
* *
DECISION
Le 16 juillet 2012, Mme [C] [H], salariée de la société [10] (ci-après également la société), a été victime d'un accident du travail à l'occasion de l'incendie qui s'est déclaré dans l'entreprise.
Par courrier du 26 juillet 2012, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise (ci-après également la caisse ) a reconnu le caractère professionnel de l'accident.
La date de consolidation de Mme [C] [H] a été fixée au 10 septembre 2014.
Un taux d'incapacité permanente partielle de 8 % lui a été attribué pour des séquelles à type de troubles psycho-névrotiques modérés.
Par jugement du 23 février 2017, le tribunal du contentieux de l'incapacité a porté ce taux à 10 %.
Mme [C] [H] a saisi la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise aux fins de mise en 'uvre d'une conciliation dans le cadre d'une procédure de reconnaissance de la faute de la faute inexcusable de son employeur.
Un procès-verbal de non-conciliation a été dressé par la caisse le 29 octobre 2014.
Par lettre recommandée du 11 décembre 2014, Mme [C] [H] a saisi le tribunal des affaires de sécurité sociale de l'Oise d'une action en reconnaissance de la faute inexcusable de son employeur.
À compter du 1er janvier 2019, la procédure pendante devant le tribunal des affaires de sécurité sociale de l'Oise a été transférée au tribunal de grande instance de Beauvais en application des articles 12 et 114 de la loi n° 2016-1547 du 18 novembre 2016, lequel se dénomme tribunal judiciaire depuis le 1er janvier 2020, en application de la loi n° 2019-222 du 23 mars 2019 de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice.
Par jugement mixte du 4 juin 2020, le tribunal a notamment :
- dit que l'accident du travail dont a été victime Mme [C] [H] le 16 juillet 2012 est imputable à la faute inexcusable de son employeur, la société [10] ;
- fixé au maximum le montant de la majoration de la rente de Mme [C] [H] sur la base d'un taux de d'incapacité permanente partielle de 10% ;
- dit que la majoration de la rente devra suivre l'évolution de son taux d'IPP ainsi fixé ;
Avant-dire droit sur la liquidation des préjudices :
- ordonné une expertise médicale ;
- commis pour y procéder le docteur [K] [D] avec pour mission, contradictoirement, après avoir régulièrement convoqué les parties et avisé leurs conseils, d'évaluer les différents préjudices subis par Mme [C] [H] ;
- dit que la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise fera l'avance des frais d'expertise ;
- fixé à 10.000 euros l'indemnité provisionnelle due à Mme [C] [H] à valoir sur la réparation de ses préjudices ;
- dit que la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise verserait directement à Mme [H] les sommes dues au titre de la majoration de la rente et de l'indemnité provisionnelle susvisée ainsi que toute somme qui pourrait lui être due au titre de l'indemnisation complémentaire à venir ;
- dit que la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise pourrait recouvrer auprès de la société [10] les frais d'expertise dont elle aurait fait l'avance, le montant de l'ensemble des indemnisations accordées à Mme [H] ainsi que les sommes qu'elle lui aurait versées au titre de la majoration de la rente,
- condamné la caisse au paiement de ces sommes ;
- réservé les demandes formées au titre de l'article 700 du code de procédure civile et les dépens dans l'attente du rapport d'expertise ;
- ordonné l'exécution provisoire de la décision.
Le rapport d'expertise judiciaire s'établit pour l'essentiel comme suit :
Mme [C] [H] a été victime d'un accident le 16 juillet 2012.
Il en a résulté :
' Un passage aux urgences le 16 juillet 2012.
' Une hospitalisation du 16 au 21 juillet 2012.
' Un suivi spécialisé par des psychiatries et psychologues toujours poursuivi.
' Des séances de rééducation qui se seraient terminées vers novembre 2013.
Les principales doléances de Mme [C] [H] concernent le retentissement psychique.
L'examen clinique de Mme [C] [H], effectué le jour de l'expertise, ne retrouve pas de cicatrice en lien avec l'accident du 16 juillet 2012.
L'entretien et les auto-questionnaires réalisés lors de l'expertise ont montré la persistance d'éléments d'un état de stress post-traumatique au sens de la classification des troubles mentaux DSM 5 (cinquième édition de 2013).
En accident de travail ou maladie professionnelle, l'imputabilité des lésions relève du médecin conseil de la CPAM dont les décisions peuvent être contestées. Dans le cadre de cette expertise de faute inexcusable, il est uniquement demandé de se prononcer sur les postes de préjudice et non sur l'imputabilité.
Date de consolidation
La consolidation correspond à la date à laquelle les lésions se sont stabilisées et ont pris un caractère permanent tel qu'un traitement n'est plus nécessaire, si ce n'est pour éviter une aggravation.
L'accident de travail du 16 juillet 2012 a été consolidé le 10 septembre 2014 par le médecin conseil après discussion avec le médecin traitant. Cette date s'impose dans le cadre de la faute inexcusable.
Déficit fonctionnel temporaire
Il s'agit de la période de déficit fonctionnel temporaire dans ses activités habituelles autres que professionnelles ou scolaires (personnelles, familiales et d'agrément) jusqu'à la date de la consolidation.
Le déficit fonctionnel temporaire total est fixé du 16 au 21 juillet 2012, correspondant à la période d'hospitalisation.
Le déficit fonctionnel temporaire (DFT) partiel est fixé à 75% du 22 juillet 2012 au 15 août 2012.
Elle indique qu'au retour au domicile, elle était incapable de marcher et de faire une quelconque activité quotidienne. Une amie serait venue vivre à son domicile pour l'aider, notamment pour la toilette.
Le déficit fonctionnel temporaire (DFT) partiel est fixé à 25% du 16 août 2012 au 25 novembre 2013, date retenue par le docteur [X] et qui correspondrait à la fin de la rééducation.
Le déficit fonctionnel temporaire partiel est fixé à 10% du 26 novembre 2013 jusqu'à la date de consolidation, le 10 septembre 2014.
Déficit fonctionnel permanent
Dans l'évaluation du taux de déficit fonctionnel permanent, on tient compte des douleurs permanentes, d'une perte de qualité de vie ou de troubles dans les conditions d'existence de la victime au quotidien.
