TJ 69123, 31 mars 2026, RG 26/00369
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Texte de la décision
ORDONNANCE DU : 31 Mars 2026
DOSSIER N° : N° RG 26/00369 - N° Portalis DB2H-W-B7K-33TF
AFFAIRE : SCCV CARDINAL [Localité 1] C/ Syndicat des copropriétaires de l’ensemble immobilier « [Adresse 1] », sis [Adresse 2] à [Localité 2], Syndicat des copropriétaires de l’ensemble immobilier « [Adresse 3] », sis [Adresse 4] à [Localité 2], COMMUNE DE [Localité 2], SYNDICAT INTERCOMMUNAL D’EAU POTABLE DE L’EST LYONNAIS (SIEPEL), S.A. ENEDIS, S.A. GRDF
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE LYON
ORDONNANCE DE RÉFÉRÉ
PRÉSIDENT : Monsieur Victor BOULVERT, Juge
GREFFIER : Madame Catherine COMBY, lors du délibéré
Madame Lorelei PINI, lors des débats
PARTIES :
DEMANDERESSE
SCCV CARDINAL [Localité 1],
dont le siège social est sis [Adresse 5]
représentée par Maître Aymeric COTTIN de la SELAS LEGA-CITE, avocats au barreau de LYON
DEFENDEURS
Syndicat des copropriétaires de l’ensemble immobilier « [Adresse 1] », sis [Adresse 2] à [Localité 2],
représenté par son syndic la SAS AGENCE CENTRALE,
dont le siège social est sis - [Adresse 6]
non comparant, ni représenté
Syndicat des copropriétaires de l’ensemble immobilier « [Adresse 3] », sis [Adresse 4] à [Localité 2],
représenté par son syndic la société RHONE SAONE HABITAT,
dont le siège social est sis [Adresse 7]
non comparant, ni représenté
COMMUNE DE [Localité 2],
dont le siège social est sis [Adresse 8]
non comparante, ni représentée
SYNDICAT INTERCOMMUNAL D’EAU POTABLE DE L’EST LYONNAIS (SIEPEL),
dont le siège social est sis [Adresse 9]
représentée par Maître Sébastien THOINET de la SELARL ATV AVOCATS ASSOCIES, avocats au barreau de LYON
S.A. ENEDIS,
dont le siège social est sis Pôle Sécurité des Tiers - [Adresse 10]
non comparante, ni représentée
S.A. GRDF,
dont le siège social est sis [Adresse 11]
non comparante, ni représentée
Débats tenus à l'audience du 17 Mars 2026
EXPOSE DU LITIGE
La SCCV CARDINAL [Localité 1] a pour projet de faire édifier un bâtiment à usage mixte, élevé en R+3 sur deux niveaux de sous-sol, comprenant un commerce en rez-de-chaussée, quarante-six logements et quatre-vingt-treize place de stationnement, sur un terrain situé [Adresse 12] à [Localité 2], parcelles cadastrées section AH, n° [Cadastre 1], [Cadastre 2], [Cadastre 3], [Cadastre 4], [Cadastre 5] et [Cadastre 6].
La réalisation de ce projet impliquera la démolition des bâtiments encombrant les parcelles, comprenant deux immeubles d'habitation élevés en R+1 et R+2 et des annexes, situés pour partie en limite percellaire.
Par arrêté du 03 décembre 2021, le maire de la commune a accordé un permis de construire n° PC 069 287 21 00019, transféré par arrêtés n° PC 069 287 21 00019 du 09 août 2023, n° PC 069 287 21 00019 T02 du 30 juin 2025 et n° PC 069 287 21 00019 T03 26 décembre 2025 à la SCCV CARDINAL [Localité 1].
Le permis de construire a été prorogé d’un an suivant arrêté du 17 octobre 2025
L'opération immobilière est voisine de plusieurs autres immeubles, ainsi que de divers réseaux de voirie, assainissement et électrique.
Par actes de commissaire de justice en date des 13, 18, 19 et 23 février 2026, la SCCV CARDINAL [Localité 1] a fait assigner en référé
le Syndicat des copropriétaires de l'ensemble immobilier « [Adresse 1] », sis [Adresse 2] à [Localité 2] ;
le Syndicat des copropriétaires de l'ensemble immobilier « [Adresse 3] », sis [Adresse 4] à [Localité 2] ;
la COMMUNE DE [Localité 2] ;
le SYNDICAT INTERCOMMUNAL D'EAU POTABLE DE L'EST LYONNAIS (SIEPEL) ;
la SA ENEDIS ;
la SA GRDF ;
aux fins d'expertise in futurum.
