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TJ 69123, 23 juin 2025, RG 25/02311


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Date
23/06/2025
Numéro
25/02311
Lieu / cour
tj69123
Chambre
J.L.D.
Type
other
Id
685c3d030a00405eb741d60a

Texte de la décision

10,901 caractères

COUR D'APPEL DE LYON
Tribunal judiciaire de Lyon
Cabinet de Jean-Christophe BERLIOZ

N°RG 25/02311 - JLD hospitalisation
Monsieur [H] [E], né le 14/11/07

ORDONNANCE RELATIVE A UNE MESURE DE CONTENTION
(1ère demande)

rendue le 23 juin 2025 à 16h15

Par Jean-Christophe BERLIOZ, Vice-président chargé des fonctions de juge des libertés et de la détention, statuant sans audience selon la procédure écrite de principe prévue aux articles L3211-12-2 et L3222-5-1 du Code de la santé publique ;

Vu les articles L3211-1 et suivants, L.3212-1 et suivants, L3222-5-1, R3211-31 et suivants du Code de la santé publique ;

Vu les pièces du dossier et notamment :
- un arrêté préfectoral en date du 10/06/25 portant admission en hospitalisation complète sans consentement du patient en UHSA à compter du 11/06/25,
- une ordonnance du juge de Lyon en date du 20/06/25 autorisant le maintien en hospitalisation sans consentement au-delà d’une durée de 12 jours
- le renouvellement de la mesure de contention à compter du 23 juin 2025 à 06h29 pour une durée de 04 heures, validé par le Docteur [R] le 22 juin 2025 à 20h18, considérant que l'état du patient nécessite le renouvellement exceptionnel de la mesure de placement sous contention mise en place le 21 juin 2025 à 12h27 sans interruption jusqu’à ce jour ;

Vu l’information régulièrement délivrée à un tiers (en l’espèce ses parents, représentants légaux de leur fils mineur), régulièrement prévue en application du premier alinéa du II de l'article L3222-5-1 du code de la santé publique ;

Vu la preuve de l’information du juge par la Directrice de l’établissement, en application de ce même article ;

Vu la saisine du juge par le Directeur du CH [H] le 23 juin 2025 enregistrée le même jour à 07h26, aux fins de maintien de la mesure ;

Vu l'avis du Ministère public qui s’en rapporte ;

Vu l’impossibilité clinique d’informer le patient sur ses droits et modalités de recours, selon certificats médicaux réitérés entre le 21 juin 2025 et ce jour et confirmés par un questionnaire médical en date du 22/06/25 ;

Vu les observations de Maître Sarah-Marie BOYER concluant à l’irrégularité de la mesure de contention en raison notamment de motivations type et de l’anticipation ayant présidé au renouvellement de la mesure les 21 et 22 juin 2025, outre des décisions de renouvellement signées à deux reprises à 1 minute d’intervalle le 21 et 22 juin 2025.

MOTIFS DE LA DECISION :

L'article L3222-5-1 du code de la santé publique dispose, dans son premier alinéa, que l'isolement et la contention sont des pratiques de dernier recours et ne peuvent concerner que des patients en hospitalisation complète sans consentement ; qu'il ne peut y être procédé que pour prévenir un dommage immédiat ou imminent pour le patient ou autrui, sur décision motivée d'un psychiatre et uniquement de manière adaptée, nécessaire et proportionnée au risque après évaluation du patient ; qu'enfin, leur mise en œuvre doit faire l'objet d'une surveillance stricte, somatique et psychiatrique, confiée par l'établissement à des professionnels de santé désignés à cette fin et tracée dans le dossier médical, comportant notamment deux évaluations par 24 heures (isolement)/12heures(contention);

Il dispose aussi, dans son paragraphe II, qu'à titre exceptionnel, le médecin peut renouveler sous les mêmes conditions, au-delà des durées totales de 48 heures pour la mesure d'isolement et de 24 heures pour la mesure de contention, la mesure d'isolement ou de contention avec l'obligation d'informer au moins un membre de la famille du patient ou une personne susceptible d'agir dans l'intérêt de celui-ci, du renouvellement qui est envisagé ; que cette même information doit être délivrée par le directeur d'établissement au juge des libertés et de la détention, ce dernier devant être saisi d'une demande de maintien de la mesure avant l'expiration de la soixante-douzième heure d'isolement et de la quarante-huitième heure de contention si l'état de santé du patient rend le renouvellement de la mesure nécessaire au-delà de ces durées, et statuer avant l'expiration de la quatre-vingt seizième heure d'isolement ou la soixante-douzième heure de contention.

Il est aussi précisé à cet article qu'une mesure d'isolement ou de contention est regardée comme une nouvelle mesure lorsqu'elle est prise au moins quarante-huit heures après une précédente mesure d'isolement ou de contention et qu'en-deçà de ce délai, sa durée s'ajoute à celle des mesures d'isolement et de contention qui la précèdent et qu'en outre, l'information susvisée et la saisine du juge des libertés et de la détention doivent être effectuées selon les mêmes modalités lorsque le médecin prend plusieurs mesures d'une durée cumulée de quarante-huit heures pour l'isolement et de vingt-quatre heures pour la contention sur une période de quinze jours.

L’article R3211-31-1 dispose que l’information relative au renouvellement de la mesure d’isolement ou de contention est délivrée par tout moyen à au moins un membre de la famille du patient, ou une personne susceptible d’agir dans son intérêt. Cette personne a le droit de saisir le juge des libertés et de la détention aux fins de mainlevée d’une mesure d’isolement ou de contention.