Le taux d'IPP a été fixé à 8% par le médecin conseil pour « des troubles psycho-névrotiques modérés » à la consolidation le 10 septembre 2014.
Le tribunal du contentieux de l'incapacité par un jugement du 23 février 2017, a retenu un taux d'IPP de 10 % tous préjudices confondus.
Dans le cadre d'une faute inexcusable, il n'est pas demandé de se prononcer sur un taux de déficit fonctionnel permanent.
Tierce personne à titre viager et aide temporaire
Il est évalué ici la tierce personne nécessaire, en dehors des soins infirmiers à domicile qui sont pris en charge par la sécurité sociale.
En dehors des périodes d'hospitalisation, Mme [C] [H] n'a pas bénéficié d'aide temporaire rémunérée. Elle a été aidée par son entourage, en particulier une amie, [I], et son compagnon.
Le recours à une tierce personne temporaire était justifié à raison de 2 heures par jour 7 jours sur 7 durant le DFT à 75 %.
La nécessité d'une tierce personne est médicalement justifiée pour l'aide à la toilette, l'aide à l'habillage, l'aide à la préparation des repas, pour les courses, l'aide aux déplacements extérieurs.
On retient une tierce personne de réassurance dans le cadre de l'accident avec des circonstances particulièrement traumatisantes.
Le recours à une tierce personne temporaire était justifié à raison de 2 heures par semaine durant le DFT à 25 %. Le recours à une tierce personne temporaire était justifié pour l'aide à l'entretien du logement, les courses et l'aide aux déplacements extérieurs.
Dans le cadre d'une faute inexcusable, il n'est pas demandé de se prononcer sur la tierce personne à titre viager.
Dépenses de santé actuelles et frais divers avant consolidation (en dehors de la tierce personne temporaire)
Mme [C] [H] ne rapporte pas de frais temporaires imputables à l'accident. Les soins imputables ont été pris en charge par un organisme social.
Elle indique avoir utilisé de nombreuses crèmes qu'on lui a conseillées à la sortie et notamment une crème spécifique pour les paupières, une crème pour le visage et une crème pour le corps.
Il n'y a pas eu de nécessité médicale d'adaptation temporaire du véhicule ou du domicile, au titre de l'accident.
Il n'est pas allégué de dépenses notamment pour se rendre aux séances de rééducation.
Dans le cadre d'une faute inexcusable, les dépenses de santé actuelles ne sont pas prises en charge en supplément par rapport à la prise en charge en accident de travail.
Retentissement professionnel
Elle a été conditionneuse chez [10] jusqu'à l'accident de travail de 2012.
Mme [C] [H] a été en arrêt de travail du 16 juillet 2012 au 10 septembre 2014. Elle est licenciée le 6 novembre 2014 pour impossibilité de reclassement suite à une inaptitude médicale.
Elle a bénéficié de l'indemnité chômage par la suite.
Elle n'a pas travaillé jusqu'en février 2016, date à laquelle elle a débuté une formation en région parisienne pour définir son projet professionnel.
Mme [C] [H] a été accueillie en formation pâtisserie puis cuisine au centre de réadaptation professionnelle La passerelle, à [Localité 8], du 19 février 2018 au 10 juillet 2020.
Elle a obtenu le CAP pâtisserie en juillet 2019 et le CAP cuisine en juillet 2020.
Elle a été embauchée à temps plein en cuisine en contrat à durée indéterminée (CDI) au 10 août 2020 au centre de convalescence et de repos La Marteraye (74).
Dans le cadre d'une faute inexcusable, seul « le préjudice résultant de la perte ou de la diminution des possibilités de promotion professionnelle » est prévu à l'article L. 452- 3 du code de la sécurité sociale.
Mme [C] [H] n'avait pas de projet professionnel ou de plan de carrière à l'époque du fait dommageable qui aurait été perturbé par celui-ci. Elle ne relate pas de perte de promotion professionnelle en lien avec l'accident du 16 juillet 2012. En plus de 10 ans d'ancienneté, son poste n'avait pas évolué.
Si la victime était scolarisée ou en cours de formation
Mme [C] [H] n'était ni scolarisée, ni en cours de formation lors de l'accident du 16 juillet 2012.
On soulignera qu'elle a obtenu 2 CAP en 2019 et 2020.
Souffrances endurées
Les souffrances endurées physiques et morales, sont évaluées à 4 sur une échelle de 0 à 7, pour la période allant du fait dommageable à la date de consolidation.
On tient compte des douleurs subies au moment de l'accident, de la période d'hospitalisation initiale, de la rééducation fonctionnelle, ainsi que du retentissement moral.
Il est rapporté une angoisse de mort imminente lors de l'explosion avec un caractère particulier du fait du caractère collectif de l'accident, avec plusieurs victimes qui étaient aussi des collègues de travail et l'inquiétude initiale sur leur état de santé. Surtout, son compagnon était également présent et victime de l'accident.
Préjudice esthétique
Le préjudice esthétique est évalué in abstracto sans tenir compte de l'âge, de la profession et du sexe de la personne.
Le préjudice esthétique temporaire (avant consolidation) est évalué à 3 sur une échelle de 0 à 7 pour la période allant du fait dommageable à la date de consolidation.
Il est fixé en fonction des lésions cutanées liées aux brûlures initiales.
Le préjudice esthétique définitif est fixé à 0,5 sur une échelle de 0 à 7, à la date de consolidation.
Il ne persiste pas de cicatrice visible des brûlures. Il persiste selon Mme [C] [H] des changements de coloration en fonction des émotions et également au contact de l'eau chaude.
Préjudice d'agrément
Il consiste en une gêne ou l'impossibilité pour la victime de se livrer, du fait des séquelles constatées, à ses activités spécifiques culturelles, de sport et de loisir.
On notera que le retentissement, avant la consolidation, est pris en compte dans le déficit fonctionnel temporaire.
A la consolidation, l'état de santé de Mme [C] [H] n'entraîne pas d'impossibilité, médicalement justifiée, de reprendre ses activités culturelles et de loisir. Il n'est pas retenu de préjudice d'agrément, suite à l'accident. Elle peut retourner à la piscine.
