TJ 77284, 14 mai 2025, RG 25/00205
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Texte de la décision
- N° RG 25/00205 - N° Portalis DB2Y-W-B7J-CD34L
Date : 14 Mai 2025
Affaire : N° RG 25/00205 - N° Portalis DB2Y-W-B7J-CD34L
N° de minute : 25/00223
Formule Exécutoire délivrée
le : 15-05-2025
à : Me Géraud BOMMENEL + dossier
Copie Conforme délivrée
le : 15-05-2025
à : Me Nawal BELLATRECHE TITOUCHE
Me Sophie MATEOS + dossier
Régie
Service Expertise
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE MEAUX
ORDONNANCE DE RÉFÉRÉ
Par mise à disposition au greffe, les parties en ayant été préalablement avisées, a été rendue, le QUATORZE MAI DEUX MIL VINGT CINQ, par Monsieur Arnaud MARCANGELI, Juge au Tribunal judiciaire de MEAUX, assisté de Madame Béatrice BOEUF, Greffière lors des débats et du délibéré, l’ordonnance dont la teneur suit :
Entre :
DEMANDEURS
Monsieur [A] [U]
Madame [G] [Y]
[Adresse 5]
[Localité 12]
représentés par Me Géraud BOMMENEL, avocat au barreau de PARIS, avocat plaidant
DEFENDEURS
Monsieur [E] [C]
[Adresse 9]
[Localité 12]
représenté par Me Nawal BELLATRECHE TITOUCHE, avocat au barreau de PARIS, avocat plaidant, non comparant
Syndicat des copropriétaires du [Adresse 5] à [Localité 12] représenté par son syndic la société FONCIA MARNE EUROPE
[Adresse 3]
[Localité 8]
représentée par Me Sophie MATEOS, avocat au barreau de MELUN, avocat plaidant
Madame [B] [F] [W]
[Adresse 5]
[Localité 12]
non comparante
MATMUT MUTUELLE ASSURANCE TRAVAILLEUR MUTUALISTE
[Adresse 6]
[Localité 7]
non comparante
Après avoir entendu les parties lors de l’audience de plaidoirie du 09 Avril 2025 ;
EXPOSE DU LITIGE
Suivant acte authentique en date du 29 septembre 2009, Monsieur [A] [U] et Madame [G] [Y] ont acquis leur maison d’habitation sise [Adresse 5] à [Localité 12].
Ils ont souscrits à une assurance habitation auprès de la compagnie MATMUT.
Le 19 avril 2022 ils procédaient à une déclaration de sinistre auprès de leur assureur suite à un dégât des eaux survenu au sein de leur domicile le 1er septembre 2021.
Le 24 janvier 2023, la compagnie MATMUT adressait à Madame [B] [F] [W], locataire et dont le propriétaire est Monsieur [E] [C], un courrier lui sollicitant de remédier aux fuites dont les conséquences sont subis par Monsieur [A] [U] et Madame [G] [Y], propriétaires de l’appartement avoisinant.
Suivant devis en date du 28 avril 2023, Madame [G] [Y] mandatait la société Leon Peinture Décoration pour des travaux dans une chambre suite à un dégât des eaux.
Par courrier en date du 15 décembre 2023, la compagnie MATMUT mettait en demeure la société FONCIA, ès qualités de syndic de l’immeuble, d’avoir à procéder à toute action utile en vue de parvenir à la résolution des problèmes de fuite localisés dans l’appartement de Madame [B] [F] [W]. Une relance a été opérée dans les mêmes termes par courrier le 12 février 2024.
La société MATMUT a par suite confié une mission d’expertise amiable à la société ELEX laquelle a établi un rapport le 14 mai 2024 suit à la réunion qui s’est tenue le 13 mai 2024. L’expert chiffrait les dommages à hauteur de 1337,16 euros et préconisait un recours urgent à un spécialiste afin de remédier aux infiltrations constatées. Les termes dudit rapport étaient notifiés à Madame [G] [Y] par l’intermédiaire de sa compagnie d’assurance.
