Ldata.fr
← Retour au corpus
Vérifier sur Judilibre ↗
tj Accorde une provision et désigne un expert ou un autre technicien source api

TJ 13055, 22 juin 2026, RG 26/00884


Vérifier : TJ 13055, 22 juin 2026, RG 26/00884 (rechercher sur Judilibre/Légifrance) · Ouvrir la source

Date
22/06/2026
Numéro
26/00884
Lieu / cour
tj13055
Chambre
Référés Cabinet 1
Type
other
Id
6a39804acdc6046d474774c8

Texte de la décision

17,054 caractères

TRIBUNAL JUDICIAIRE DE MARSEILLE

ORDONNANCE DE REFERE

Référés Cabinet 1

ORDONNANCE DU : 22 Juin 2026
Président : Monsieur TRUC, 1er vice-président
Greffier : Madame LEREBOURG, Greffière
Débats en audience publique le : 11 Mai 2026

N° RG 26/00884 - N° Portalis DBW3-W-B7K-7PRR
Grosse délivrée le 22/06/2026
À
-Me Thierry OSPITAL
-Me Etienne ABEILLE

PARTIES :

DEMANDEURS

Monsieur [I] [C], [L] [M], né le [Date naissance 1] 1970 à [Localité 1], demeurant [Adresse 1]

Madame [K] [E], [H] [Y], née le [Date naissance 1] 1976 à [Localité 2], demeurant [Adresse 1]
tous deux représentés par Maître Thierry OSPITAL de la SELARL CABINET THIERRY OSPITAL -COFFANO, avocats au barreau de MARSEILLE

DEFENDEURS

Monsieur [N] [W], demeurant [Adresse 2]
non comparant

Monsieur [Q] [W], demeurant [Adresse 2]
non comparant

S.A. PACIFICA, dont le siège social est sis [Adresse 3], prise en la personne de son représentant légal
représentée par Maître Etienne ABEILLE de la SELARL ABEILLE AVOCATS, avocats au barreau de MARSEILLE

CPAM DES BOUCHES DU RHONE, dont le siège social est sis [Adresse 4], prise en la personne de son représentant légal
non comparante

CAISSE NATIONALE MILITAIRE DE SECURITE SOCIALE (CNMSS), dont le siège social est sis [Adresse 5], prise en la personne de son représentant légal
non comparante

EXPOSE DU LITIGE

M. [I] [M] et Mme [K] [Y] ont été victimes, respectivement en qualité de conducteur d’une moto et de passagère transportée, d’un accident de la circulation survenu [Adresse 6] à [Localité 3] le 19 novembre 2025, impliquant un véhicule Citroën C3 immatriculé DE 271 VN, conduit par M. [N] [W], appartenant à son père, M. [Q] [W], et assuré auprès de la société Pacifica.

Par actes de commissaire de justice des 19 et 26 février 2026, M. [I] [M] et Mme [K] [Y] ont fait assigner M. [N] [W], M. [Q] [W], la société Pacifica, la Caisse primaire d’assurance maladie des Bouches-du-Rhône (CPAM) et la Caisse national militaire de sécurité sociale (CNMSS) en référé aux fins de voir ordonner une expertise médicale et d’obtenir le paiement de provisions.

A l’audience du 11 mai 2026, M. [I] [M] et Mme [K] [Y], par l’intermédiaire de leur avocat, ont demandé au tribunal d’ordonner une expertise médicale et de condamner solidairement M. [N] [W], M. [Q] [W] et la société Pacifica à payer :

une provision de 12 000 € à Mme [K] [Y] à valoir sur la réparation de son préjudice ;une provision de 15 000 € à M. [I] [M] à valoir sur la réparation de son préjudice ; une somme de 3 221,21 € à M. [I] [M] et Mme [K] [Y] au titre de leurs frais matériels et dépenses diverses, une somme de 710,87 € à Mme [K] [Y] au titre de ses pertes de revenus,une somme de 2 992,60 € à M. [I] [M] au titre de ses pertes de revenus, une indemnité de 3 000 € à chacun en application de l’article 700 du code de procédure civile, outre les dépens
La société Pacifica , dans ses conclusions soutenues à l’audience et auxquelles il est renvoyé, a exprimé protestations et réserves quant à la mesure d’expertise et sollicité le rejet de toutes les réclamations financières des demandeurs.

M. [N] [W], M. [Q] [W], la CPAM et la CNMSS, régulièrement assignés, n’ont pas comparu.

L’affaire a été mise en délibéré jusqu’au 22 juin 2026, date du prononcé de cette décision.