Préjudice sexuel
On notera que le retentissement sexuel éventuel avant la consolidation est pris en compte dans le déficit fonctionnel temporaire.
Il n'y a pas de préjudice sexuel permanent à la consolidation.
Les séquelles physiques permanentes présentées par Mme [C] [H] ne sont pas de nature à entraîner une gêne dans la réalisation de l'acte sexuel et ne touchent pas la fonction de reproduction.
Frais futurs
Aucun appareillage, traitement au long cours ou suivi médical répété n'est à prévoir après la date de consolidation. Il n'y a pas de frais futurs à caractère certain ou prévisible.
Dans le cadre d'une faute inexcusable, les dépenses de santé futures ne sont pas prises en charge et supplément par rapport à la prise en charge en accident de travail.
Réserves évolutives
Les séquelles ne devraient pas évoluer dans un avenir proche, en amélioration ou en aggravation. Aucun nouvel examen n'est à prévoir, à court terme.
Frais d'aménagements définitifs du véhicule ou du domicile
Il n'y a pas de nécessité médicale d'adaptation définitive du véhicule ou du domicile, au titre de l'accident.
Préjudice d'établissement
Il n'y a pas de préjudice d'établissement. Le préjudice d'établissement consiste en la perte d'espoir et de chance de réaliser un projet de vie familiale en raison de son handicap.
On notera sa séparation avec M. [T] [A] avec lequel elle vivait depuis 1996.
Dire de maître [M] reçu le 2 avril 2021
Votre pré-rapport d'expertise dans le dossier de Mme [C] [H], suite à la réunion du 31 août dernier, et qui appelle les deux observations suivantes.
Sur le poste « tierce personne » :
Vous avez noté sur ce point :
« 2 heures/jour 7j/7 du 7 juillet 2012 au 15 août 2012
2 heures par semaine du 16 août 2012 au 25 novembre 2013. »
Il convient de rappeler que la nomenclature [F] prévoit que l'indemnisation de la tierce personne temporaire est liée à l'assistance nécessaire du blessé par une aide humaine dans les actes de la vie quotidienne ou afin de préserver sa sécurité, contribuer à restaurer sa dignité et suppléer perte d'autonomie.
- Durant la période du 16 août 2012 au 25 novembre 2013, il nous semble que l'état de santé de Mme [H] nécessitait l'assistance d'une tierce personne supérieure à 4 heures par semaine.
En effet, en reprenant l'historique médical, il apparaît apparait que Mme [H] avait toujours des pansements et bandages dans les premiers mois, et devait recouvrir les parties de son corps brûlées d'une très épaisse couche de crème.
Par ailleurs, elle devait se faire accompagner pour se déplacer en extérieur.
Une fois que les déplacements ne se faisaient plus en ambulance, Mme [H] a eu besoin de l'aide d'une tierce personne l'accompagner aux nombreux rendez-vous médicaux parfois lointains. Elle avait également besoin d'être aidée pour faire les courses, le ménage, aller à la pharmacie pour acheter des médicaments, aller à la banque, etc...
Dès le 3 août 2012, elle a notamment commencé à être suivie sur le plan psychologique (à la fois dans le cadre d'un CMP et en libéral), et allait également plusieurs fois par semaine chez un kinésithérapeute.
Mme [H] n'ayant repris la conduite automobile que plusieurs années après l'explosion (en 2016), il fallait donc qu'elle soit accompagnée par des proches pour tous ses déplacements extérieurs, qui devaient d'ailleurs l'attendre notamment durant les séances de rééducation, séances de psychothérapie.
Il nous semble que l'ensemble de ces éléments ne peuvent pas être réalisés en seulement 2 heures par semaine, et justifieraient l'attribution d'une aide 4 heures hebdomadaire de cette période pendant laquelle Mme [H] était dépendante de son entourage.
Sur le poste «préjudice esthétique définitif » :
Vous avez évalué le préjudice esthétique définitif à 0,5/7.
Il y a lieu de rappeler, comme vous l'avez fait aux termes de votre rapport d'expertise, que Mme [H] a signalé des changements de coloration de sa peau, gui apparaissent en fonction des émotions, et au contact de l'eau chaude. En effet, sa peau se colore d'un rouge vif à ces occasions.
Par ailleurs, il convient également de tenir compte de sa prise de poids importante (15 kg) depuis l'explosion. Mme [H] souffre de cette prise de poids, persistante malgré un suivi par une diététicienne, notamment dans sa perception de l'image de soi.
A vu de ces éléments, il nous semble que ce préjudice justifierait une évaluation de l'ordre de 1 à 1,5/7.
Dire de maître [S] [J] reçu par mail le 14 avril 2021
Je relève que les observations formulées portent sur des points qui ont déjà été contradictoirement discutés en réunion et que les demandeurs n'apportent aucun élément médical nouveau qui justifierait que vos conclusions soient modifiées.
Dans ces conditions, je vous remercie d'écarter les dires transmis et de confirmer les conclusions retenues dans vos pré-rapports.
Réponse aux dires.
Il a été évoqué 60 séances de rééducation sur une période de plus d'un an de septembre 2012 à octobre 2013, ce qui représente moins d'une séance par semaine et malheureusement on ne dispose pas de document précis.
Concernant le suivi au centre médico psychologique (CMP) de [Localité 11], Mme [H] a précisé qu'elle y allait à pied.
Les deux heures retenues par semaine sont donc suffisantes pour tenir compte de l'accompagnement dans les démarches ponctuelles.
Mme [H] ne nécessitait pas un accompagnement pour aller faire des courses, le ménage ou la pharmacie... durant cette longue période d'août 2012 à novembre 2013. On ne dispose d'aucun courrier médical sur l'année de 2013 qui aurait permis une appréciation plus fine de son état.
Concernant le préjudice esthétique, aucune cicatrice ne persiste. Ce préjudice a été basé déclarations de Mme [H] concernant des changements de coloration au visage et une poids. En l'absence d'élément objectif qui a pu être constaté lors de l'expertise, il n'y a pas lieu d'augmenter ce préjudice.
