TJ 13055, 5 déc. 2024, RG 24/05827
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Texte de la décision
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE MARSEILLE
Pôle de Proximité
ORDONNANCE DE RÉFÉRÉ
ORDONNANCE DU : 05 Décembre 2024
Président : Monsieur Bernard GRISETI, MTT
Greffier : Madame Anaïs ALI, Greffier
Débats en audience publique le : 07 Novembre 2024
GROSSE :
Le 05 Décembre 2024
à Me Eliette SANGUINETTI
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EXPEDITION :
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N° RG 24/05827 - N° Portalis DBW3-W-B7I-5O6W
PARTIES :
DEMANDEURS
Monsieur [D] [Z]
né le 28 Juillet 1963 à [Localité 5], demeurant [Adresse 4]
représenté par Me Eliette SANGUINETTI, avocat au barreau de MARSEILLE
Madame [P] [D]
née le 25 Août 1962 à [Localité 5], demeurant [Adresse 4]
représentée par Me Eliette SANGUINETTI, avocat au barreau de MARSEILLE
DEFENDEURS
Monsieur [R] [M] [J]
né le 25 Novembre 1996 à [Localité 6], demeurant [Adresse 2]
non comparant
Madame [C] [G], demeurant [Adresse 1]
non comparante
EXPOSE DU LITIGE
Par contrat sous signature privée en date du 17 août 2021, Monsieur [D] [Z] et Madame [D] [P] ont donné à bail à Monsieur [R] [M] [J] un appartement à usage d’habitation situé [Adresse 3] pour un loyer mensuel de 650 €, charges comprises.
Par acte sous signature privée du 17 août 2021, Madame [C] [G] s’est portée caution personnelle et solidaire des sommes qui seraient dues par le/la/es locataire.
Des loyers étant demeurés impayés, Monsieur [D] [Z] et Madame [D] [P] a fait signifier à Monsieur [R] [M] [J] par acte de commissaire de justice en date du 31 mars 2023 un commandement de payer la somme de 2.730,80 €, en principal, correspondant à l’arriéré locatif et visant la clause résolutoire contractuelle.
Ce commandement a été signifié à la caution le 11 avril 2023.
Par acte de commissaire de justice en date du 4 septembre 2024, Monsieur [D] [Z] et Madame [D] [P] ont fait assigner Monsieur [R] [M] [J] ainsi que Madame [C] [G] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Marseille, statuant en référé, aux fins de voir :
- constater le jeu de la clause résolutoire insérée au contrat de bail liant les parties sur le fondement de l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989,
- ordonner l'expulsion du preneur et de tout occupant de son chef avec le concours de la force publique et d'un serrurier si besoin est,
- condamner solidairement Monsieur [R] [M] [J] et Madame [C] [G] à leur payer les loyers et charges impayés au 29 août 2024, soit la somme de 3.644,46 € avec intérêts légaux à compter du commandement de payer ainsi qu'une indemnité d'occupation jusqu'à libération effective des lieux d'un montant mensuel égal au dernier loyer échu augmenté des charges
- condamner solidairement Monsieur [R] [M] [J] et Madame [C] [G] à leur payer la somme de 800 € sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile, outre aux entiers dépens en ce compris le coût du commandement de payer.
Au soutien de ses prétentions, Monsieur [D] [Z] et Madame [D] [P] exposent que plusieurs échéances de loyers sont demeurées impayées malgré un commandement de payer visant la clause résolutoire insérée au contrat de bail délivré, le 31 mars 2023 et ce, pendant plus de deux mois.
Appelée à l'audience du 7 novembre 2024, l'affaire été retenue.
A cette audience, Monsieur [D] [Z] et Madame [D] [P], représentés par son conseil, sollicitent le bénéfice de leur acte introductif d'instance et actualisent leur créance à la somme de 2.196,01 €, selon décompte en date du 4 novembre 2024, terme de novembre inclus.
Bien que régulièrement assigné selon les termes de l’article 659 du code de procédure civile, Monsieur [R] [M] [J] ne comparait pas et n'est pas représenté.
Bien que régulièrement assigné en étude, Madame [C] [G] ne comparait pas et n'est pas représentée.
Conformément à l'article 473 du code de procédure civile, il sera statué par décision réputée contradictoire.
La décision a été mise en délibéré par mise à disposition au greffe au 5 décembre 2024.
MOTIFS DE LA DECISION
Aux termes de l'article 472 du code de procédure civile, si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond. Le juge ne fait droit à la demande que dans la mesure où il l'estime régulière, recevable et bien fondée.