SUR QUOI, NOUS, JUGE DES RÉFÉRÉS,

Sur l’expertise :

L’article 145 du code de procédure civile dispose que « s'il existe un motif légitime de conserver ou d'établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d'un litige, les mesures d'instruction légalement admissibles peuvent être ordonnées à la demande de tout intéressé, sur requête ou en référé. »

L'existence de contestations, même sérieuses, ne constitue pas un obstacle à la mise en œuvre des dispositions de l'article précité. Il appartient uniquement au juge des référés de caractériser le motif légitime d'ordonner une mesure d'instruction, sans qu’il soit nécessaire de procéder préalablement à l'examen de la recevabilité d'une éventuelle action, non plus que de ses chances de succès sur le fond.

Il suffit de constater qu'un tel procès est possible, qu'il a un objet et un fondement suffisamment déterminés, que sa solution peut dépendre de la mesure d'instruction sollicitée et que celle-ci ne porte aucune atteinte illégitime aux droits et libertés fondamentaux d'autrui.

Il y a lieu de faire droit à la demande d’expertise qui répond à un motif légitime au sens de l’article 145 du code de procédure civile dès lors que M. [I] [M] et Mme [K] [Y] versent aux débats diverses pièce médicales établissant la réalité de blessures occasionnées par l’accident de la circulation dont il font état et qu’ils sont fondés à faire évaluer par un expert judiciaire dans la perspective d’une éventuelle action au fond en indemnisation.

Sur les demandes provisionnelles :

Il ressort de l’article 835 du code de procédure civile que le président du tribunal judiciaire peut toujours, même en présence d'une contestation sérieuse, prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s'imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite.

Dans les cas où l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable, il peut accorder une provision au créancier ou ordonner l'exécution de l'obligation même s'il s'agit d'une obligation de faire.

En l’espèce, il ressort des éléments versés aux débats que le droit à indemnisation de M. [I] [M] et Mme [K] [Y] n’est pas contestable, ni contesté en l’absence de faute de leur part invoquée susceptible de le limiter ou l’exclure au sens de la loi du 5 juillet 1985 sur les accidents de la circulation.

Le montant de la provision devant être allouée au demandeur ne peut excéder le montant d’indemnisation au-delà duquel celui-ci devient aléatoire ou incertain compte tenu de l’appréciation du juge du fond notamment.

En l’état des éléments d’appréciation produits, notamment des pièces médicales, factures, photos et attestations, il sera alloué à M. [I] [M] une provision globale de 7 000 € à valoir sur l’ensemble de ses préjudices corporels et matériels et à Mme [K] [Y] une provision de 5 000 € également à valoir sur l’ensemble de ses préjudices corporels et matériels.

Ces provisions seront laissées à la charge de M. [N] [W], conducteur du véhicule tiers impliqué et de la société Pacifica, son assureur, à l’exclusion de M. [Q] [W] qui en sa seule qualité de propriétaire dudit véhicule n’est tenu à aucune obligation à réparation au titre de l’accident.

Il ne sera pas, en revanche, fait droit aux demandes spécifiques au titre des pertes de revenus dès lors qu’il n’est produit aucun décompte des tiers payeurs quant à leurs débours et que le droit à indemnisation sur ce point de M. [I] [M] et Mme [K] [Y] est incertain à ce stade de la procédure.

Sur les demandes accessoires :

Les dépens :

Aux termes de l’article 696 du code de procédure civile, la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n’en mette la totalité ou une fraction à la charge d’une autre partie.

En l’espèce, M. [N] [W] et la société Pacifica supporteront les dépens de l’instance en référé.

L’article 700 du code de procédure civile :
Aux termes de l’article 700 du code de procédure civile, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans tous les cas, le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a pas lieu à ces condamnations.
En l’espèce, l’équité exige d’allouer 1 500 € à M. [I] [M] et Mme [K] [Y] au titre de leur frais non compris dans les dépens par application de l’article 700 du code de procédure civile.