CONCLUSION
Accident le 16 juillet 2012.
- Déficit fonctionnel temporaire total : du 16 au 21 juillet 2012
- Déficit fonctionnel temporaire partiel :
75% du 22 juillet 2012 au 15 août 2012
25% du 16 août 2012 au 25 novembre 2013
10% du 26 novembre 2013 au 10 septembre 2014.
- Indisponibilité professionnelle totale : du 16 juillet 2012 au 10 septembre 2014
- Consolidation le : 10 septembre 2014
- Souffrances endurées : 4/7
- Dommage esthétique temporaire : 3/7
- Dommage esthétique définitif : 0,5/7
- Assistance par une tierce personne temporaire :
' 2 heures par jour 7 jours sur 7 du 22 juillet 2012 au 15 août 2012
' 2 heures par semaine du 16 août 2012 au 25 novembre 2013.
Par jugement du 27 juillet 2022, le tribunal a décidé ce qui suit :
Le tribunal judiciaire de Beauvais, statuant par jugement contradictoire, rendu en premier ressort, par mise à disposition au greffe ;
FIXE l'indemnisation des préjudices de Mme [C] [H] comme suit :
- 20 000 euros au titre des souffrances endurées ;
- 3000,00 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;
- 1500,00 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;
- 25 000,00 euros au titre du préjudice d'angoisse de mort imminente ;
- 5112,00 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
- 3301,71 euros au titre de l'assistance d'une tierce personne.
DEBOUTE Mme [C] [H] de sa demande indemnitaire au titre d'un préjudice professionnel ;
DIT que la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise devra verser à Mme [C] [H] les sommes susmentionnées, en application des dispositions de l'article L. 452-3 dernier alinéa du code de la sécurité sociale, en retranchant la provision d'un montant de 10000 euros ;
RAPPELLE que la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise pourra recouvrer auprès de la société [10] les sommes avancées tant au titre de la majoration de la rente, de l'indemnisation des préjudices subis par Mme [C] [H] que des frais d'expertise judiciaire ;
CONDAMNE la société [10] à payer la somme de 3500 euros à Mme [C] [H] sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile ;
DIT que les condamnations susmentionnées emporteront intérêts au taux légal à compter du prononcé du présent jugement ;
CONDAMNE la société [10] aux dépens de l'instance ;
ORDONNE l'exécution provisoire de la présente décision.
Appel de ce jugement a été interjeté par la société [10] par courrier de son avocat expédié le 24 août 2022 à la cour et libellé comme suit :
« DECLARATION D'APPEL
Madame, Monsieur le greffier en chef,
Je vous adresse la présente en ma qualité de conseil de la société [10], ayant son siège social [Adresse 4] et prise en la personne de son représentant légal domicilié en cette qualité audit siège.
La société [10] interjette appel du jugement ci-joint rendu le 27 juillet 2022 par le pôle social du tribunal judiciaire de Beauvais, notifié le 28 juillet 2022 et élit domicile à mon cabinet pour les besoins de la présente procédure.
Son appel est dirigé à l'encontre de :
- Mme [C] [H] (demeurant [Adresse 3]) ;
- La CPAM de l'Oise ([Adresse 1]).
Cet appel tend à obtenir l'annulation ou l'infirmation dudit jugement entrepris.
Les chefs du jugement critiqués sont les suivants :
« FIXE l'indemnisation des préjudices de Mme [C] [H] comme suit :
- 25 000 euros au titre du préjudice d'angoisse de mort imminente ;
- 5112 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
DIT que la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise devra verser à Mme [C] [H] les sommes susmentionnées, en application des dispositions de l'article L. 452-3 dernier alinéa du code de la sécurité sociale ;
RAPPELLE que la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise pourra recouvrer auprès de la société [10] les sommes avancées tant au titre de la majoration de la rente, de l'indemnisation des préjudices subis par Mme [C] [H] que des frais d'expertise judiciaire ; »
Par conclusions récapitulatives n° 3 visées par le greffe à l'audience et soutenues oralement par avocat, la société [10] demande à la cour de :
Sur l'appel principal
INFIRMER le jugement entrepris en ce qu'il a retenu l'existence d'un préjudice d'angoisse de mort imminente,
DEBOUTER Mme [H] de sa demande au titre de ce poste ;
INFIRMER le jugement en ce qu'il a fixé le déficit fonctionnel temporaire à la somme de 5112 euros,
FIXER ce poste à la somme de 3919,20 euros ;
Pour le surplus des demandes incidentes de Mme [H].
DEBOUTER Mme [H] de ses demandes au titre des préjudices suivants :
- souffrances endurées,
- préjudice esthétique définitif,
- préjudice esthétique temporaire,
- assistance par tierce personne avant consolidation,
- déficit fonctionnel permanent,
- incidence professionnelle,
- perte de chance de promotion professionnelle,
- perte de gains professionnels actuels,
- perte de gains professionnels futurs
Statuant à nouveau,
INFIRMER le jugement en ce qu'il a fixé les souffrances endurées à 20 000 euros,
FIXER ce poste à la somme de 9000 euros,
INFIRMER le jugement en ce qu'il a retenu l'existence d'un préjudice esthétique définitif,
DEBOUTER Mme [H] de sa demande au titre de ce poste,
Subsidiairement, FIXER l'indemnisation de ce poste à la somme de 500 euros,
INFIRMER le jugement en ce qu'il a fixé le préjudice esthétique temporaire à la somme de 3000euros,
FIXER ce poste à la somme de 1500 euros,
INFIRMER le jugement en ce qu'il a fixé l'assistance tierce personne à la somme de 3301,71euros,
FIXER ce poste à la somme de 2208 euros,
Subsidiairement, CONFIRMER le jugement entrepris et les sommes allouées au titre de ces différents postes et DEBOUTER Mme [H] de ses demandes,
CONFIRMER le jugement en ce qu'il a débouté Mme [H] de sa demande au titre de la perte de promotion professionnelle,
DEBOUTER purement et simplement Mme [H] de sa demande au titre du déficit fonctionnel permanent,
DEBOUTER purement et simplement Mme [H] de ses demandes au titre de l'incidence professionnelle et de la perte de gains actuels et futurs,
REJETER toutes demandes plus amples et contraires,
DECLARER que les sommes allouées seront avancées par la CPAM, et en tant que de besoin,
CONDAMNER la CPAM à restituer le trop-versé en exécution du jugement de première instance.