A l'audience du 17 mars 2026, la SCCV CARDINAL [Localité 1], représentée par son avocat, a maintenu ses prétentions aux fins de :
ordonner une mesure d'expertise au contradictoire des parties défenderesses, conformément au dispositif de son assignation ;
réserver les dépens.
statuer ce que de droit sur les dépens.
Au soutien de sa demande, la SCCV CARDINAL [Localité 1] expose qu'elle est titulaire d'un permis de construire , qu'elle va réaliser un ensemble immobilier mixte sur deux niveaux de sous-sol sur un terrain situé au [Adresse 12] à [Localité 2] et qu'une expertise s'impose pour dresser un état des lieux contradictoire avec les immeubles mitoyens ou avoisinants avant le commencement des travaux, afin de conserver la preuve de l'état des lieux au cas où des désordres apparaîtraient lors de ces travaux.
Le SIEPEL, représenté par son avocat, a soutenu oralement ses conclusions et demandé de :
à titre principal, le mettre hors de cause ;
à titre subsidiaire, prendre acte de ses protestations et réserves ;
en tout état de cause, condamner la SCCV CARDINAL [Localité 1] aux dépens.
Les autres parties défenderesses, régulièrement citées, n'ont pas constitué avocat et n'ont pas comparu.
Conformément aux dispositions de l'article 455 du code de procédure civile, il est renvoyé, pour le détail des moyens des parties, à leurs écritures précitées.
A l'issue de l'audience, les parties ont été informées de la mise en délibéré de la décision à la date du 31 mars 2026, par mise à disposition au greffe.
MOTIFS DE LA DÉCISION
A titre liminaire, il est rappelé que si le Défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond et que dans cette hypothèse, le juge ne fait droit à la demande que dans la mesure où il l'estime régulière, recevable et bien fondée.
I. Sur la demande d'expertise judiciaire
Aux termes de l’article 145 du Code de procédure civile : « S'il existe un motif légitime de conserver ou d'établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d'un litige, les mesures d'instruction légalement admissibles peuvent être ordonnées à la demande de tout intéressé, sur requête ou en référé. »
En l'espèce, au regard de la nature, de l'importance et de la localisation des travaux envisagés, ainsi que du risque qu'ils ne causent ou aggravent un désordre des immeubles avoisinants ou des réseaux situés à proximité, ou qu'un désordre de ceux-ci ne leur soit imputé, il existe un motif légitime d'ordonner la mesure d'expertise sollicitée, afin d'établir, avant tout procès, l'état actuel de ces ouvrages et aménagements et des risques engendré par les travaux.
Toutefois, le SIEPEL expose ne gérer la distribution d'eau potable que jusqu'aux limites des réseaux de distribution relevant des communes membres et ne gérer ainsi que les canalisations qui relient les points de captage aux réservoirs, hors réseaux communaux de distribution.
Il ajoute que la société VEOLIA, concessionnaire de service public agissant pour son compte, a confirmé qu'il n'existe aucune canalisation lui appartenant ou gérée par ses soins à proximité de l'emprise du projet de construction de la SCCV CARDINAL [Localité 1], la canalisation présente dans son assiette relevant du réseau public communal.
Il s'ensuit que la SCCV CARDINAL [Localité 1] ne justifie pas d'un motif légitime de voir le SIEPEL participer à l'expertise sollicitée.
Par conséquent, la demande sera rejetée à l'égard du SIEPEL et il y sera fait droit pour le surplus, selon la mission définie au dispositif de la présente ordonnance.
II. Sur les autres dispositions de la décision
Sur les dépens
Aux termes de l'article 696, alinéa 1, du code de procédure civile : « La partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n'en mette la totalité ou une fraction à la charge d'une autre partie. »
En l'espèce, il est rappelé que le défendeur à la demande d'expertise fondée sur l'article 145 du Code de procédure civile ne peut être qualifié de perdant au sens des articles 696 et 700 même code (Civ. 2, 10 février 2011, 10-11.774 ; Civ. 2, 21 novembre 2024, 22-16.763).