Considérant la persistance des infiltrations, par actes de commissaire de justice en date respectivement des 6 et 11 mars 2025, Monsieur [A] [U] et Madame [G] [Y] ont fait assigner Monsieur [E] [C], Madame [B] [F] [W] le syndicat des copropriétaires représenté par son syndic FONCIA MARNE EUROPE et sa compagnie assureur la S.A.M MATMUT MUTUELLE ASSURANCE TRAVAILLEUR MUTUALISTE devant le juge des référés du tribunal judiciaire de Meaux aux fins d’obtenir la désignation d’un expert judiciaire sur le fondement de l’article 145 du code de procédure civile Ils ont en outre demandé au juge des référés de réserver les dépens.
Au soutien de leurs prétentions, Monsieur [A] [U] et Madame [G] [Y] expliquent que les infiltrations sont à ce jour persistantes et qu’elles n’ont fait l’objet d’aucune solution de reprise à ce jour.
A l’audience du 9 avril 2025 à laquelle l’affaire a été retenue, Monsieur [A] [U] et Madame [G] [Y] ont maintenu les termes de leurs exploits introductifs d’instance.
Le syndicat des copropriétaires représenté par son syndic FONCIA MARNE EUROPE a formulé les protestations et réserves d’usage.
Bien que régulièrement assignés, Monsieur [E] [C], Madame [B] [F] [W] et la compagnie assureur la S.A.M MATMUT MUTUELLE ASSURANCE TRAVAILLEUR MUTUALISTE n’ont pas comparu. La décision étant susceptible d’appel, il sera statué par décision réputée contradictoire.
- N° RG 25/00205 - N° Portalis DB2Y-W-B7J-CD34L
L’affaire a été mise en délibéré au 14 mai 2025, date de la présente ordonnance.
SUR CE,
En application de l’article 472 du code de procédure civile, lorsque le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond. Le juge ne fait droit à la demande que dans la mesure où il l’estime régulière, recevable et bien fondée.
1 - Sur la demande principale en expertise judiciaire
Aux termes de l'article 145 du code de procédure civile : « S'il existe un motif légitime de conserver ou d'établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d'un litige, les mesures d'instruction légalement admissibles peuvent être ordonnées à la demande de tout intéressé, sur requête ou en référé ».
Il est acquis que l'article 145 du code de procédure civile est un texte autonome auquel les conditions habituelles du référé ne sont pas applicables. Il n'est ainsi pas soumis à la condition d'urgence ou à la condition d'absence de contestation sérieuse.
Une mesure d'instruction ne peut être demandée et obtenue, sur le fondement de l'article 145 du code de procédure civile lorsqu'une juridiction du fond est saisie de l'affaire. La condition d'absence de saisine préalable des juges du fond s'apprécie au jour de la saisine du juge, puisque c'est une condition de recevabilité de la demande, et non pas au jour où le juge des référés statue.
L’article 146 du code de procédure civile ne s'applique pas lorsque le juge est saisi d'une demande fondée sur l'article 145 du même code.
Ce texte suppose l'existence d'un motif légitime c'est à dire un fait crédible et plausible, ne relevant pas de la simple hypothèse qui présente un lien utile avec un litige potentiel futur dont l'objet et le fondement juridique sont suffisamment déterminés et dont la solution peut dépendre de la mesure d'instruction sollicitée à condition que cette mesure ne porte pas une atteinte illégitime aux droits d'autrui. Elle doit être pertinente et utile.
Ainsi, si le demandeur à la mesure d'instruction n'a pas à démontrer l'existence des faits qu'il invoque puisque cette mesure in futurum est justement destinée à les établir, il doit néanmoins justifier d'éléments rendant crédibles ses suppositions et justifier que le litige potentiel n'est pas manifestement voué à l'échec et que la mesure est de nature à améliorer la situation probatoire du demandeur.
La faculté prévue à l'article 145 du code de procédure civile ne saurait, en outre, être exercée à l'encontre d'un défendeur qui, manifestement, et en dehors même de toute discussion au fond, ne serait pas susceptible d'être mis en cause dans une action principale.
De plus, si la partie demanderesse dispose d'ores et déjà de moyens de preuves suffisants pour conserver ou établir la preuve des faits litigieux, la mesure d'instruction demandée est dépourvue de toute utilité et doit être rejetée.