Au soutien de ses prétentions, la société [10] fait valoir les moyens contenus dans ses écritures auxquelles il convient de se référer pour le détail de ces derniers.
Par conclusions d'intimé n° 2 portant appel incident visées par le greffe à l'audience et soutenues oralement par avocat, Mme [C] [H] demande à la cour de :
Confirmer le jugement rendu par le tribunal judiciaire de Beauvais le 27 juillet 2022 en ce qu'il a :
- Condamné la société [10] à lui verser la somme de 3500 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile ;
- Dit que les condamnations susmentionnées emporteraient intérêts au taux légal à compter du prononcé de la date du jugement ;
- Condamné la société [10] aux dépens ;
Infirmer ledit jugement en ses autres dispositions, et statuant à nouveau dans cette limite ;
Juger que [C] [H] est bien fondée à solliciter l'indemnisation de l'ensemble de ses préjudices résultant de l'accident du 16 juillet 2012, y compris ceux non totalement couverts par le livre IV du code de la sécurité sociale ;
Allouer à Mme [H] les sommes suivantes en réparation de ses préjudices :
Tierce personne : 9748,29 euros.
Perte de gains professionnels futurs : 1 000 455,80 euros.
A titre principal :
Incidence professionnelle : 100 000 euros.
A titre subsidiaire : Diminution/perte de
possibilité de promotion professionnelle : 100 000 euros.
Déficit fonctionnel temporaire : 5 964 euros.
A titre principal :
Souffrances endurées : 20 000 euros.
Préjudice d'angoisse de mort imminente : 30 000 euros.
A titre subsidiaire :
Souffrances endurées incluant
le préjudice d'angoisse de mort imminente : 50 000 euros.
Préjudice esthétique temporaire : 3 000 euros.
Déficit fonctionnel permanent : 75 557,58 euros.
Préjudice esthétique permanent : 3 000 euros.
Juger que la CPAM de l'Oise devra faire l'avance des sommes revenant à Mme [H], à charge pour elle de se faire rembourser par l'employeur ;
Assortir les condamnations de l'intérêt légal au taux légal à compter du prononcé de la décision à intervenir ;
Condamner la société [10] à payer à Mme [C] [H] la somme de 4000 euros en cause d'appel en application de l'article 700 du code de procédure civile ;
Renvoyer la demanderesse devant l'organisme compétent pour la liquidation des droits.
Au soutien de ses prétentions, Mme [H] fait valoir les moyens contenus dans ses écritures auxquelles il convient de se référer pour le détail de ces derniers.
Par conclusions d'intimée n° 2 portant appel incident visées par le greffe à l'audience et soutenues oralement par sa représentante, , la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise demande à la cour :
DE CONFIRMER le jugement rendu le 27 juillet 2022 par le tribunal judiciaire de Beauvais en ce qu'il a :
o Fixé l'indemnisation des souffrances endurées par Mme [C] [H] à 20 000 euros,
o Fixé l'indemnisation du préjudice esthétique temporaire de Mme [C] [H] à 3000 euros,
o Fixé l'indemnisation du préjudice esthétique définitif de Mme [C] [H] à 1500 euros,
o Fixé l'indemnisation du déficit fonctionnel temporaire de Mme [C] [H] à 5112 euros,
o Fixé l'indemnisation des frais d'assistance par tierce personne à 3301,71 euros,
o Débouté Mme [C] [H] de sa demande indemnitaire au titre d'un préjudice professionnel,
D'INFIRMER le jugement rendu le 27 juillet 2022 en ce qu'il a indemnisé un préjudice d'angoisse de mort imminente et DÉBOUTER Mme [C] [H] de sa demande au titre de ce poste,
DE DÉBOUTER Mme [C] [H] de sa demande d'indemnisation au titre du déficit fonctionnel permanent, subsidiairement ORDONNER un complément d'expertise aux fins d'évaluation du déficit fonctionnel permanent de Mme [C] [H],
DE DÉBOUTER Mme [C] [H] de sa demande d'indemnisation au titre de la perte de gains professionnels futurs et de l'incidence professionnelle,
DE DÉBOUTER Mme [C] [H] de sa demande d'indemnisation au titre de la perte de chance de possibilité de promotion professionnelle,
DE CONFIRMER que la CPAM de l'Oise disposera d'un recours intégral à l'encontre de l'employeur, la société [10], pour l'ensemble des sommes avancées au titre de l'indemnisation du préjudice de Mme [C] [H] y compris les frais d'expertise,
ET en tant que de besoin, DE CONDAMNER Mme [C] [H] à restituer le trop-versé.
Au soutien de ses prétentions, la caisse fait valoir les moyens contenus dans ses écritures auxquelles il convient de se référer pour le détail de ces derniers.
A l'audience, le président a relevé d'office qu'il ne peut y avoir d'appel provoqué sur les souffrances endurées et le préjudice esthétique temporaire puisque ni la victime ni la caisse n'ont fait appel sur ce point et que l'appel principal ne visait pas ce poste et il a autorisé les parties à adresser sur ce point une note en délibéré.
Par note en délibéré du 9 décembre 2024, la société [10] fait en substance valoir que son appel tend à l'annulation ou à l'infirmation du jugement entrepris et que l'appel entraîne donc la dévolution du jugement pour le tout et que l'appel incident de Mme [H] porte bien sur le préjudice esthétique temporaire et les souffrances endurées.
