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TJ 86194, 30 avr. 2026, RG 25/00234


Vérifier : TJ 86194, 30 avr. 2026, RG 25/00234 (rechercher sur Judilibre/Légifrance) · Ouvrir la source

Date
30/04/2026
Numéro
25/00234
Lieu / cour
tj86194
Chambre
CTX PROTECTION SOCIALE
Type
other
Id
69f90ecfcdc6046d479a0418

Texte de la décision

9,843 caractères

MINUTE N° 26/00143
JUGEMENT DU 30 Avril 2026
N° RG 25/00234 - N° Portalis DB3J-W-B7J-G2CC
AFFAIRE : Société [1] C/ CPAM de la [Localité 1]

TRIBUNAL JUDICIAIRE de POITIERS
PÔLE SOCIAL

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

JUGEMENT DU 30 Avril 2026

DEMANDEUR

Société [1],
dont le siège social est sis [Adresse 1]

Représentée par Me Xavier BONTOUX, avocat au barreau de LYON, substitué par Me Jean-Philippe TALBOT,

DÉFENDEUR

CPAM de la [Localité 1],
dont le siège social est sis [Adresse 2]

Représentée par Madame Sabine GUERIN, munie d'un pouvoir

DÉBATS

A l’issue des débats en audience publique le 03 Mars 2026, le tribunal a indiqué que le jugement sera prononcé par mise à disposition au Greffe le 30 Avril 2026.

COMPOSITION DU TRIBUNAL

PRÉSIDENT : Nicole BRIAL,
ASSESSEUR : Jérôme BEAUJANEAU, représentant les employeurs,
ASSESSEUR : [J] [G], représentant les salariés,
GREFFIER, lors des débats et de la mise à disposition au greffe : Annaelle HERSAND.

LE : 30.04.2026

Notification à :
- Société [1]
- CPAM de la [Localité 1]
Copie à :
- Me Xavier BONTOUX

EXPOSE DU LITIGE

Monsieur [F] [B], employé par la SAS [1], est affilié à la Caisse Primaire d'assurance maladie (CPAM) de la [Localité 1].

Le 23 septembre 2020, Monsieur [B] a été victime d'un accident sur son lieu de travail.

Le certificat médical établi par le Docteur [X] [Z], daté du jour de l'accident, indique : " Avant-bras droit : lésion musculo-tendineuse des muscles épitrochléens ; Tête : traumatisme crânien avec plaie pariétale avec PC ".

La CPAM a notifié à la SAS [1] une décision de prise en charge de l'accident de Monsieur [B] du 23 septembre 2020 au titre de la législation sur les risques professionnels.

Par courrier du 28 novembre 2022, la CPAM de la [Localité 1] a notifié à la SAS [1] la décision par laquelle Monsieur [B] était considéré comme consolidé le 3 octobre 2022, et qu'un taux de 15 % d'IPP lui avait été fixé.

Monsieur [B] a bénéficié de 419 jours d'arrêts de travail.

Par lettre recommandée avec accusé de réception en date du 11 mars 2025 réceptionnée le 14 mars 2025, la SAS [1] a saisi la Commission médicale de recours amiable (CMRA) de la CPAM en contestation de cette décision. En sa séance du 10 juillet 2025, ladite [2] a rejeté explicitement la demande de l'employeur.

Par lettre recommandée avec avis de réception en date du 10 septembre 2025, la SAS [1] a saisi le tribunal judiciaire de Poitiers, d'une contestation de la décision de rejet de la [2].

L'affaire a été appelée et retenue à l'audience du 3 mars 2026.

A cette audience, la SAS [1], représentée par son conseil, a demandé au tribunal de :
- Déclarer son recours recevable ;
A titre principal :
- Juger que la prise en charge, au titre de la législation professionnelle, par la CPAM, des arrêts de travail prescrits à Monsieur [B], des suites de l'accident du 23 septembre 2020, lui est inopposable ;
A titre subsidiaire :
- Juger qu'il existe un différend d'ordre médical portant sur la réelle imputabilité des lésions et arrêts de travail indemnisés au titre de l'accident du 23 septembre 2020 ;
- Ordonner avant-dire droit une expertise médicale judiciaire ou une mesure de consultation sur pièces, afin de vérifier la justification des soins et arrêts de travail pris en charge par la CPAM au titre de l'accident du 23 septembre 2020 déclaré par Monsieur [B] ;
- Renvoyer l'affaire à une audience ultérieure afin qu'il soit débattu du contenu du rapport d'expertise et juger inopposables à la société [1] les prestations prises en charge au-delà de la date réelle de consolidation et celles n'ayant pas de lien direct, certain et exclusif avec l'accident du 23 septembre 2020 déclaré par Monsieur [B].

Il conviendra de se reporter à ses conclusions reçues au greffe le 2 mars 2026 pour un plus ample exposé des moyens, conformément à l'article 455 du code de procédure civile.

En défense, la CPAM de la [Localité 1], valablement représentée, a conclu au débouté, et à titre infiniment subsidiaire à l'exécution d'une consultation médicale sur pièce.

Il conviendra de se reporter à ses conclusions reçues au greffe le 24 février 2026 pour un plus ample exposé des moyens, conformément à l'article 455 du code de procédure civile.

A l'issue de l'audience, la décision a été mise en délibéré au 30 avril 2026, par mise à disposition au greffe.

