TJ 44109, 11 juin 2026, RG 26/00472
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Texte de la décision
N° RG 26/00472 - N° Portalis DBYS-W-B7K-OQPX
Minute N° 2026/0505
ORDONNANCE DE RÉFÉRÉ
du 11 Juin 2026
[B] [L]
C/
[W] [Q]
CPAM DE [Localité 1] ATLANTIQUE
S.A.S. LE CONFLUENT NOUVELLES CLINIQUES NANTAISES
[Localité 2]
copie exécutoire délivrée le 11/06/2026 à :
la SARL ORIOR AVOCAT - 290
la SELARL RACINE - 57 B
Me Audrey VAULTIER - 230
copie certifiée conforme délivrée le 11/06/2026 à :
dossier
copie électronique délivrée le 11/06/2026 à :
expert
MINUTES DU GREFFE
DU TRIBUNAL JUDICIAIRE DE NANTES
([Localité 1]-Atlantique)
ORDONNANCE DE RÉFÉRÉ
Président : Monsieur Pierre GRAMAIZE
Greffier : Madame Eléonore GUYON
DÉBATS à l'audience publique du 28 Mai 2026
PRONONCÉ fixé au 11 Juin 2026
Ordonnance réputée contradictoire, mise à disposition au greffe
ENTRE :
Monsieur [B] [L], demeurant [Adresse 1]
Représenté par Maître Véronique RACHET-DARFEUILLE de la SARL ORIOR AVOCAT, avocate au barreau de NANTES
DEMANDEUR
D'UNE PART
ET :
Monsieur [W] [Q], domicilié : chez LE CONFLUENT - NOUVELLES CLINIQUE NANTAISES, [Adresse 2]
Non comparant et non représenté
CPAM DE [Localité 1] ATLANTIQUE, dont le siège social est sis [Adresse 3]
Non comparante et non représentée
S.A.S. L’HOPITAL PRIVE DU CONFLUENT (RCS [Localité 3] 789823580), dont le siège social est sis [Adresse 4]
Représentée par Maître Emilie BUTTIER de la SELARL RACINE, avocate au barreau de NANTES
L’Office National d’Indemnisation des Accidents Médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), dont le siège social est sis [Adresse 5]
Représenté par Maître Audrey VAULTIER, avocate au barreau de NANTES et par Maître Jane BIROT de la SELARL BIROT-RAVAUT ET ASSOCIES, avocates au barreau de BAYONNE
DÉFENDEURS
D'AUTRE PART
N° RG 26/00472 - N° Portalis DBYS-W-B7K-OQPX du 11 Juin 2026
PRESENTATION DU LITIGE
Le 2 décembre 2025, M. [B] [L] a été opéré au sein de la S.A.S. LE CONFLUENT NOUVELLES CLINIQUES NANTAISES par le Dr [W] [Q], chirurgien orthopédiste, pour une chirurgie programmée du genou droit au niveau du ménisque interne par arthroscopie sous rachis-anesthésie.
Le 5 décembre 2025, se plaignant de douleurs, d’une impotence fonctionnelle et d’un gonflement du genou, il a été transporté en ambulance aux urgences de la S.A.S. LE CONFLUENT NOUVELLES CLINIQUES NANTAISES où il a été constaté un épanchement abondant dans le genou. Une chirurgie sous arthroscopie a été réalisée le 6 décembre 2025 avec un lavage du site opératoire et un prélèvement pour étude bactériologique qui a révélé l’existence d’un staphylocoque doré.
Se plaignant de la qualité des soins du Dr [W] [Q] et d’une dégradation de son état de santé, M. [B] [L] a fait assigner en référé le Dr [W] [Q], la S.A.S. LE CONFLUENT NOUVELLES CLINIQUES NANTAISES, l’ONIAM et la CPAM DE [Localité 1] ATLANTIQUE selon actes de commissaires de justice des 17 et 20 avril 2026 afin de solliciter l’organisation d’une expertise médicale avec nomination d’un médecin spécialisé en chirurgie du genou.
La S.A.S. HOPITAL PRIVE DU CONFLUENT formule toutes protestations et réserves en réclamant la nomination d’un collège d’expert spécialisé en chirurgie orthopédique et d’un expert en infectiologie et en en proposant une mission d’expertise.
L’ONIAM formule toutes protestations et réserves et demande des compléments à la mission d’expertise tenant compte des spécificités de ses missions.
Le Dr [W] [Q], cité a une secrétaire, et la CPAM DE [Localité 1] ATLANTIQUE, citée à une stagiaire, n’ont pas comparu.
MOTIFS DE LA DECISION
M. [B] [L] présente des copies des documents suivants :
- compte-rendu opératoire,
- ordonnances,
- radiologie du genou droit du 05/12/25,
- courrier du Docteur [Q] du 18/12/25,
- prélèvement de bloc opératoire du 11/12/25,
- fiches d’observations,
- lettre de liaison,
- certificat médical du 05/01/26,
- attestation du Dr [P] du 12/03/26.
