TJ 25056, 12 août 2025, RG 25/00429
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Texte de la décision
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE BESANCON
Pôle civil - Section 1
N° RG 25/00429 - N° Portalis DBXQ-W-B7J-FCE2
N° Minute 25/162
Code : 63A Copie certifiée conforme revêtue de la formule exécutoire
délivrée le
à
Copie certifiée conforme délivrée le
à
ORDONNANCE DE REFERE
Rendue le DOUZE AOÛT DEUX MIL VINGT CINQ
ENTRE :
Madame [Q] [A], immatriculée à la CPAM du DOUBS sous le n° [Numéro identifiant 1], née le [Date naissance 1] 1987 à [Localité 1], demeurant [Adresse 1]
Rep/assistant : Maître Camille BEN DAOUD de la SELARL HBB AVOCAT, avocats au barreau de BESANCON
DEMANDEUR(S) d’une part,
ET :
Monsieur [T] [F], chirurgien, demeurant [Adresse 2]
Rep/assistant : Maître Ariel LORACH de la SELASU LORACH - CABINET D’AVOCATS, avocats au barreau de BESANCON
S.A.S. POLYCLINIQUE DE [Q], dont le siège social est sis [Adresse 3]
Rep/assistant : Maître Françoise PEQUIGNOT, avocat au barreau de BESANCON
ONIAM - OFFICE NATIONAL D’INDEMNISATION DES ACCIDENTS MEDICAUX OU AFFECTIONS IATROGENES ET DES INFECTIONS NOSOCOMIALES, dont le siège social est sis [Adresse 4]
Rep/assistant : Maître Stéphanie FAIVRE-MONNEUSE, avocat au barreau de BESANCON
CPAM DU DOUBS, dont le siège social est sis [Adresse 5]
n’ayant pas constitué avocat
DEFENDEUR(S) d’autre part,
DEBATS :
L’affaire a été débattue le 05 Août 2025 en audience publique, tenue par :
Olivier MOLIN 1er Vice-Président au Tribunal judiciaire de BESANCON, Juge des référés, assisté de Christine MOUCHE, Greffier;
DECISION :
La présente décision est rendue par ordonnance mise à disposition au greffe, contradictoire et en premier ressort, par :
Olivier MOLIN Président du Tribunal judiciaire de BESANCON, Juge des référés, assisté de Christine MOUCHE, Greffier;
* * * * * *
EXPOSE DU LITIGE
Le 3 septembre 2018, Mme [Q] [A], souffrant de crises hémorroïdaires récurrentes, a subi une intervention chirurgicale par le Dr [T] [F] au sein de la polyclinique de [Q] consistant en une hémorroïdectomie pédiculaire semi-fermée ainsi qu’une hémorroïdopexie circulaire par agrafage.
Elle explique que dans les suites de l’intervention, elle a présenté des troubles du transit amenant à une seconde intervention réalisée par le Dr [F] le 12 novembre 2018, à savoir une anoplastie ; qu'à la suite de cette seconde intervention, elle a présenté d'importantes difficultés de cicatrisation, puis de nouveaux troubles du transit ; qu'après différents examens, ainsi que des séances de kinésithérapie et de rééducation, les troubles digestifs invalidants ont persisté, de même qu'un météorisme abdominal, entraînant d'importantes conséquences puisqu'elle bénéficie désormais du statut de travailleur handicapé en raison de ses diarrhées invalidantes.
Par actes introductifs d'instance des 8 et 9 juillet 2025, Mme [A] a saisi le juge des référés du tribunal judiciaire de Besançon, d'une demande dirigée contre M. [T] [F], la SAS Polyclinique de [Q], et l'établissement public ONIAM, la CPAM du Doubs régulièrement appelée à la cause, afin d'obtenir une expertise médicale sur l'origine de ses séquelles, en particulier pour déterminer si les soins et actes médicaux pratiqués par le Dr [F] ont été conformes aux règles l'art et aux données acquises de la science, ainsi que pour évaluer son préjudice corporel.