En application de l'article 834 du code civil, dans tous les cas d'urgence, le président du tribunal judiciaire ou le juge des contentieux de la protection dans les limites de sa compétence, peuvent ordonner en référé toutes les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l'existence d'un différend.
En application de l'article 835 du même code le président du tribunal judiciaire ou le juge des contentieux de la protection dans les limites de sa compétence peuvent toujours, même en présence d'une contestation sérieuse, prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s'imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite.
Dans les cas où l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable, ils peuvent accorder une provision au créancier, ou ordonner l'exécution de l'obligation même s'il s'agit d'une obligation de faire.
Sur la recevabilité de la demande de résiliation
Une copie de l’assignation a été notifiée à la préfecture des Bouches du Rhône le 5 septembre 2024, soit plus six semaines avant l’audience du 7 novembre 2024, conformément aux dispositions de l’article 24 III de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989.
Par ailleurs, Monsieur [D] [Z] et Madame [D] [P] justifie avoir signalé la situation d'impayés à la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (CCAPEX) le 24 avril 2023 soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation le 4 septembre 2024, conformément aux dispositions de l’article 24 II de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989.
La demande aux fins de constatation de résiliation du bail est donc recevable.
Sur l'acquisition de la clause résolutoire et la résiliation du bail
L'une des obligations essentielles du preneur d'un contrat de bail est celle du paiement des loyers aux termes convenus en application de l'article 7 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989.
En matière de bail, l'article 24 I de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989, dans sa rédaction issue de la loi du 27 juillet 2023 entrée en vigueur le 29 juillet 2023, dispose que toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux. Ce délai était antérieurement de deux mois.
L'article 24 de la loi du 6 juillet 1989 est une disposition d'ordre public de protection. Le délai de deux mois ou de six semaines est un délai minimum donné au locataire pour régulariser la dette locative durant lequel les effets de clause résolutoire sont neutralisés.
Par ailleurs, en application de l'article 1103 du code civil, anciennement 1134 du même code, les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits.
En l'espèce, le bail conclu le 17 août 2021 contient une clause résolutoire (article VIII) stipulant un délai de deux mois et un commandement de payer visant cette clause a été signifié le 31 mars 2023, pour la somme en principal de 2.730,80 €.
Le commandement de payer est demeuré infructueux pendant plus de deux mois, de sorte qu’il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire contenue dans le bail sont réunies à la date du 31 mai 2024.
Monsieur [R] [M] [J] étant occupant sans droit ni titre depuis cette date, il convient d'ordonner son expulsion ainsi que l'expulsion de tous occupants de son chef, selon les modalités fixées au dispositif de la présente décision.
Le sort du mobilier garnissant le logement est prévu par les articles L.433-1 et suivants du code des procédures civiles d'exécution.
Sur la demande en paiement au titre de l'arriéré locatif et de l'indemnité d'occupation
Monsieur [R] [M] [J] est redevable des loyers impayés jusqu'à la date de résiliation du bail.
Par ailleurs, le maintien dans les lieux postérieurement à la date d’expiration du bail constitue une faute civile ouvrant droit à réparation en ce qu'elle cause un préjudice certain pour le propriétaire dont l'occupation indue de son bien l'a privé de sa jouissance. L'indemnité d'occupation, qui est également de nature compensatoire, constitue une dette de jouissance correspondant à la valeur équitable des locaux.
Compte tenu du contrat antérieur et afin de préserver les intérêts du demandeur, il convient de fixer le montant de l’indemnité d’occupation mensuelle due de la date de résiliation du bail au départ de Monsieur [R] [M] [J] par remise des clés ou expulsion au montant des loyers et charges qui auraient été dus si le bail s'était poursuivi, soit la somme de 715,91 € actuellement, et de condamner Monsieur [R] [M] [J] à son paiement.
Il ressort du commandement de payer, de l'assignation et du décompte fourni que Monsieur [R] [M] [J] reste devoir la somme de 2.196,01 €, à la date du 4 novembre 2024, cette somme correspondant à l'arriéré des loyers impayés et aux indemnités d'occupation, terme du mois de novembre inclus.
Pour la somme au principal, Monsieur [R] [M] [J], non comparant, n’apporte par définition aucun élément de nature à contester le principe ni le montant de la dette.