Il résulte des pièces produites et des explications données que les conséquences de la qualité des soins prodigués à M. [B] [L] par le Dr [W] [Q] au sein de la clinique sont en litige.
Il existe donc un motif légitime justifiant l’organisation d’une expertise de nature à établir la preuve des faits dont pourrait dépendre la solution de ce litige en vertu des dispositions de l’article 145 du code de procédure civile.
Un seul expert sera désigné pour garantir l'efficacité de la mesure, à charge pour lui, si nécessaire, de prendre l'avis d'un sapiteur notamment en infectiologie si des questions relevant d'autres spécialités que la sienne se posent.
DECISION
Par ces motifs, Nous, juge des référés, statuant publiquement, par ordonnance réputée contradictoire et en premier ressort,
Ordonnons l'expertise médicale de M. [B] [L] et désignons pour y procéder le Dr [G] [Y], expert agréé par la cour d'appel d’Angers, demeurant Centre de consultations médicochirurgicales, [Adresse 6], Tél. : [XXXXXXXX01], [Localité 4]. : 06.17.96.80.52, Mél. : [Courriel 1] avec mission de :
- se faire communiquer tous documents et pièces utiles relatifs aux examens, soins et interventions pratiqués en autorisant le Dr [W] [Q] à communiquer tous éléments en sa possession ;
- entendre les différentes parties et tout sachant ;
- rechercher si les soins, traitements et interventions prodigués par les médecins et/ou l’établissement de santé tant au titre de l’intervention litigieuse qu’au titre du suivi et de la surveillance ont été :
⋅ pleinement justifiés par l’état du patient,
⋅ parfaitement adaptés au traitement de son état,
⋅ totalement attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science et de la pratique médicale au jours des faits,
- dans la négative analyser de façon détaillée et motivée la nature des erreurs, imprudences, manques de précautions nécessaires, négligences pré per ou postopératoires, maladresses ou autres défaillances fautives, notamment au niveau de l’établissement du diagnostic, du choix de la thérapie, des soins, de la surveillance ;
- préciser à qui elles sont imputables ;
- fournir tous éléments permettant d’apprécier, s’il a été fourni au patient, tant avant l’intervention qu’après celle-ci une information complète, adaptée et pleinement compréhensible par celle-ci sur la nature de l’intervention, sur ses suites, risques éventuels et conséquences lui permettant de donner un consentement pleinement éclairé avant l’intervention d’une part, et d’être valablement et totalement informée sur l’ensemble des précautions à prendre et de la surveillance à exercer après l’intervention d’autre part ;
- en ne s’attachant qu’à la seule part imputable aux fautes éventuellement relevées ou le cas échéant à l’infection nosocomiale (c’est à dire en ne retenant pas les éléments de préjudice corporel se rattachant soit aux suites normales de soins qui étaient nécessaires, soit à l’état antérieur) :
- préciser si le matériel utilisé pour l’intervention peut être en cause, pour quelle raison ;
- en cas d’erreur, manquement, carence, insuffisance ou autres défaillances imputables au(x) praticien(s) et/ou à l’établissement de santé, tant au titre de l’intervention que de son suivi et de la surveillance prodiguée :
⋅ en expliquer la nature et l’importance ;
⋅ en déterminer de façons précises et circonstanciées les conséquences ;
⋅ décrire l’ensemble des lésions et séquelles constatées au jour de l’examen, imputables aux conséquences des interventions et de leurs suites ; dire si cet état est la conséquence de l’évolution prévisible de la pathologie initiale, en prenant en considération les données relatives à l’état de santé antérieur présenté avant les actes de prévention, diagnostic ou soins pratiqués ou si cet état présente un caractère anormal au regard de l’évolution prévisible de la pathologie initiale, fournir tous éléments permettant d’apprécier les responsabilités, le lien de causalité entre ces diverses lésions et séquelles et les fautes ou négligences commises et la part éventuellement imputable à chacun des défendeurs ;
⋅ préciser si le matériel utilisé pour l’intervention peut être en cause, pour quelle raison ;
- d’une manière générale fournir tous éléments techniques et de fait de nature à permettre à la juridiction compétente de déterminer les responsabilités encourues ;
Pour le patient victime, déterminer les conséquences de l'erreur ou le retard de diagnostic s'ils sont avérés sur son état de santé personnel selon le détail suivant :
1. [Pertes de gains professionnels actuels]
Indiquer les périodes pendant lesquelles la victime a été, du fait de son déficit fonctionnel temporaire, dans l’incapacité d’exercer totalement ou partiellement son activité professionnelle ;
En cas d’incapacité partielle, préciser le taux et la durée ;
Préciser la durée des arrêts de travail retenus par l’organisme social au vu des justificatifs produits (ex : décomptes de l’organisme de sécurité sociale), et dire si ces arrêts de travail sont liés au fait dommageable ;
2. [Déficit fonctionnel temporaire]
Indiquer les périodes pendant lesquelles la victime a été, du fait de son déficit fonctionnel temporaire, dans l’incapacité totale ou partielle de poursuivre ses activités personnelles habituelles ;