MOTIFS DE LA DECISION

Il résulte de l'article L.411-1 du code de la sécurité sociale, applicable au moment des faits, qu'est considéré comme accident du travail, quelle qu'en soit la cause, l'accident survenu par le fait ou à l'occasion du travail à toute personne salariée ou travaillant, à quelque titre ou en quelque lieu que ce soit, pour un ou plusieurs employeurs ou chefs d'entreprise.

L'article L. 431-1 du même code énumère les frais pris en charge au titre de la législation sur les risques professionnels, à savoir ceux nécessités par le traitement de la victime, et ceux découlant des conséquences directes de la maladie ou de l'accident.

Sont ainsi pris en charge les soins et arrêts de travail ne présentant pas de discontinuité entre, d'une part, la maladie ou l'accident, d'autre part, la guérison ou la consolidation, ce dont l'assuré doit rapporter la preuve.

A cet égard toutefois, les lésions apparues à la suite d'un accident du travail, d'une maladie professionnelle, ou d'une rechute, sont présumées pour toute la durée d'incapacité de travail précédant, soit la guérison complète, soit la consolidation de l'état de la victime, dès lors qu'un arrêt de travail a été initialement prescrit ou que le certificat médical est assorti d'un arrêt de travail.

En outre, selon l'article 144 du code de procédure civile, les mesures d'instruction peuvent être ordonnées en tout état de cause, dès lors que le juge ne dispose pas d'éléments suffisants pour statuer.

En l'espèce, le caractère professionnel de l'accident de Monsieur [B] n'est pas contesté, et le certificat médical initial est accompagné d'un arrêt de travail jusqu'au 14 octobre 2020.

La présomption d'imputabilité au travail des soins et arrêts postérieurs à l'accident et antérieurs à la guérison ou la consolidation est donc acquise.

Toutefois, il ressort de l'avis médico-légal du Docteur [T] [O] [W] que : " […] le rapport attribué au médecin-conseil de la CPAM ne comporte aucune retranscription des certificats de prolongation d'arrêt de travail qui auraient été prescrits durant 2 années.
Ainsi, l'argumentaire dit " médical " selon lequel l'assuré a bénéficié d'un arrêt de travail initial et de prolongation d'arrêts de travail en accident du travail du jour du fait accidentel le 23/09/2020 jusqu'à la date de consolidation le 03/10/2022 ne constitue qu'une simple déclaration d'ordre administratif, c'est-à-dire dans la production des arrêts de travail produits en accident du travail mais ne démontre en rien l'imputabilité directe et exclusive à l'accident de travail déclaré de l'ensemble des arrêts de travail prescrits durant 2 années.
Il y aurait eu un " avis sur dossier et/ou sur personne au service médical de l'assurance maladie de le 04/04/2022 ; 18/08/2022 ; 14/02/2022 " (le libellé de cette dernière date semble erroné) mais la teneur de l'avis médical mentionné n'est précisée.
[…]

Au total en l'absence de renseignements médicaux, les pièces transmises par la CPAM ne démontrent nullement l'imputabilité directe et exclusive à l'AT déclaré de l'ensemble des arrêts prescrits durant deux années consécutives ".

Ainsi, il résulte de ces éléments qu'en l'absence de transmission des renseignements médicaux au médecin pourtant mandaté par la SAS [1], cette dernière est dans l'impossibilité de faire utilement valoir ses droits à contester l'appréciation médicale donnée par les médecins-conseils sur le caractère professionnel ou non des soins et arrêts prescrits.

Il conviendra par conséquent d'ordonner une consultation sur pièces afin de confirmer ou infirmer le caractère professionnel des lésions antérieures à la consolidation.

Dans l'attente des résultats de la consultation, il sera sursis à statuer sur les autres demandes, et les dépens seront réservés.

PAR CES MOTIFS

Le Tribunal judiciaire, statuant publiquement par mise à disposition au greffe, par jugement contradictoire et avant dire droit,

ORDONNE une consultation médicale sur pièces, et désigne pour ce faire le Docteur [H] [Q] [Adresse 3], qui, après avoir prêté serment, aura pour mission de :
- Retracer l'évolution des lésions de Monsieur [F] [B],
- Déterminer exactement les lésions initiales rattachables à l'accident du 23 septembre 2020,
- Dire si l'accident a révélé ou a temporairement aggravé un état pathologique antérieur indépendant, et dans l'affirmative, dire à partir de quelle date cet état est revenu à son statu quo ante ou a recommencé à évoluer pour son propre compte,
- Fixer la durée des soins et arrêts de travail en relation, au moins en partie, avec l'accident déclaré initialement, et la date à partir de laquelle, le cas échéant, les soins et arrêts de travail n'ont plus été qu'exclusivement liés à une cause étrangère audit accident tel un état antérieur évoluant pour son propre compte ;

DIT que le médecin consultant désigné déposera son rapport écrit au greffe de la présente juridiction dans les SIX MOIS de sa saisine, et qu'il en adressera une copie à chaque partie ;

DIT que les frais de consultation seront supportés par la Caisse Primaire d'Assurance Maladie de la [Localité 1] ;

ORDONNE au service médical de la Caisse Primaire d'Assurance Maladie de la [Localité 1] de communiquer l'ensemble des pièces médicales au médecin consultant désigné ;

SURSOIT à statuer sur les autres demandes ;

RESERVE les dépens ;

ORDONNE le renvoi de l'affaire à la mise en état ;

Ainsi dit et jugé les jour, mois et an susdits.

Le Greffier, La Présidente,

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