Dans le cadre de son contrôle, le juge ne peut se substituer à l’autorité médicale s’agissant de l’évaluation du consentement du patient, du diagnostic posé ou des soins. Il n'opère pas une appréciation de l'opportunité médicale de la mesure mais un contrôle de ses motifs au regard des critères posés au paragraphe I de l'article L3222-5-1 susvisé.

Attendu que, s’agissant d’une mesure de contention dont le caractère très exceptionnel doit être souligné, il convient d’apprécier rigoureusement les motifs présidant aux prononcé et renouvellements intermédiaires de la mesure.

Que, s’agissant en outre du placement en contention d’un patient mineur, pour être âgé de 16 ans, le contrôle de légalité et d’opportunité exercé par le juge doit être maximal, quand bien même des éléments récents pourraient expliciter le placement et le maintien sous contention.

Attendu en l’espèce qu’il convient de constater que le renouvellement pour une durée de 06 heures de la mesure de contention du patient le 21 juin 2025 à compter de 00h28 a bien été décidé régulièrement par le Docteur [O] le même jour à 20h40 mais qu’une minute après, ce même praticien a renouvelé cette mesure pour une durée de 06 heures supplémentaires jusqu’au 22/06/25 à 12h29.

Attendu qu’il convient de constater que, de fait, la durée de renouvellement de la mesure de contention du patient a en réalité été portée à 12 heures en moins d’une minute, contrevenant en cela aux dispositions précitées qui imposent deux renouvellements par 12h afin de s’assurer d’une modification ou non de l’état de santé du patient et du caractère imminent ou non d’un risque de passage à l’acte, ce qu’une évaluation effectuées une minute après la première ne permet assurément pas de faire.

Attendu de même que le renouvellement pour une durée de 06 heures de la mesure de contention du patient le 22 juin 2025 à compter de 00h29 a bien été décidé régulièrement par le Docteur [R] le même jour à 20h17 mais qu’une minute après, ce même praticien a renouvelé cette mesure pour une durée de 04 heures supplémentaires jusqu’au 23/06/25 à 10h29.

Attendu qu’il convient de constater que, de fait, la durée de renouvellement de la mesure de contention du patient a en réalité été portée à 10 heures en moins d’une minute, contrevenant en cela aux dispositions précitées qui imposent deux renouvellements par 12h afin de s’assurer d’une modification ou non de l’état de santé du patient et du caractère imminent ou non d’un risque de passage à l’acte, ce qu’une évaluation effectuées une minute après la première ne permet assurément pas de faire.

Qu’en outre de telles anticipations les 21 et 22 juin 2025 ne peuvent s’expliquer à elles seules par les périodes de nuit profonde du patient, compte de tenu de leur heure d’expiration (12h29 le 22/06 et 10h29 le 23/06).

Attendu enfin que doit être relevé des séries de motivation type ne permettant pas de s’assurer avec suffisance de l’actualisation de la situation du patient.

Attendu surtout que, s’agissant d’une mesure de contention dont le caractère très exceptionnel doit être souligné, il convient d’apprécier rigoureusement toutes les conditions légales de ses mises en place et renouvellement.

Il résulte dès lors de l’ensemble de ces développements que la procédure est irrégulière, nonobstant la réalité des motifs médicaux ayant présidé à la mise en place et à la poursuite de cette mesure.

En conséquence, il convient de faire droit aux moyens présentés par le conseil du patient et d’ordonner la mainlevée de sa mesure de contention, laquelle ne saurait être maintenue en légalité ou en opportunité, s’agissant d’une mesure de contention dont le caractère exceptionnel a été rappelé, s’agissant tout particulièrement d’un patient mineur de 16 ans.

Attendu qu’il convient de rappeler qu’il résulte des dispositions de ce même article qu'en cas de mainlevée de la mesure, aucune nouvelle mesure ne peut être prise avant l'expiration d'un délai de quarante-huit heures à compter de la mainlevée de la mesure, sauf survenance d'éléments nouveaux dans la situation du patient rendant impossibles d’autres modalités de prise en charge, auquel cas l’intérêt du patient doit être recherché afin de garantir sa sécurité et celle d’autrui, le juge étant alors avisé sans délai de cette nouvelle mesure.

Il sera relevé pour la suite qu’une tentative de désescalade se soldant par un échec est susceptible de caractériser la survenance d’un élément nouveau, pour peu qu’elle soit mentionnée et caractérisée, de même que tous autre élément comportemental péjoratif nouvellement caractérisé ou mentionné.

PAR CES MOTIFS

Ordonnons la mainlevée de la mesure de contention concernant Monsieur [H] [E] ;

Rappelons qu'en cas de mainlevée de la mesure, aucune nouvelle mesure ne peut être prise avant l'expiration d'un délai de quarante-huit heures à compter de la mainlevée de la mesure, sauf survenance d'éléments nouveaux dans la situation du patient, le juge étant alors avisé sans délai de cette nouvelle mesure.

LE JUGE
Jean-Christophe BERLIOZ

- Copie de l’ordonnance notifiée par courriel au Directeur du Centre Hospitalier [H] pour notification à Monsieur [H] [E] le 23 juin 2025,
Le Greffier,

- Copie de l’ordonnance notifiée par courriel au directeur du Centre Hospitalier [H] le 23 juin 2025 ;
Le Greffier,

- Copie de l’ordonnance notifiée par courriel à Maître Sarah-Marie BOYER le 23 juin 2025 ;
Le Greffier,

- Copie de l’ordonnance notifiée par courriel à ses représentants légaux le 23 juin 2025 ;
Le Greffier,

- Avis de la présente ordonnance a été donné au procureur de la République le 23 juin 2025.

Le Greffier,

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