Enfin, l'application de cet article n'implique aucun préjugé sur la responsabilité des parties appelées à la procédure, ni sur les chances de succès du procès susceptible d'être ultérieurement engagé.
Monsieur [A] [U] et Madame [G] [Y] n'ont pas à démontrer l'existence des désordres ou fautes qu'ils invoquent puisque cette mesure in futurum est justement destinée à les établir. Ils doivent seulement justifier d'éléments rendant crédibles leurs supposition.
En l’espèce, il résulte des pièces de la procédure et notamment du rapport d’expertise amiable la présence et persistance de désordres tenant à des infiltrations au sein du domicile des demandeurs. Ledit rapport fait état de dommages matériels au sein de la chambre principale. L’expert mandaté pour la cause préconisait par ailleurs un recours en urgence à un spécialiste afin d’y remédier.
Les demandeurs déplorent au jour de la saisine de la juridiction de céans la persistance des infiltrations. Par ailleurs, il est constant qu’une déclaration de sinistre a d’ores et déjà eu lieu auprès de leur compagnie d’assurance pour des faits identiques persistants à minima depuis septembre 2021, date de la déclaration.
A ce stade, la prompt teneur et l’origine véritable des désordres ne sont pas déterminées. La mesure sollicitée au visa des dispositions de l’article 145 du code de procédure civile aura justement pour vertu de les déterminer au contradictoire de chacune des parties. Elle aura également pour but de conserver et/ou établir des preuves avant, le cas échéant, tout procès au fond.
Au regard de ces éléments, Monsieur [A] [U] et Madame [G] [Y] disposent d'un motif légitime à faire établir les désordres allégués.
Du tout, il résulte que les conditions d’application des dispositions de l’article 145 du code de procédure civile sont réunies et qu’il convient d’ordonner la mesure d’expertise requise, dans les termes du dispositif, en mettant à la charge de Monsieur [A] [U] et de Madame [G] [Y] le paiement de la provision initiale.
2 - Sur les mesures de fin de jugement
La demande étant fondée sur l'article 145 du code de procédure civile, les dépens devront demeurer à la charge de Monsieur [A] [U] et de Madame [G] [Y].
PAR CES MOTIFS
Statuant par ordonnance réputée contradictoire et en premier ressort, mise à disposition au greffe le jour du délibéré, après débats en audience publique,
Ordonnons une mesure d'expertise,
Désignons pour y procéder
[X] [Z] [D]
[Adresse 4]
[Localité 10]
Tél : [XXXXXXXX01]
Port. : [XXXXXXXX02]
Mèl : [Courriel 11]
avec mission de :
- entendre les parties et tous sachants,
- prendre connaissance de tous documents et pièces utiles à l'accomplissement de sa mission,
- se rendre sur les lieux situés [Adresse 5] à [Localité 12] après y avoir convoqué les parties,
-e xaminer les lieux objet du litige, dire s’ils sont affectés des désordres et des non conformités mentionnés par les demandeurs dans leur assignation,
- dans l’affirmative, les décrire, en rechercher les causes et préciser pour chacun d’eux s’ils proviennent d’une erreur de conception, d’un vice des matériaux, d’une malfaçon dans leur mise en oeuvre, d’un non respect des règles de l’art, d’une négligence dans l’entretien ou l’exploitation des ouvrages ou de toute autre cause,
- fournir tout renseignement technique et de fait permettant au tribunal de statuer sur les éventuelles responsabilités encourues et d’évaluer les préjudices de toute nature éventuellement subis, directs ou indirects, matériels ou immatériels résultant du sinistre, notamment le préjudice de jouissance,
- décrire les travaux nécessaires pour remédier aux désordres et aux non conformités constatés ; en évaluer le coût poste par poste après avoir, le cas échéant, examiné et discuté les devis ou propositions chiffrées présentés par les parties dans le délai qu’il leur aura imparti ; préciser la durée des travaux préconisés,
- donner son avis sur la solution économiquement la plus raisonnable,
- donner tous éléments permettant d’apprécier les préjudices subis par Monsieur [A] [U] et par Madame [G] [Y] du fait des désordres, des non conformités et des travaux de reprise à effectuer ; en proposer une évaluation chiffrée,