PAR CES MOTIFS, JUGEANT PAR ORDONNANCE PRONONCÉE PAR MISE A DISPOSITION AU GREFFE, RÉPUTÉE CONTRADICTOIRE ET EN PREMIER RESSORT,

ORDONNONS une expertise médicale de M. [I] [M] et Mme [K] [Y]

COMMETTONS pour y procéder le Dr [S] [J]
Maison de sante pluriprofessionnelle les iris [Adresse 7]
[Localité 4]
Tél : [XXXXXXXX01]
Port. : [Localité 5] : [Courriel 1]

Expert inscrit auprès de la cour d’appel d’[Localité 6], avec pour mission de :

- convoquer et entendre les parties, assistées, le cas échéant, de leurs conseils, et recueillir leurs observations à l'occasion de l'exécution des opérations ou de la tenue des réunions d'expertise,
-examiner la victime, décrire les lésions causées par l’accident après s’être fait communiquer le dossier médical et toutes pièces médicales relatives aux examens, soins et interventions pratiquées et ce par les parties ou tout tiers à l’instance détenteur, mais dans ce dernier cas avec l’accord de la victime, indiquer les traitements appliqués, l’évolution et l’état actuel des lésions et dire si elles sont en relation directe et certaine avec l’accident,
- en cas d’état antérieur le décrire en ne retenant que les antécédents pouvant avoir une incidence sur les lésions ou séquelles, dire son incidence sur l’état de la victime,
- dire la date à laquelle la consolidation des blessures a été obtenue,
En l’absence de consolidation dire à quelle date il conviendra de revoir la victime, préciser si possible dans une fourchette minima/maxima les dommages prévisibles pour l’évaluation d’une éventuelle provision,
- Pertes de gains professionnels actuels
Indiquer les périodes pendant lesquelles la victime a été, du fait de son déficit fonctionnel temporaire, dans l’incapacité d’exercer totalement ou partiellement son activité professionnelle, et en cas d’incapacité partielle, préciser le taux et la durée, préciser la durée des arrêts de travail retenus par l’organisme social au vu des justificatifs produits (ex : décomptes de l’organisme de sécurité sociale), et dire si ces arrêts de travail sont liés au fait dommageable ;
- Déficit fonctionnel temporaire
Indiquer les périodes pendant lesquelles la victime a été, du fait de son déficit fonctionnel temporaire dans l’incapacité totale ou partielle de poursuivre ses activités personnelles habituelles et en cas d’incapacité partielle, préciser le taux et la durée ;
- Fixer la date de consolidation et, en l’absence de consolidation, dire à quelle date il conviendra de revoir la victime ; préciser, lorsque cela est possible, les dommages prévisibles pour l’évaluation d’une éventuelle provision ;
- Déficit fonctionnel permanent
Indiquer si, après la consolidation, la victime subit un déficit fonctionnel, et en évaluer l’importance et en chiffrer le taux ; dans l’hypothèse d’un état antérieur préciser en quoi l’accident a eu une incidence sur cet état antérieur et décrire les conséquences ;
- Assistance par tierce personne
Indiquer le cas échéant si l’assistance constante ou occasionnelle d’une tierce personne (étrangère ou non à la famille) est ou a été nécessaire pour effectuer les démarches et plus généralement pour accomplir les actes de la vie quotidienne, et préciser la nature de l’aide à prodiguer et sa durée quotidienne ;
- Dépenses de santé futures
Décrire les soins futurs et les aides techniques compensatoires au handicap de la victime (prothèses, appareillages spécifiques, véhicule) en précisant la fréquence de leur renouvellement ;
- Frais de logement et/ou de véhicules adaptés
Donner son avis sur d’éventuels aménagements nécessaires pour permettre, le cas échéant, à la victime d’adapter son logement et/ou son véhicule à son handicap ;
- Pertes de gains professionnels futurs
Indiquer, notamment au vu des justificatifs produits, si le déficit fonctionnel permanent entraîne l’obligation pour la victime de cesser totalement ou partiellement son activité professionnellement ou de changer d’activité professionnelle ;
- Incidence professionnelle
Indiquer, notamment au vu des justificatifs produits, si le déficit fonctionnel permanent entraîne d’autres répercussions sur son activité professionnelle actuelle ou future (obligation de formation pour un reclassement professionnel, pénibilité accrue dans son activité, « dévalorisation » sur le marché du travail, etc.) ;
- Préjudice scolaire, universitaire ou de formation
Si la victime est scolarisée ou en cours d’études, dire si en raison des lésions consécutives du fait traumatique, elle subit une perte d’année scolaire, universitaire ou de formation, l’obligeant, le cas échéant, à se réorienter ou à renoncer à certaines formations ;
- Souffrances endurées
Décrire les souffrances physiques, psychiques ou morales découlant des blessures subies pendant la maladie traumatique (avant consolidation) et les évaluer distinctement dans une échelle de 1 à 7 ;
- Préjudice esthétique temporaire et/ou définitif
Donner un avis sur l’existence, la nature ou l’importance du préjudice esthétique, en distinguant éventuellement le préjudice temporaire et le préjudice définitif. Evaluer distinctement les préjudices temporaire et définitif sur une échelle de 1 à 7 ;
- Préjudice sexuel
Indiquer s’il existe ou s’il existera un préjudice sexuel (perte ou diminution de la libido, impuissance ou frigidité, perte de fertilité) ;
- Préjudice d’établissement
Dire si la victime subit une perte d’espoir ou de chance de normalement réaliser un projet de vie familiale ;
- Préjudice d’agrément
Indiquer, notamment au vu des justificatifs produits, si la victime est empêchée en tout ou partie de se livrer à ces activités spécifiques de sport ou de loisir ;
- Préjudice permanents exceptionnels
Dire si la victime subit des préjudices permanents exceptionnels correspondant à des préjudices atypiques directement liés aux handicaps permanents ;
- Dire si l’état de la victime est susceptible de modification en aggravation ;
- Etablir un état récapitulatif de l’ensemble des postes énumérés dans la mission ;
- de manière plus générale, faire toutes constatations ou observations propres à éclairer le juge du fond dans la résolution du litige en cause ;
- Provoquer les observations des parties en leur adressant un pré rapport de ses opérations en leur impartissant un délai d’un mois pour présenter leurs dires, y répondre et déposer son rapport dans les huit mois de la consignation de la provision, sauf prorogation de délai ;