À l'audience du 5 août 2025, M. [T] [F], la SAS Polyclinique de [Q], et l'établissement public ONIAM ne s’opposent pas à la demande d’expertise.
La CPAM du Doubs n'a pas constitué avocat.
MOTIFS DE LA DÉCISION
Les dispositions de l'article 145 du code de procédure civile permettent au juge des référés d'ordonner une expertise s'il existe un motif légitime de conserver ou d'établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d'un litige.
Mme [A] verse aux débats différentes pièces médicales attestant de ce qu'elle a subi, le 3 septembre 2018, puis le 12 novembre 2018 deux interventions chirurgicales effectuées par le Dr [F] au sein de la polyclinique de [Q], à la suite desquelles elle a présenté des troubles fonctionnels évolutifs, en particulier une incontinence anale modérée ayant nécessité une rééducation abdomino-périnéale, puis suivant un examen réalisé le 18 janvier 2022 auprès d'un médecin spécialisé en chirurgie digestive, des troubles de l'exonération, avec la persistance d'un météorisme abdominal et de quelques épisodes d'incontinence sans que la rééducation n'ait entraîné de réelle amélioration, les séquelles digestives ayant motivé son placement sous le statut de travailleur handicapé dès le 15 mai 2020, renouvelé jusqu'au 31 mai 2027.
Dans ces conditions, Mme [A] justifie d'un motif légitime à organiser une expertise judiciaire, conformément au dispositif de la présente décision, tous droits et moyens des parties réservés.
En l'absence de partie perdante, Mme [A], demanderesse à l’expertise, est condamnée aux dépens.
PAR CES MOTIFS
Le juge des référés,
ORDONNE une expertise médicale de Mme [Q] [A], tous droits et moyens des parties réservés,
COMMET pour y procéder le Dr [R] [D], expert judiciaire auprès de la cour d’appel de Lyon, demeurant [Adresse 6], hôpital [A] - [Localité 2] (tél : [XXXXXXXX01] ; courriel : [Courriel 1]),
avec faculté de s'adjoindre, en cas de besoin, tout spécialiste de son choix mais seulement dans une spécialité distincte de la sienne, et avec pour mission de se faire communiquer, par les parties ou les tiers, tous documents utiles (en particulier le dossier médical complet de Mme [Q] [A], y compris le certificat médical initial et les documents relatifs à l'état antérieur), de recueillir des informations écrites ou orales de toutes personnes, sauf à ce que soient précisés leurs noms, prénoms, demeure et profession ainsi que, s'il y a lieu, leur lien de parenté ou d'alliance avec les parties, de subordination à leur égard, de collaboration ou de communauté d'intérêts avec elles, à l'effet de :
1- examiner Mme [Q] [A]
demeurant [Adresse 1], ayant pour avocat Me Camille Ben Daoud ([XXXXXXXX02] – [Courriel 2])
2- prendre connaissance de son entier dossier médical, y compris les comptes rendus opératoires détenus par le Dr [T] [F] et la polyclinique de [Q],
3- déterminer l’état médical présenté par Mme [Q] [A] avant les actes critiqués des 3 septembre et 12 novembre 2018,
4- dire si les préjudices subis sont directement imputables à un acte de prévention, de diagnostic ou de soins et lequel,
5 - dire quelles sont les causes possibles du dommage et rechercher si d'autres pathologies, l'âge du patient ou la prise d'un traitement antérieur particulier ont pu interférer sur les événements à l'origine des séquelles et expliquer en quoi elles ont pu interférer,
6- déterminer si les opérations réalisées par le Dr [T] [F], et plus généralement les soins prodigués au cours de l'hospitalisation à la polyclinique de [Q], ont été consciencieux, attentifs, et conformes aux données acquises de la science à l'époque des faits et, dans la négative analyser de façon détaillée et motivée la nature des erreurs, imprudence, manque de précaution nécessaire, négligence, maladresses ou autres défaillances relevées,
7- décrire en détail les lésions que Mme [Q] [A] impute aux interventions chirurgicales pratiquées par le Dr [T] [F] ainsi que leur évolution et les traitements appliqués, en précisant le cas échéant, les durées exactes d'hospitalisation et, pour chaque période d'hospitalisation, le nom de l'établissement, les services concernés et la nature des soins,
