TJ 93008, 29 juill. 2025, RG 25/01308
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Texte de la décision
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE BOBIGNY
[Adresse 3]
[Adresse 3]
[Adresse 3]
[Localité 6]
Téléphone : [XXXXXXXX02]
Télécopie : [XXXXXXXX01]
@ : [Courriel 8]
N° RG 25/01308 - N° Portalis DB3S-W-B7J-3IVC
Minute : 25/00484
SEINE SAINT DENIS HABITAT
Représentant : Me Thierry DOUEB, avocat au barreau de PARIS, vestiaire : C1272
C/
Monsieur [E] [O] [K] [W]
Madame [I] [V] [G] épouse [W]
ORDONNANCE DE RÉFÉRÉ DU 29 Juillet 2025
DEMANDEUR :
SEINE SAINT DENIS HABITAT
[Adresse 7]
[Adresse 7]
[Localité 5]
représenté par Maître Sandrine MOUNIAPIN, du cabinet de Maître Thierry DOUEB, avocat au barreau de PARIS
DÉFENDEURS :
Monsieur [E] [O] [K] [W]
[Adresse 9]
[Adresse 9]
[Localité 4]
comparant en personne
Madame [I] [V] [G] épouse [W]
[Adresse 9]
[Adresse 9]
[Localité 4]
comparante en personne
DÉBATS :
Audience publique du 06 Juin 2025
DÉCISION:
Contradictoire, premier ressort, prononcée publiquement par mise à disposition au greffe le 29 Juillet 2025, par Madame Aude ZAMBON, en qualité de Juge des contentieux de la protection, assistée de Madame Anne-Marie ANTUNES, faisant fonction de Greffier.
RAPPEL DES FAITS
Aux termes d'un acte sous seing privé signé le 7 novembre 1980, l'OPH interdépartemental de la région parisienne, aux droits duquel vient Seine-Saint-Denis Habitat, a consenti à M. [O] [K] [W] un contrat de bail portant sur un local à usage d'habitation, situé [Adresse 9] à [Localité 4], moyennant le paiement d'un loyer mensuel en principal de 493,64 francs, outre les provisions mensuelles sur charges et le versement d'un dépôt de garantie de 987 francs.
M. [E] [O] [W] et Mme [V] [G] se sont mariés depuis le 27 octobre 1979.
Le 3 octobre 2023, Seine-Saint-Denis Habitat a fait délivrer à M. [E] [O] [W] et Mme [I] [G] épouse [W] un commandement de payer la somme en principal de 2508,14€ arrêtée à la date du 28 septembre 2023, visant la clause résolutoire insérée au bail.
PROCEDURE
Par exploit de commissaire de justice délivré le 17 février 2025, Seine-Saint-Denis Habitat a fait citer M. [O] [W] et Mme [V] [G] épouse [W] devant le juge des contentieux de la protection de ce tribunal, statuant en matière de référés, aux fins :
" de constater l'acquisition de la clause résolutoire,
" d'ordonner l'expulsion des défendeurs, et celle de tous occupants de leur chef, et ce, avec l'assistance de la force publique set d'un serrurier au besoin,
" de les condamner solidairement au paiement de la somme de 3224,71€ au titre de la dette locative échéance de novembre 2024 incluse, avec intérêts à compter du commandement de payer ainsi qu'à compter du mois de décembre 2024, au paiement d'une indemnité d'occupation mensuelle égale au montant du loyer, charges et révisions jusqu'alors pratiqués entre les parties jusqu'à complète libération des lieux,
" de dire que le sort des meubles sera régi par les dispositions du code des procédures civiles d'exécution,
" de les condamner solidairement d'avoir à produire leur assurance contre les risques locatifs, sous astreinte de 15 euros par jour de retard, commençant à courir 8 jours après la signification de la décision à intervenir,
" de les condamner solidairement à lui verser la somme de 500 € au titre de l'article 700 du code de procédure civile, ainsi qu'aux entiers dépens qui comprendront les frais du commandement de payer de l'assignation et des éventuelles voies d'exécution.