- indiquer le montant de la dépréciation de l’immeuble pour le cas où il ne pourrait pas être remédié à certaines malfaçons,
- s’il y a lieu, proposer un compte entre les parties,
- d’une manière générale, faire toutes observations utiles au règlement du litige ;
Disons que pour procéder à sa mission l’expert devra :
- convoquer et entendre les parties, assistées, le cas échéant, de leurs conseils, et recueillir leurs observations à l'occasion de l'exécution des opérations ou de la tenue des réunions d'expertise ;
- se faire remettre toutes pièces utiles à l'accomplissement de sa mission, notamment, s’il le juge utile, les pièces définissant le marché, les plans d’exécution, le dossier des ouvrages exécutés ;
- à l’issue de la première réunion d’expertise, ou dès que cela lui semble possible, et en concertation avec les parties, définir un calendrier prévisionnel de ses opérations ; l’actualiser ensuite dans le meilleur délai :
* en faisant définir une enveloppe financière pour les investigations à réaliser de manière à permettre aux parties de préparer le budget nécessaire à la poursuite de ses opérations ;
* en les informant de l’évolution de l’estimation du montant prévisible de ses frais et honoraires et en les avisant de la saisine du juge du contrôle des demandes de consignation complémentaire qui s’en déduisent, sur le fondement de l'article 280 du code de procédure civile, et dont l'affectation aux parties relève du pouvoir discrétionnaire de ce dernier au sens de l'article 269 du même code ;
* en fixant aux parties un délai impératif pour procéder aux interventions forcées ;
* en les informant, le moment venu, de la date à laquelle il prévoit de leur adresser son document de synthèse ;
- au terme de ses opérations, adresser aux parties un document de synthèse, sauf exception dont il s’expliquera dans son rapport (par ex : réunion de synthèse, communication d’un projet de rapport), et y arrêter le calendrier impératif de la phase conclusive de ses opérations, compte-tenu des délais octroyés devant rester raisonnable,
* fixant, sauf circonstances particulières, la date ultime de dépôt des dernières observations des parties sur le document de synthèse ;
* rappelant aux parties, au visa de l’article 276 alinéa 2 du code de procédure civile, qu’il n’est pas tenu de prendre en compte les observations transmises au delà de ce délai ;
Disons qu’en cas d'urgence ou de péril en la demeure reconnue par l'expert, ce dernier pourra autoriser les demandeurs à faire exécuter à leurs frais avancés, pour le compte de qui il appartiendra, les travaux estimés indispensables par l'expert, sous la direction du maître d'œuvre des demandeurs, par des entreprises qualifiées de son choix; que, dans ce cas, l'expert déposera une note circonstanciée aux parties, précisant la nature, l'importance et le coût de ces travaux ;
Fixons à la somme de 3000 € le montant de la provision à valoir sur les frais d’expertise qui devra être consignée par Monsieur [A] [U] et par Madame [G] [Y], avec faculté de substitution, à la Régie de ce tribunal au plus tard le 14 juillet 2025 ;
Disons que faute de consignation de la présente provision initiale dans ces délais impératifs, ou demande de prorogation sollicitée en temps utile, la désignation de l’expert sera aussitôt caduque et de nul effet, sans autre formalité requise, conformément aux dispositions de l'article 271 du code de procédure civile ;
Disons que l'expert sera saisi et effectuera sa mission conformément aux dispositions des articles 232 à 248, 263 à 284-1du code de procédure civile et qu'il déposera l'original de son rapport au greffe du tribunal judiciaire dans les SIX MOIS de sa saisine, sauf prorogation de ce délai dûment sollicitée en temps utile de manière motivée auprès du Juge du contrôle,
Disons que l’exécution de la mesure d’instruction sera suivie par le juge du service du contrôle des expertises de ce tribunal, spécialement désigné à cette fin en application des article 155 et 155-1 du code de procédure civile,
Laissons les dépens à la charge de Monsieur [A] [U] et de Madame [G] [Y],
Rappelons que la présente ordonnance bénéficie de plein droit de l’exécution provisoire.
Le Greffier Le Président
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