8- déterminer quelles sont les lésions en relation directe et certaine avec les opérations pratiquées par le Dr [T] [F] ; décrire, le cas échéant, la capacité antérieure aux faits en discutant et en évaluant ces anomalies,
9- indiquer si les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à Mme [Q] [A] une chance sérieuse de se soustraire aux complications survenues ; dans l'affirmative déterminer l'ampleur de la chance perdue,
10- rechercher toutes informations en vue de déterminer si les traitements de toute nature prodigués à Mme [Q] [A] révèlent un mauvais fonctionnement ou une mauvaise organisation du service, une administration défectueuse des soins non médicaux, une mauvaise exécution des soins médicaux et donner son avis sur ces points,
9- indiquer si les dommages subis par Mme [Q] [A] ont un rapport avec son état initial, ou l'évolution prévisible de cet état,
10- préciser si les dommages constituent une conséquence anormale d'un acte médical ou chirurgical pratiqué sur Mme [Q] [A] au regard de son état initial, ou de l'évolution prévisible de cet état ; indiquer si les actes présentaient un risque connu auquel il était particulièrement exposé ; dire dans l'affirmative, quelle était l'importance de ce risque,
11- dire si les dossiers médicaux et les informations recueillies permettent de savoir si Mme [Q] [A] a été informée des conséquences normalement prévisibles des soins et interventions dont elle a fait l'objet et si elle a été ainsi mise à même de formuler un consentement éclairé ; préciser si elle a reçu toutes les informations sur l'existence de risques, même faibles, de complications susceptibles de se produire ; indiquer si le défaut d'information éventuellement relevé a fait perdre à Mme [Q] [A] une chance sérieuse de se soustraire au risque qui s'est réalisé et dans l'affirmative, préciser, en pourcentage, l'importance de cette perte de chance ; donner un avis sur l'évolution prévisible de l'état de Mme [Q] [A] si elle avait renoncé aux soins et interventions dont elle a fait l'objet ;
12- si une infection devait être relevée, préciser si les mesures d'asepsie ont été correctement respectées à la polyclinique de [Q] ; préciser si l'éventuelle infection peut être qualifiée de nosocomiale et si elle pouvait raisonnablement être évitée, puis distinguer lors de l'évaluation des préjudices, ceux en rapport exclusif avec cette infection à l'exclusion des séquelles imputables à l'état initial du patient, ou à d'autres causes ou pathologies,
13- dire s’il résulte de l'opération en cause un handicap dans les actes essentiels de la vie quotidienne, dans les activités familiales, dans les activités de loisir alléguées ou dans les activités professionnelles,
14 - déterminer la durée des périodes pendant lesquelles Mme [Q] [A] a subi un déficit fonctionnel temporaire, total ou partiel, et fixer, le cas échéant, pour chacune de ces périodes, le taux de déficit fonctionnel,
15 - fixer la date de consolidation,
16 - chiffrer, en cas d'atteinte permanente d'une ou plusieurs fonctions, le taux du déficit fonctionnel permanent,
17 - dire si, malgré le déficit fonctionnel permanent subi par la victime, celle-ci est médicalement apte à reprendre l'activité professionnelle qu'elle exerçait avant les opérations; le cas échéant, fournir tous éléments d'appréciation sur l'incidence professionnelle du déficit fonctionnel permanent,
18 - dire si Mme [Q] [A] a subi un préjudice scolaire, universitaire ou de formation et, dans l'affirmative, préciser en quoi a consisté ce préjudice,
19 - décrire les souffrances endurées du fait des interventions du Dr [T] [F] et les évaluer selon une échelle de 0 à 7/7,
20 - donner son avis sur l'existence, la nature et l'importance du préjudice esthétique, tant avant qu'après la consolidation, et l'évaluer selon une échelle de 0 à 7/7,
21 - procéder de même pour le préjudice d'agrément,