A l'appui de ses prétentions, la demanderesse a exposé que les défendeurs n'ont pas soldé les causes du commandement de payer dans le délai imparti, de sorte que la clause résolutoire est acquise et que leur expulsion doit être ordonnée.
A l'audience du 6 juin 2025, Seine-Saint-Denis Habitat, représentée, a actualisé à la baisse le montant de la dette locative à la somme de 1899€, terme du mois d'avril 2025 inclus. La partie demanderesse a maintenu le surplus de ses demandes initiales. Elle s'est désistée de sa demande au titre de la production d'une attestation d'assurance contre les risques locatifs. Elle a indiqué que les locataires ont repris le paiement du loyer courant au jour de l'audience. Elle a indiqué être favorable à l'octroi de délais de paiement suspensifs des effets de la clause résolutoire.
M. [E] [O] [W] et Mme [I] [G] épouse [W], après vérification de leurs pièces d'identité respectives à l'audience, comparants, ont indiqué percevoir respectivement 1200 et 1400 € de retraite. Ils ont demandé l'octroi de délais de paiement suspensifs des effets de la clause résolutoire proposant d'apurer leur dette par des versements mensuels de 100 euros.
Aucun diagnostic social et financier n'a été reçu au greffe du Tribunal au jour de l'audience.
L'affaire a été mise en délibéré au 29 juillet 2025.
MOTIFS DE LA DECISION
L'article 834 du code de procédure civile dispose que dans tous les cas d'urgence, le juge des contentieux de la protection dans les limites de sa compétence, peut ordonner en référé toutes les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l'existence d'un différend.
Sur la résiliation
- sur la recevabilité de l'action :
Une copie de l'assignation a été notifiée à la préfecture de Seine Saint Denis par la voie électronique le 21 mars 2025 soit plus de six semaines avant l'audience en date du 6 juin 2025 conformément aux dispositions de l'article 24 III de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
Par ailleurs, Seine-Saint-Denis Habitat justifie avoir saisi la Commission de coordination des actions de prévention des expulsions le 2 avril 2024, soit deux mois au moins avant la délivrance de l'assignation en date du 17 février 2025, conformément aux dispositions de l'article 24 II de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
L'action est donc recevable.
- sur l'acquisition des effets la clause résolutoire :
L'article 7 de la loi du 6 juillet 1989 prévoit que le locataire est tenu de payer le loyer et les charges aux termes convenus.
L'article 24, I, de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 prévoit, au jour de la signification du commandement de payer, que tout contrat de bail d'habitation contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie. Cette clause ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux.
Le bail conclu le 7 novembre 1980 contient une clause résolutoire pour défaut de paiement des loyers. Un commandement de payer visant cette clause a été signifié le 3 octobre 2023, pour la somme en principal de 2508,14 euros arrêtée au 28 septembre 2023, au titre de l'arriéré locatif.
Force est de constater que le commandement de payer offre au locataire un délai de deux mois pour s'exécuter.
Ce commandement est demeuré infructueux pendant plus de deux mois, de sorte qu'il y a lieu de constater que les conditions d'acquisition de la clause résolutoire contenue dans le bail étaient réunies à la date du 3 décembre 2023.
Sur les demandes de condamnation au paiement
Seine-Saint-Denis Habitat produit un décompte indiquant que M. [E] [O] [W] et Mme [I] [G] épouse [W] restent devoir la somme de 1899 € arrêtée à la date du 26 mai 2025, terme du mois d'avril 2025 inclus.
Ces derniers, comparants, n'ont pas contesté le montant de la dette.
M. [E] [O] [W] et Mme [I] [G] épouse [W] seront par conséquent condamnés au paiement provisionnel de la somme de 1899 € à valoir sur la dette locative arrêtée au 26 mai 2025, terme du mois d'avril 2025 inclus.