Par note en délibéré du 17 décembre 2024, Mme [H] fait en substance valoir que le conseil de la société [10] a indiqué précisément dans sa déclaration d'appel les chefs du jugement qu'il entendait critiquer, que dès lors il n'y aucun doute sur sa volonté d'interjeter un appel limité sur les seuls chefs expressément mentionnés dans sa déclaration, que la société [10] croit pouvoir invoquer qu'elle aurait la qualité d'appelante principale et également d'intimée incidente, et qu'à ce titre elle serait autorisée à critiquer sans restriction l'ensemble des chefs du jugement de première instance, que cependant il convient de rappeler qu'aux termes de ses conclusions d'intimée portant appel incident signifiées le 9 novembre 2023 (dans les 3 mois suivant la signification des conclusions n°1 de l'appelant le 18 août 2023), Mme [H] sollicite que la cour d'appel confirme le jugement de première instance en ce qui concerne le préjudice esthétique temporaire et les souffrances endurées, que Mme [H] n'ayant pas interjeté d'appel incident sur ces postes de préjudice, la société [10] n'est pas recevable à demander la réformation de ce chef non dévolu en appel, par conclusions n°2 signifiées le 18 mars 2024.
MOTIFS DE L'ARRET
SUR LA PORTEE DE L'APPEL.
Aux termes de l'article 561 du code de procédure civile l'effet dévolutif de l'appel permet à un plaideur de soumettre son litige à la cour d'appel pour qu'il soit à nouveau statué en fait et en droit.
L'article 562 du même code apporte une limite à cet effet dévolutif en disposant que l'appel ne défère à la cour que la connaissance des chefs de jugement qu'il critique expressément ou implicitement et de ceux qui en dépendent et que la dévolution ne s'opère pour le tout que lorsque l'appel tend à l'annulation du jugement ou si l'objet du litige est indivisible.
L'article 933 du code de procédure civile, dans sa rédaction modifiée par le décret n°2017-891 du 6 mai 2017, dispose que la déclaration d'appel comporte les mentions prescrites par l'article 58, qu'elle désigne le jugement dont il est fait appel, précise les chefs du jugement critiqués auquel l'appel est limité, sauf si l'appel tend à l'annulation du jugement ou si l'objet du litige est indivisible, mentionne, le cas échéant, le nom et l'adresse du représentant de l'appelant devant la cour et est accompagnée de la copie de la décision.
Il résulte des textes précités que la portée de l'appel est déterminée par l'acte d'appel et non par les dernières conclusions et que la cour est saisie de l'intégralité des dispositions faisant l'objet de la déclaration d'appel même si l'appelant décide dans ses écritures ne faire porter ses critiques que sur certains chefs du jugement faisant l'objet de son appel, ce dernier étant alors non soutenu à l'égard des chefs non contestés qui doivent être en conséquence confirmés (en ce sens l'ouvrage « guide du procès civil en appel » Lexis Nexis 2018 n° 774 et suivants qui estime que la portée de l'appel est déterminée par l'acte d'appel et non par les conclusions et que la cour est saisie de l'intégralité des dispositions appelées mais ne peut que considérer que l'appel n'est pas soutenu à l'égard des chefs non contestés et confirmer en conséquence ces derniers/ A noter dans ce sens : Civ. 2ème, 4 novembre 1987, Bull. II, n° 218, pourvoi n° 86-17001 ; Soc. 20 janvier 1993 : Bull. V, n° 20, pourvoi n° 90-42345 ; 2e Civ., 24 juin 2004, pourvoi n° 02-11.160, Bull., 2004, II, n° 309 retenant que « la déclaration d'appel ne contenait aucune limitation de sorte que l'appel ne pouvait pas être limité par les conclusions, la cour d'appel, même si elle ne devait examiner que les seules critiques contenues dans ces conclusions et ne pouvait, pour le surplus, que confirmer la décision attaquée, a violé les textes susvisés »/ A rapprocher : 3e Civ., 13 juin 2007, pourvoi n° 06-11.784, Bull. 2007, III, n° 103 qui retient que le tribunal ayant fixé la créance de la SCI à l'égard des époux P et ordonné une mesure d'instruction, la cour d'appel, qui a relevé que la SCI avait formé appel général dans sa déclaration et en a exactement déduit que la dévolution s'était opérée pour le tout, même si par la suite elle n'avait critiqué que certains chefs de la décision attaquée, a justement déclaré l'appel de la SCI recevable. En sens contraire 2e Civ., 10 février 2000, pourvoi n° 98-10.713 qui approuve les juges du fond d'avoir considéré l'appel d'une expertise irrecevable au vu des conclusions de l'appelant limitant l'appel d'un jugement mixte aux dispositions de ce dernier ordonnant une expertise et un sursis à statuer).
Il résulte enfin des textes précités que l'appel limité ne peut être étendu par les conclusions de l'appelant (en ce sens 2e Civ. ; 4 mars 2021 pourvoi n° 19-25.291 ; 1e Civ., 22 juin 1999, pourvoi n° 97-15.225, Bull. 1999, I, n° 206 ; 3e Civ., 7 juin 1989, pourvoi n° 87-18.527, Bulletin 1989 III n° 127 ) et que la dévolution résultant de l'appel limité ne peut être élargie que par un appel incident ou un appel provoqué (en ce sens 2e Civ., 13 octobre 2016, pourvoi n° 15-21.973, Bull. 2016, II, n° 223 ; Doc., 28 novembre 2000, n° 98-42.999 ; Civ 3ème 15 mai 2002 pourvoi n° 99-10.507 P Soc., 4 mars 2008, n° 06-45.221 ; Soc., 5 juillet 2005, pourvoi n° 03-44.366). 2e Civ., 29 mai 1979, pourvoi n° 78-10.263, Bull. 1979, II, n° 160).
En l'espèce, la déclaration d'appel de la société [10] indique certes que l'appel tend à obtenir l'annulation ou l'infirmation dudit jugement entrepris mais elle précise immédiatement qu'elle porte sur les dispositions du jugement déféré portant sur le préjudice d'angoisse de mort imminente et le déficit fonctionnel temporaire, disant que la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise devrait verser à Mme [C] [H] les sommes susmentionnées, en application des dispositions de l'article L. 452-3 dernier alinéa du code de la sécurité sociale et rappelant que la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise pourrait recouvrer auprès de la société [10] les sommes avancées tant au titre de la majoration de la rente, de l'indemnisation des préjudices subis par Mme [C] [H] que des frais d'expertise judiciaire, ses mentions selon lesquelles l'appel tend à obtenir l'annulation ou l'infirmation dudit jugement entrepris devant être comprises dans les limites des chefs déférés et n'entraînant aucunement la dévolution du jugement et du litige pour le tout.