22 - dire si l’état de Mme [Q] [A] est susceptible de modification en aggravation ou amélioration ; dans l’affirmative, fournir au tribunal toutes précisions utiles sur cette évolution, son degré de probabilité et, dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, indiquer dans quel délai il devra y être procédé,
23 - le cas échéant,
A - dire si l'aide d'une tierce personne est indispensable au domicile ; dans l'affirmative, indiquer la qualification de la tierce personne et préciser pour quels actes de la vie courante et pendant quelle durée quotidienne cette aide est indispensable,
B - dire comment la victime est ou doit être appareillée ; décrire les prothèses, orthèses ou aides techniques nécessaires, leur incidence sur la capacité fonctionnelle et, éventuellement, la fréquence de leur renouvellement,
C - dire si des soins postérieurs à la consolidation sont ou seront nécessaires ; dans l'affirmative, en indiquer la nature, la quantité et la périodicité éventuelle de leur renouvellement,
D - dire si le logement de la victime doit être aménagé et, dans l'affirmative, indiquer les travaux d'aménagement à effectuer,
E - dire si l'état de la victime justifie un aménagement de son véhicule et, le cas échéant, préciser la nature des aménagements nécessaires,
F - donner son avis sur l'existence et l'importance d'un préjudice sexuel et d'un préjudice d'établissement,
DIT que l'expert devra communiquer une note de synthèse dans un délai de quatre mois à compter du jour où il aura été saisi de sa mission,
DIT que l'expert déposera son rapport écrit définitif au greffe de ce tribunal (service des expertises) dans un délai de six mois à compter du jour où il aura été saisi de sa mission, soit deux mois après communication de sa note de synthèse et après réponses aux dires des parties qui auront un mois pour les adresser à l'expert,
RAPPELLE que l'article 173 du code de procédure civile fait obligation à l'expert d'adresser copie du rapport à chacune des parties et de faire mention de cette formalité sur l'original,
COMMET le magistrat chargé du contrôle des expertises pour suivre et contrôler les opérations de l'expert désigné ci-dessus et pour statuer sur toute difficulté d'exécution,
SUBORDONNE l'exécution de cette mesure d'instruction à la consignation préalable par Mme [Q] [A] d'une avance de débours à valoir sur la rémunération de l'expert de 2 000 euros, dans un délai de forclusion expirant le 15 septembre 2025,
RAPPELLE que ledit versement devra être effectué entre les mains du régisseur de ce tribunal et qu'à défaut de consignation dans ce délai impératif, la désignation de l'expert sera caduque et privée de tout effet conformément aux dispositions de l'article 271 du code de procédure civile,
DIT qu'à l'issue de la première réunion d'expertise, l'expert devra communiquer aux parties et au juge chargé du suivi des expertises un état prévisionnel de ses frais et honoraires et devra, en cas d'insuffisance de la provision consignée, demander la consignation d'une provision supplémentaire,
DIT qu'en application de l'article 282 du code de procédure civile, l'expert adressera également aux parties un exemplaire de sa demande de rémunération par tout moyen permettant d'en établir la réception, à charge pour elles de communiquer à l'expert et au juge chargé de contrôler les mesures d'instruction leurs observations écrites dans un délai de 15 jours,
DIT qu'à l'issue de la première réunion d'expertise, l'expert devra communiquer aux parties et au juge chargé du suivi des expertises un état prévisionnel de ses frais et honoraires et devra, en cas d'insuffisance de la provision consignée, demander la consignation d'une provision supplémentaire,
DIT qu'en application de l'article 282 du code de procédure civile, l'expert adressera également aux parties un exemplaire de sa demande de rémunération par tout moyen permettant d'en établir la réception, à charge pour elles de communiquer à l'expert et au juge chargé de contrôler les mesures d'instruction leurs observations écrites dans un délai de 15 jours,
CONDAMNE Mme [Q] [A] aux dépens.
Le Greffier, Le Président,
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