Il n'y a pas lieu d'assortir la condamnation des intérêts au taux légal depuis le commandement de payer, la dette actuelle n'étant pas exigible à cette date, ni une partie de cette dette, compte tenu des règles d'imputation des paiements prescrites par l'article 1342-10 du code civil.
En en raison de la situation maritale des défendeurs et en application de l'article 220 du code civil, la condamnation provisionnelle sera assortie de la solidarité.
Sur les délais de paiement et la suspension des effets de la clause résolutoire
En application de l'article 24 V de la loi du 06 juillet 1989, le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d'office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu'il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, au locataire en situation de régler sa dette locative.
Selon l'article 24-VII, lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que le locataire ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais ainsi accordés.
En l'espèce, les défendeurs proposent de s'acquitter des sommes dues de façon échelonnée. Au vu de la situation personnelle et financière du couple décrite, ils sont en mesure de régler la dette locative en plusieurs mensualités. Il ressort des éléments communiqués que les défendeurs ont repris le paiement intégral du loyer et des charges. Le bailleur n'est en outre pas opposé à l'octroi de tels délais.
Au vu de ces éléments, il convient d'accorder des délais de paiement à M. [E] [O] [W] et Mme [I] [G] épouse [W] selon les modalités précisées au dispositif, pour le règlement des sommes dues.
Conformément à la demande, il y a lieu de suspendre les effets de la clause résolutoire pendant cette période ce qui signifie que si les échéances sont réglées régulièrement, et la dette réglée dans sa totalité, la clause résolutoire sera réputée n'avoir jamais joué.
En revanche, s'ils ne respectent pas les délais accordés ou ne règlent pas le loyer courant à la date convenue, la totalité des sommes dues deviendra immédiatement exigible et la clause résolutoire sera réputée acquise. Les défendeurs devront quitter les lieux sans délai et à défaut d'exécution volontaire, la partie demanderesse sera autorisée à faire procéder à leur expulsion et à celle de tous occupants de leur chef avec l'assistance éventuelle de la force publique et d'un serrurier. Le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L433-1 et L433-2 du code des procédures civiles d'exécution.
En outre, ils devront indemniser le propriétaire du fait de leur occupation illicite des lieux, de nature à causer à ce dernier un préjudice résultant de la perte des loyers et de l'indisponibilité des lieux, par le versement d'une indemnité d'occupation mensuelle équivalente au montant du loyer et des charges récupérables tel qu'il aurait été si le contrat s'était poursuivi, le tout dûment justifié au stade de l'exécution.
Du fait de la situation maritale des locataires, l'éventuelle condamnation à une indemnité provisionnelle mensuelle d'occupation sera assortie des effets de la solidarité légale en vertu de l'article 220 du code civil.
Sur la demande de production sous astreinte de l'attestation d'assurance couvrant les risques locatifs
Il convient de prendre acte du désistement de Seine-Saint-Denis Habitat de sa demande de production sous astreinte de l'attestation d'assurance contre les risques locatifs ordinaires.
Sur les demandes accessoires
M. [E] [O] [W] et Mme [I] [G] épouse [W], parties perdantes, supporteront solidairement la charge des dépens, en ce compris les frais du commandement de payer et de l'assignation.
Compte tenu des démarches judiciaires qu'a dû accomplir Seine-Saint-Denis Habitat, M. [E] [O] [W] et Mme [I] [G] épouse [W] seront solidairement condamnés à lui verser une somme de 50€ au titre de l'article 700 du code de procédure civile.
La présente décision est de plein droit exécutoire à titre provisoire.