En cas d’incapacité partielle, préciser le taux et la durée ;
3. [Consolidation]
Fixer la date de consolidation et, en l’absence de consolidation, dire à quelle date il conviendra de revoir la victime ; préciser, lorsque cela est possible, les dommages prévisibles pour l’évaluation d’une éventuelle provision ;
4. [Déficit fonctionnel permanent]
Indiquer si, après la consolidation, la victime subit un déficit fonctionnel permanent défini comme une altération permanente d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles ou mentales, ainsi que des douleurs permanentes ou tout autre trouble de santé, entraînant une limitation d’activité ou une restriction de participation à la vie en société subie au quotidien par la victime dans son environnement ;
En évaluer l’importance et en chiffrer le taux ; dans l’hypothèse d’un état antérieur préciser en quoi l’accident a eu une incidence sur cet état antérieur et décrire les conséquences ;
5. [Assistance par tierce personne]
Indiquer le cas échéant si l’assistance constante ou occasionnelle d’une tierce personne (étrangère ou non à la famille) est ou a été nécessaire pour effectuer les démarches et plus généralement pour accomplir les actes de la vie quotidienne ; préciser la nature de l’aide à prodiguer et sa durée quotidienne ;
6. [Dépenses de santé futures]
Décrire les soins futurs et les aides techniques compensatoires au handicap de la victime (prothèses, appareillages spécifiques, véhicule) en précisant la fréquence de leur renouvellement ;
7. [Frais de logement et/ou de véhicule adaptés]
Donner son avis sur d’éventuels aménagements nécessaires pour permettre, le cas échéant, à la victime d’adapter son logement et/ou son véhicule à son handicap ;
8. [Pertes de gains professionnels futurs]
Indiquer, notamment au vu des justificatifs produits, si le déficit fonctionnel permanent entraîne l’obligation pour la victime de cesser totalement ou partiellement son activité professionnelle ou de changer d’activité professionnelle ;
9. [Incidence professionnelle]
Indiquer, notamment au vu des justificatifs produits, si le déficit fonctionnel permanent entraîne d’autres répercussions sur son activité professionnelle actuelle ou future (obligation de formation pour un reclassement professionnel, pénibilité accrue dans son activité, « dévalorisation » sur le marché du travail, etc.) ;
10. [Préjudice scolaire, universitaire ou de formation]
Si la victime est scolarisée ou en cours d’études, dire si en raison des lésions consécutives au fait traumatique, elle a subi une perte d’année scolaire, universitaire ou de formation, l’obligeant, le cas échéant, à se réorienter ou à renoncer à certaines formations ;
11. [Souffrances endurées]
Décrire les souffrances physiques, psychiques ou morales découlant des blessures subies pendant la maladie traumatique (avant consolidation) ; les évaluer distinctement dans une échelle de 1 à 7 ;
12. [Préjudice esthétique temporaire et/ou définitif]
Donner un avis sur l’existence, la nature et l’importance du préjudice esthétique, en distinguant éventuellement le préjudice temporaire et le préjudice définitif. Évaluer distinctement les préjudices temporaire et définitif dans une échelle de 1 à 7 ;
13. [Préjudice sexuel]
Indiquer s’il existe ou s’il existera un préjudice sexuel (perte ou diminution de la libido, impuissance ou frigidité, perte de fertilité) ;
14. [Préjudice d’établissement]
Dire si la victime subit une perte d’espoir ou de chance de normalement réaliser un projet de vie familiale ;
15. [Préjudice d’agrément]
Indiquer, notamment au vu des justificatifs produits, si la victime est empêchée en tout ou partie de se livrer à des activités spécifiques de sport ou de loisir ;
16. [Préjudices permanents exceptionnels]
Dire si la victime subit des préjudices permanents exceptionnels correspondant à des préjudices atypiques directement liés aux handicaps permanents ;
17. Donner son avis sur les préjudices subis par les victimes par ricochet ;
18. Établir un état récapitulatif de l’ensemble des postes énumérés dans la mission ;
19. S’adjoindre en cas de nécessité tout spécialiste de son choix, à charge pour lui d’en informer préalablement le magistrat chargé du contrôle des expertises et de joindre l’avis du sapiteur à son rapport ; étant précisé que si le sapiteur n’a pas pu réaliser ses opérations de manière contradictoire, son avis devra être immédiatement communiqué aux parties par l’expert ;
20. Communiquer un pré-rapport aux parties en leur impartissant un délai raisonnable pour la production de leurs dires écrits auxquels il devra répondre dans son rapport définitif ;
Disons que M. [B] [L] devra consigner la somme de 1 000 € au greffe avant le 11 août 2026 sous peine de caducité de la mesure d'instruction,
Disons que l’expert devra déposer son rapport au greffe avant le 31 août 2027,
Laissons provisoirement les dépens à la charge du demandeur.
Le greffier, Le président,
Eléonore GUYON Pierre GRAMAIZE
Données open data (Licence Ouverte 2.0), pseudonymisées à la source. Ne jamais citer uniquement sur la foi de cette base locale.