Si dans un premier temps, Mme [H] a conclu à la confirmation du jugement en ce qui concerne les souffrances endurées, le préjudice esthétique temporaire, l'article 700, les dépens et les intérêts, elle a modifié ses prétentions dans ses conclusions soutenues à l'audience et, apparemment, interjeté appel incident de toutes les dispositions du jugement à l'exception de l'article 700 et des dépens ainsi que des intérêts.
Cependant, un examen plus attentif des conclusions de l'intéressée permet de constater que si elle a formellement fait appel incident de toutes les dispositions du jugement sauf celles précitées, ses conclusions sont en réalité entachées d'une simple erreur matérielle en ce qu'elle interjette appel incident des dispositions du jugement portant sur l'indemnisation de ses souffrances endurées et son préjudice esthétique temporaire puisqu'elle sollicite expressément dans le corps de ses écritures la confirmation des dispositions correspondantes du jugement déféré et qu'elle demande dans son dispositif les sommes accordées par le tribunal de ces différents chefs.
Restituant aux conclusions de Mme [H] leur son exacte portée juridique, en application de l'article 12 du code de procédure civile, la cour constate que cette dernière n'a pas fait appel incident des dispositions relatives à l'indemnisation de ses souffrances endurées et de son préjudice esthétique temporaire outre qu'elle n'a pas non plus fait appel incident des dispositions du jugement relatives aux dépens, article 700 et intérêts dont elle sollicite expressément la confirmation.
La caisse quant à elle conclut notamment à la confirmation des dispositions du jugement déféré fixant l'indemnisation des souffrances endurées par Mme [C] [H] à 20 000 euros et l'indemnisation du préjudice esthétique temporaire de Mme [C] [H] à 3000 euros.
Elle n'interjette par ailleurs pas appel incident des dispositions du jugement relatives aux dépens, aux frais irrépétibles et aux intérêts.
Aucun appel incident n'étant intervenu des chefs précités, il s'ensuit que l'appelante ne peut en faire appel provoqué et que la cour n'est donc pas saisie des dispositions du jugement relatives à l'indemnisation des souffrances endurées et du préjudice esthétique temporaire ainsi que de celles relatives aux dépens, article 700 et intérêts.
SUR LES DEMANDES INDEMNITAIRES DE MME [H].
Il résulte de l'article L. 452-3 du code de la sécurité sociale tel qu'interprété par le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2010-8 QPC du 18 juin 2010 qu'en cas de faute inexcusable de l'employeur, la victime d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle peut demander à ce dernier la réparation de son préjudice d'agrément si elle justifie de la pratique d'une activité spécifique sportive ou de loisir antérieure à la maladie qui aurait été rendue impossible ou limitée par l'accident ou la maladie, de ses souffrances physiques et morales avant consolidation, de son préjudice esthétique ainsi que du préjudice résultant de la perte ou de la diminution de ses possibilités professionnelles et qu'elle peut également être indemnisée d'autres chefs de préjudice à la condition qu'ils ne soient pas déjà couverts par le livre IV du code de la sécurité sociale tels que notamment le préjudice sexuel et le préjudice d'établissement, le besoin d'assistance par une tierce personne avant consolidation, le déficit fonctionnel temporaire qui inclut, pour la période antérieure à la date de consolidation, l'incapacité fonctionnelle totale ou partielle ainsi que le temps d'hospitalisation et les pertes de qualité de vie et des joies usuelles de la vie courante durant la maladie traumatique, et les préjudices permanents exceptionnels correspondant à des préjudices atypiques directement liés aux handicaps permanents de la victime.
De même, depuis les deux arrêts de l'assemblée plénière de la Cour de cassation du 20 janvier 2023, la victime d'une faute inexcusable peut être indemnisée de ses souffrances physiques et morales après consolidation et de son déficit fonctionnel permanent puisque ce dernier, et les souffrances physiques et morales après consolidation qui en sont une composante, n'est pas réparé par la rente (dans ce sens les deux arrêts de l'Assemblée plénière de la Cour de cassation rendus le 20 janvier 2023 pourvois n° 20-236.73 et n° 21-239.47 par lesquels la Cour de cassation, revenant sur sa jurisprudence, juge désormais que la rente ou l'indemnité en capital versée à la victime d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle ne répare pas le déficit fonctionnel permanent. Dans le même sens notamment 2e Civ., 28 septembre 2023, pourvoi n° 21-25.690 et 2e Civ., 16 novembre 2023, pourvoi n° 21-24.529 qui retient l'indemnisation du déficit fonctionnel permanent au titre de l'article L. 452-3).
Il résulte par contre des dispositions précitées que la victime ne peut être indemnisée sur leur fondement ni de la perte de gains professionnels, qui est compensée avant consolidation par le versement d'indemnités journalières et, après consolidation par le versement de la rente, ni de ses frais de tierce personne après consolidation qui sont couverts, même de manière restrictive, par le livre IV et qu'elle ne peut non plus être indemnisée de ses frais médicaux et d'appareillages médicaux et paramédicaux et notamment des dispositifs médicaux et appareils de maintien à domicile et d'aide à la vie pour malades et handicapés qui constituent des dépenses de santé et d'appareillage au sens de l'article L. 431-1 du code de la sécurité sociale et sont donc couverts, même de manière restrictive, par le livre IV de ce code.
Il convient donc d'examiner la recevabilité et, s'il y a lieu, le bien-fondé des différentes demandes indemnitaires de Mme [H] au regard des prescriptions du texte précité et ce dans l'ordre retenu par cette dernière consistant à distinguer les préjudices patrimoniaux et les préjudices extra-patrimoniaux.
A/ Sur sur les demandes de Mme [H] au titre de ses préjudices patrimoniaux.
Sur la demande en indemnisation du besoin de tierce personne.