PAR CES MOTIFS,
Nous, juge des contentieux de la protection, statuant en référé, tous droits et moyens au fond demeurant réservés, par ordonnance contradictoire et en premier ressort ;
Au principal, renvoyons les parties à se pourvoir ainsi qu'il leur appartiendra et dès à présent, vu l'urgence,
Constatons le désistement de Seine-Saint-Denis Habitat de sa demande de production sous astreinte de l'attestation d'assurance contre les risques locatifs ;
Constatons que les conditions d'acquisition de la clause résolutoire pour défaut de paiement des loyers figurant au bail consenti le 7 novembre 1980, par l'OPH interdépartemental de la région parisienne, aux droits duquel vient Seine-Saint-Denis Habitat, à M. [E] [O] [W] et Mme [I] [G] épouse [W] concernant le local à usage d'habitation situé [Adresse 9] à [Localité 4] sont réunies à la date du 3 décembre 2023 ;
Condamnons solidairement M. [E] [O] [W] et Mme [I] [G] épouse [W] à verser à Seine-Saint-Denis Habitat à titre provisionnel la somme de 1899 € à valoir sur la dette locative arrêtée au 26 mai 2025, terme du mois d'avril 2025 inclus ;
Autorisons M. [E] [O] [W] et Mme [I] [G] épouse [W] à s'acquitter de cette somme, outre le loyer et les charges courants, en 18 mensualités de 100 euros chacune et une 19ème mensualité qui soldera la dette en principal et en intérêt ;
Précisons que chaque mensualité devra intervenir en même temps que le paiement du premier loyer suivant la signification de la décision, puis en même temps que chaque loyer, en plus des loyers et charges en cours, tout paiement étant imputé en premier lieu sur ces derniers, sauf meilleur accord des parties ;
Suspendons les effets de la clause résolutoire pendant l'exécution des délais accordés ;
Disons que si les délais accordés sont entièrement respectés, la clause résolutoire sera réputée n'avoir jamais été acquise ;
Disons qu'à défaut de paiement d'une seule mensualité (loyer ou arriéré) à son échéance et dans son intégralité, le solde restant dû deviendra immédiatement exigible et la clause résolutoire reprendra ses effets ;
Constatons en ce cas la résiliation de plein droit du bail consenti à M. [E] [O] [W] et Mme [I] [G] épouse [W] portant sur le logement situé [Adresse 9] à [Localité 4] ;
Autorisons en ce cas l'expulsion de M. [E] [O] [W] et Mme [I] [G] épouse [W] et celle de tous occupants de leur chef des lieux précités, et disons qu'à défaut de départ volontaire, la partie défenderesse pourra être contrainte à l'expulsion avec, si besoin est, l'assistance de la force publique et d'un serrurier à la suite du délai légal de deux mois suivant la délivrance d'un commandement délivré par commissaire de justice d'avoir à quitter les lieux ;
Rappelons en cas que le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L.433-1 et L.433-2 du code des procédures civiles d'exécution ;
Condamnons en ce cas solidairement M. [E] [O] [W] et Mme [I] [G] épouse [W], à payer à Seine Saint Denis Habitat une indemnité d'occupation mensuelle équivalente au montant du loyer et des charges récupérables tel qu'il aurait été si le contrat s'était poursuivi, le tout dûment justifié au stade de l'exécution, et ce, à compter du non-respect des délais de paiement jusqu'à libération effective des lieux ;
Condamnons solidairement M. [E] [O] [W] et Mme [I] [G] épouse [W] à verser à Seine-Saint-Denis Habitat une somme de 50 € au titre de l'article 700 du code de procédure civile ;
Condamnons solidairement M. [E] [O] [W] et Mme [I] [G] épouse [W] aux dépens, en ce compris les frais du commandement de payer et de l'assignation ;
Rappelons que la charge des frais d'exécution forcée est régie par les dispositions d'ordre public de l'article L. 111-8 du code des procédures civiles d'exécution et qu'il n'appartient pas au juge du fond de statuer par avance sur le sort de ces frais ;
Rappelons que la présente ordonnance est de plein droit exécutoire à titre provisoire ;
Ainsi jugé et prononcé par mise à disposition de la décision au greffe le 29 juillet 2025.
La greffière, Le juge
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