Par conséquent, la SCCV CARDINAL [Localité 1] sera provisoirement condamnée aux entiers dépens.
Sur l'exécution provisoire
Aux termes de l'article 514 du code de procédure civile : « Les décisions de première instance sont de droit exécutoires à titre provisoire à moins que la loi ou la décision rendue n'en dispose autrement. »
PAR CES MOTIFS
Nous, juge des référés, statuant publiquement, par ordonnance provisoire rendue en premier ressort, réputée contradictoire et mise à disposition au greffe,
ORDONNONS une mesure d'expertise judiciaire, afin de conserver ou d'établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d'un litige portant sur les désordres que pourrait générer le projet de construction immobilière de la SCCV CARDINAL [Localité 1] ;
DÉSIGNONS en qualité d'expert :
Monsieur [F] [D]
[D] ARCHITECTES
[Adresse 13]
[Localité 3]
Tél : [XXXXXXXX01]
Mél : [Courriel 1]
inscrit sur la liste de la Cour d’Appel de LYON, avec pour mission de :
1. se faire communiquer tous documents et pièces qu’il estimera a priori utiles à l’accomplissement de sa mission, et notamment l'avant-contrat ou l'acte de vente, le plan cadastral, les plans des réseaux, le permis de construire éventuel, les plans et descriptifs des travaux envisagés, les contrats conclus avec les intervenants à l'acte de construire, les inventorier et en prendre connaissance ;
2. Recueillir les explications des parties au sujet des travaux envisagés, des bâtiments, voiries, réseaux et autres ouvrages avoisinants, solliciter les pièces complémentaires apparaissant utiles au regard des dites explications et, le cas échéant, entendre tout sachant ;
3. Se rendre sur les terrains sis [Adresse 12] à [Localité 2], parcelles cadastrées section AH, n° [Cadastre 1], [Cadastre 2], [Cadastre 3], [Cadastre 4], [Cadastre 5] et [Cadastre 6], et visiter les lieux destinés à recevoir le projet immobilier envisagé par la SCCV CARDINAL [Localité 1], ainsi que le domaine public attenant et les parcelles, bâtiments, voiries, réseaux et autres ouvrages constituant la propriété des voisins de l'opération projetée, ayant la qualité de Défendeurs à la présente instance, dans les limites suivantes :
parcelle cadastrée section AH, n° [Cadastre 7], du Syndicat des copropriétaires de l'ensemble immobilier « [Adresse 1] », sis [Adresse 2] à [Localité 2] : parties privatives et communes, en sous-sol et surface, situées en limites de propriété, outre toutes les façades des bâtiments ;
parcelle cadastrée section AH, n° [Cadastre 8] du Syndicat des copropriétaires de l'ensemble immobilier « [Adresse 3] », sis [Adresse 4] à [Localité 2] : parties privatives et communes, en sous-sol et surface, situées en limites de propriété, outre toutes les façades des bâtiments ;
4. Dresser l'état descriptif et qualitatif de ces parcelles, bâtiments, voiries, réseaux et autres ouvrages ;
5. Recenser les éventuels désordres et dégradations apparents les affectant ;
6. En présence de désordres ou dégradations apparents, ou d'un risque d'apparition ou d'aggravation d'un désordre ou d'une dégradation des bâtiments et ouvrages susvisés :
les décrire, analyser, mesurer et photographier, afin de permettre d'apprécier, a posteriori, leur existence ou absence à la date des investigations, leur nature, ampleur, gravité et leur éventuelle apparition ou évolution ultérieure ;
en préciser la cause et dire, en particulier, si ce désordre, cette dégradation ou ce risque est inhérent à la structure de l'immeuble, à son mode de construction, à son état de vétusté ou encore consécutif à la nature du sous-sol sur lequel il repose ;
7. Inviter, s'il y a lieu, les parties à appeler en cause immédiatement les propriétaires ou gestionnaires d'ouvrages susceptibles d'être affectés par le projet et ne participant pas à l'expertise ;
8. Donner son avis sur les mesures préventives envisagées par la SCCV CARDINAL [Localité 1] afin de prévenir les éventuels risques relevés lors de l'expertise et les troubles susceptibles d'être causés au voisinage ;
9. S'expliquer techniquement dans le cadre des chefs de mission ci-dessus énoncés sur les dires récapitulatifs et observations des parties produits dans le délai qui leur été aura imparti après le dépôt du pré-rapport, lequel devra répondre à tous les points de la mission et le cas échéant compléter ses investigations ;