Vu le principe de réparation intégrale du préjudice sans perte ni profit,
Il résulte de ce principe que le montant de l'indemnité allouée au titre de l'assistance par une tierce personne « ne saurait être réduit en cas d'assistance familiale » (notamment Crim., 21 février 1991, pourvoi n 90-81.542, Bull. crim. 1991 n° 88 ; 2e Civ., 4 mai 2000, pourvoi n° 98-19.903, Bulletin civil 2000, II, n 76 ; Ass. plén., 28 novembre 2001, pourvoi n° 00-14.248, Bull. 2001, Ass. plén., n° 16 ; 2e Civ., 15 avril 2010, pourvoi n° 09-14.042 ; 2e Civ., 24 novembre 2011, pourvoi n° 10-25.133, Bull. 2011, II, n° 218 ; 2e Civ., 4 octobre 2012, pourvoi n° 11-24.789 2e Civ., 15 janvier 2015, pourvoi n °14-14.132, 13-21.612, 14-11.364 ; 2e Civ., 12 février 2015, pourvoi n° 13-17.677 ; 2e Civ., 17 octobre 2024, pourvoi n° 22-18.905).
C'est pourquoi l'indemnité allouée au titre de l'assistance d'une tierce personne, qui doit être évaluée en fonction des besoins de la victime, « ne peut être subordonnée à la production de justifications des dépenses effectives » (2e Civ., 17 février 2005, pourvoi n° 03-15.739 ; 2e Civ., 20 juin 2013, pourvoi n° 12-21.548, Bull. 2013, II, n° 127 ; 2e Civ., 15 janvier 2015, pourvoi n° 13-28.050, 13-28.211, 14-12.600, 14-13.107, 13-27.761, Bull. 2015, II, n° 7).
En outre, le montant de l'indemnité allouée ne peut être apprécié sur la base d'un taux horaire hors charges sociales dans le cas d'une assistance familiale (2e Civ., 4 mai 2017, pourvoi n° 16-16.885 : 2e Civ., 16 novembre 1994, pourvoi n° 93-11.177, Bulletin 1994 II N 232 ; 2e Civ., 7 mai 2014, pourvoi n° 13-16.204 ; 2e Civ., 13 septembre 2018, pourvoi n° 17-22.427 ; 2e Civ., 11 octobre 2018, pourvoi n° 17-23.312) ni hors congés payés (2e Civ., 16 juillet 2020, pourvoi n°19-14.982 ; 2e Civ., 17 octobre 2024, pourvoi n° 22-18.905 ) et il est donc tout à fait justifié de calculer le taux horaire en fonction d'un coefficient multiplicateur comme le fait régulièrement la jurisprudence administrative ( par exemple CE, 25 mai 2018, Botuli-Kadima, n 393827, Lebon T., p. 903-911, AJDA 2018. 1360 - CE, 5e ch., 27 déc. 2019, M. [Z], n° 421792 ; CE, 5e et 6e ch. réunies, 12 févr. 2020, ONIAM, n°422754 ; CE, 6 mars 2024, Mme [U], n° 458481 qui approuve une cour administrative d'appel qui, dans le cas d'une assistance familiale, a affecté la période indemnisable « d'un coefficient multiplicateur de 1,128 destiné à tenir compte des majorations pour dimanches, congés et jours fériés »).
Par ailleurs, c'est dans l'exercice de leur pouvoir souverain que les juges du fond apprécient « l'existence, le montant et les modalités de réparation du préjudice » (2e Civ., 11 juin 2015, pourvoi n° 14-18.849) et fixent « le montant des indemnités propres à assurer la réparation intégrale du préjudice au titre du besoin d'aide par une tierce personne » (notamment : 2e Civ., 15 janvier 2015, pourvoi n° 13-11.941 ; 2e Civ., 21 mai 2015, pourvoi n° 14-16.615 ; 2e Civ., 14 avril 2016, pourvoi n 15-10.325), notamment le taux horaire permettant d'évaluer ce poste de préjudice (2e Civ., 10 mai 2007, pourvoi n° 05-17.950 ; 2e Civ., 20 janvier 2022, pourvoi n° 20-16.012).
En l'espèce, le rapport d'expertise judiciaire fait état d'une évaluation du besoin de tierce-personne qui s'établit comme suit :
« Tierce personne à titre viager et aide temporaire
Il est évalué ici la tierce personne nécessaire, en dehors des soins infirmiers à domicile qui sont pris en charge par la sécurité sociale.
En dehors des périodes d'hospitalisation, Mme [C] [H] n'a pas bénéficié d'aide temporaire rémunérée. Elle a été aidée par son entourage, en particulier une amie, [I], et son compagnon.
Le recours à une tierce personne temporaire était justifié à raison de 2 heures par jour 7 jours sur 7 durant le DFT à 75%.
La nécessité d'une tierce personne est médicalement justifiée pour l'aide à la toilette. l'aide à l'habillage, l'aide à la préparation des repas, pour les courses, l'aide aux déplacements extérieurs.
On retient une tierce personne de réassurance dans le cadre de l'accident avec des circonstances particulièrement traumatisantes.
Le recours à une tierce personne temporaire était justifié à raison de 2 heures par semaine durant le DFT à 25%. Le recours à une tierce personne temporaire était justifié pour l'aide à l'entretien du logement, les courses et l'aide aux déplacements extérieurs.
Dans le cadre d'une faute inexcusable, il n'est pas demandé de se prononcer sur la tierce personne à titre viager ».
Les conclusions de l'expert s'établissent en conséquence comme suit, s'agissant du besoin de tierce-personne temporaire de la victime :
Assistance par une tierce personne temporaire :
' 2 heures par jour 7 jours sur 7 du 22 juillet 2012 au 15 août 2012
' 2 heures par semaine du 16 août 2012 au 25 novembre 2013.
Les parties s'entendent sur l'évaluation de l'expert judiciaire du nombre d'heures par jour de tierce personne de la première période précitée de déficit fonctionnel soit 2 heures mais s'opposent sur le nombre d'heures par semaine de la seconde période précitée de déficit fonctionnel, Mme [H] sollicitant son indemnisation sur la base de 4 heures par semaine et non de deux heures comme indiqué par l'expert et retenu par les autres parties.
Elle avait adressé à l'expert un di
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