Monsieur [R] [M] [J] est donc condamné, par provision, au paiement de la somme de 2.196,01 €, avec les intérêts au taux à compter de l’assignation et du prononcé de la décision pour le surplus conformément aux dispositions de l'article 1231-6 et 1231-7 du code civil.
Sur les demandes en paiement formées à l’encontre de la caution
Aux termes de l'article 2292 du code civil, le cautionnement ne se présume point, il doit être exprès et on ne peut l'étendre au-delà des limites dans lesquelles il a été contracté.
En l'espèce, il ressort de l'engagement de caution signé par Madame [C] [G] qu'il porte sur les loyers et les charges, les indemnités d’occupation, les dégradations et réparations locatives, les accessoires ainsi que tous les frais éventuels de procédure dans la limite de 23.400 € jusqu’au 15 août 2030.
Le commandement de payer délivré au locataire le 31 mars 2023 lui a été signifié le 11 avril 2024.
En conséquence, Madame [C] [G] sera condamnée solidairement avec Monsieur [R] [M] [J] au paiement des sommes mises à sa charge par la présente décision.
Sur les demandes accessoires
Monsieur [R] [M] [J], partie perdante, supportera la charge des dépens en application de l'article 696 du code de procédure civile, qui comprendront notamment le coût du commandement de payer.
Il serait inéquitable de laisser à la charge de Monsieur [D] [Z] et Madame [D] [P] les frais exposés par eux dans la présente instance et non compris dans les dépens. La somme de 300 € lui sera donc allouée au titre de l'article 700 du code de procédure civile au paiement de laquelle le défendeur sera condamné.
La présente décision est exécutoire à titre provisoire, conformément à l’article 514 du code de procédure civile.
PAR CES MOTIFS
Le juge des contentieux de la protection statuant en référé, par ordonnance réputée contradictoire rendue en premier ressort et mise à disposition au greffe,
Au principal, RENVOIE les parties à se pourvoir ainsi qu'elles aviseront mais, dès à présent,
CONSTATE que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire figurant au bail conclu le 17 août 2021 entre Monsieur [D] [Z] et Madame [D] [P] et Monsieur [R] [M] [J] concernant le logement, situé [Adresse 3] sont réunies à la date du 31 mai 2024 ;
ORDONNE en conséquence à Monsieur [R] [M] [J] de libérer les lieux et de restituer les clés dans le délai de quinze jours à compter de la signification de la présente ordonnance ;
DIT qu’à défaut pour Monsieur [R] [M] [J] d’avoir volontairement libéré les lieux et restitué les clés dans ce délai, Monsieur [D] [Z] et Madame [D] [P] pourra deux mois après la signification d’un commandement de quitter les lieux, faire procéder à son expulsion ainsi qu’à celle de tous occupants de son chef, conformément à l'article L.412-1 du code des procédures civiles d'exécution, y compris le cas échéant avec le concours d’un serrurier et de la force publique ;
RAPPELLE que le sort du mobilier garnissant le logement est prévu par les articles L.433-1 et suivants du code des procédures civiles d'exécution ;
CONDAMNE solidairement Monsieur [R] [M] [J] et Madame [C] [G] à verser à Monsieur [D] [Z] et Madame [D] [P], à titre provisionnel, la somme de 2.196,01 € décompte arrêté au 4 novembre 2024 incluant la mensualité de novembre, correspondant à l'arriéré de loyers, charges et indemnités d’occupation, avec les intérêts au taux légal à compter de l’assignation et à compter du prononcé de la décision pour le surplus ;
CONDAMNE solidairement Monsieur [R] [M] [J] et Madame [C] [G] au paiement, à titre provisionnel, d'une indemnité mensuelle d’occupation d'un montant correspondant au loyer actuel avec charges, soit 715,91 € à ce jour, à compter du 1er décembre 2024 et jusqu’à la date de la libération effective et définitive des lieux ;
REJETTE le surplus des demandes ;
CONDAMNE solidairement Monsieur [R] [M] [J] et Madame [C] [G] à verser à Monsieur [D] [Z] et Madame [D] [P] une somme de 300 € au titre de l’article 700 du code de procédure civile ;
CONDAMNE solidairement Monsieur [R] [M] [J] et Madame [C] [G] aux dépens, qui comprendront notamment le coût du commandement de payer ;
RAPPELLE que la présente ordonnance est exécutoire de plein droit à titre provisoire.
Ainsi jugé et prononcé par ordonnance signée les jour, mois et an susdits par le président et le greffier susnommés et mise à disposition au greffe.
LA GREFFIÈRE LE PRÉSIDENT
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