10. Faire toutes observations utiles ;
DISONS que l’expert fera connaître sans délai son acceptation et qu’en cas de refus ou d’empêchement légitime, il sera pourvu aussitôt à son remplacement par ordonnance rendue d’office ou sur simple requête ;
FIXONS à 6 000,00 euros le montant de la provision à valoir sur la rémunération de l'expert que la SCCV CARDINAL [Localité 1] devra consigner à la Régie d’avances et de recettes du Tribunal judiciaire de LYON, au plus tard le 31 mai 2026 ;
DISONS que la provision peut être consignée par virement sur le compte :
Titulaire du compte : TJ de Lyon - REGIE D’AVANCES ET RECETTES
BIC : [XXXXXXXXXX01]
IBAN : [XXXXXXXXXX02]
avec l'indication des références du dossier dans le libellé de l'opération : n° RG ou MI ou PORTALIS de l’affaire ET le nom des parties ET la date et la nature de la décision ;
RAPPELONS qu’à défaut de consignation dans le délai et selon les modalités impartis, la désignation de l’expert sera caduque, par application de l'article 271 du code de procédure civile ;
DISONS que l’expert commencera ses opérations dès qu’il sera averti par le greffe de la consignation de la provision ou de la première échéance de celle-ci ;
DISONS que, pour exécuter la mission, l’expert sera saisi et procédera conformément aux dispositions des articles 232 à 248 et 263 à 284-1 du code de procédure civile ;
ACCORDONS à l’expert un délai de trois mois pour nous communiquer l’évaluation de sa rémunération définitive prévisible et solliciter une provision complémentaire en cas d’insuffisance manifeste ;
DISONS que l'expert pourra s'adjoindre tout spécialiste de son choix, à charge pour lui d'en informer le magistrat chargé du contrôle des expertises, le cas échéant de solliciter une consignation complémentaire couvrant le coût de sa prestation et de joindre l’avis du sapiteur à son rapport ; disons que si le sapiteur n'a pas pu réaliser ses opérations de manière contradictoire, son avis devra être immédiatement communiqué aux parties par l'expert ;
RAPPELONS que l'expert peut demander communication de tous documents aux parties et aux tiers, sauf au juge à l'ordonner en cas de difficulté, y compris sous astreinte, ou à autoriser l'expert à passer outre ou à déposer son rapport en l'état ;
DISONS que l'expert devra communiquer un pré-rapport aux parties en leur impartissant un délai raisonnable pour la production de leurs dires, écrits auxquels il devra répondre dans son rapport définitif ;
DISONS que l’expert devra déposer son rapport au plus tard le 30 novembre 2026, sauf prorogation de ce délai dûment sollicitée en temps utile de manière motivée auprès du Juge chargé du contrôle ;
RAPPELONS qu'il appartient à l'expert d'adresser un exemplaire de sa demande de rémunération aux parties par tout moyen permettant d'en établir la réception, lesquelles peuvent adresser à l'expert et au juge chargé de contrôler les mesures d'instruction, leurs observations écrites sur cette demande dans un délai de quinze jours à compter de sa réception ;
RAPPELONS que l’article 173 du code de procédure civile fait obligation à l'expert d’adresser copie du rapport à chacune des parties, ou pour elles à leur avocat ;
DELEGUONS au magistrat chargé du contrôle des expertises la mission d'en suivre les opérations et statuer sur tous incidents ;
CONDAMNONS la SCCV CARDINAL [Localité 1] aux dépens de la présente instance ;
RAPPELONS que la présente décision est, de droit, exécutoire à titre provisoire.
En foi de quoi la présente ordonnance a été signée par nous, Victor BOULVERT, juge, et Catherine COMBY, greffier ;
Le Greffier Le Président
En conséquence, la République française mande et ordonne à tous commissaires de justice, sur ce requis, de mettre la présente décision à exécution, aux procureurs généraux et aux procureurs de la République près les tribunaux judiciaires d'y tenir la main, à tous commandants et officiers de la force publique de prêter main-forte lorsqu'ils en seront légalement requis.
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