Disons que l’expert pourra s’adjoindre tout sapiteur de son choix, d’une spécialité différente de la sienne ;

Disons que l’expert accomplira sa mission conformément aux dispositions des articles 263 et suivants du code de procédure civile, et qu’en cas d’empêchement il sera remplacé par simple ordonnance sur requête ;

Fixons à la somme de 825 € HT la provision à consigner par chacun des demandeurs à la régie du tribunal judiciaire de Marseille dans les trois mois de la présente, à peine de caducité de la décision ordonnant l’expertise ;

Disons que le montant de la TVA devra être directement versé à la régie du tribunal par dès que l'expert leur aura signifié par écrit son assujettissement à cette taxe ;  

Dans l’hypothèse où M. [I] [M] et Mme [K] [Y] bénéficieraient de l’aide juridictionnelle, ils seraient dispensés du paiement de la consignation et les frais seront recouvrés comme en matière d’aide juridictionnelle ;

Disons que dans l’hypothèse d’adjonction d’un sapiteur, mais seulement dans une spécialité distincte de la sienne, l’expert en avisera le magistrat chargé du contrôle des expertises aux fins de fixation d’une consignation complémentaire ;

Désignons le magistrat chargé du contrôle des expertises du tribunal judiciaire de Marseille pour surveiller l'expertise ordonnée ;

Disons que les opérations d’expertise pourront être effectuées sous forme dématérialisée par utilisation de la plate-forme OPALEXE ;

CONDAMNONS solidairement M. [N] [W] et la société Pacifica à payer à M. [I] [M] une provision de 7 000 € à valoir sur la réparation de ses préjudices corporels et matériels et à Mme [K] [Y] une provision de 5 000 € à valoir sur la réparation de ses préjudices corporels et matériels ;

CONDAMNONS solidairement M. [N] [W] et la société Pacifica à payer à M. [I] [M] et Mme [K] [Y] 1 500 € en application de l’article 700 du code de procédure civile ;

REJETONS les autres demandes des parties ;

CONDAMNONS solidairement M. [N] [W] et la société Pacifica aux dépens du référé ;

RAPPELONS que la présente ordonnance est, de plein droit, exécutoire par provision.

LE GREFFIER LE MAGISTRAT

LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE, AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS, MANDE ET ORDONNE à tous les Commissaires de justice sur ce requis, de mettre la présente décision à exécution, aux Procureurs Généraux près les [Localité 7] d’Appel et aux Procureurs de la République près les Tribunaux Judiciaires, d’y tenir la main, à tous Commandants et Officiers de la [Localité 8] Publique de prêter main forte lorsqu’ils en seront légalement requis.
En foi de quoi la présente décision, certifiée conforme à la minute a été signée, scellée et délivrée par le greffier soussigné.

Données open data (Licence Ouverte 2.0), pseudonymisées à la source. Ne jamais citer uniquement sur la foi de cette base locale.