TJ 80021, 29 juin 2026, RG 26/00158
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Texte de la décision
TRIBUNAL JUDICIAIRE D’AMIENS
Chambre de proximité
[Adresse 1]
[Localité 1]
JCP [Localité 2]
N° RG 26/00158 - N° Portalis DB26-W-B7K-IV66
Minute n° :
JUGEMENT
DU
29 Juin 2026
S.A. [Adresse 2] [Localité 3]
C/
[I] [R] [J], [Z] [V]
Expédition délivrée le 29 Juin 2026
SCP DUSSEAUX-BERNIER-[A]
Monsieur [J] [I]
Préfecture
Exécutoire délivrée le 29 Juin 2026
SCP DUSSEAUX-BERNIER-[A]
JUGEMENT
REPUBLIQUE FRANCAISE AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
Sous la présidence de Céline BARTHOU, Vice-Présidente, chargée de la chambre de la proximité et de la protection, assistée de Manon MONDANGE, greffière ;
Après débats à l'audience publique du 04 Mai 2026, le jugement suivant a été rendu par mise à disposition au greffe le 29 Juin 2026 ;
ENTRE :
DEMANDERESSE :
S.A. HLM [Localité 3]
[Adresse 3]
[Localité 4]
représentée par la SCP DUSSEAUX-BERNIER-VAN WAMBEKE-DATHY, avocats au barreau D’AMIENS
ET :
DÉFENDEURS :
Monsieur [I] [R] [J]
[Adresse 4]
[Adresse 5]
[Localité 5]
comparant en personne
Madame [Z] [V]
[Adresse 4]
[Adresse 5]
[Localité 5]
représentée par Monsieur [J], muni d’un pouvoir
EXPOSE DU LITIGE
Suivant contrats prenant effet le 17 octobre 2022, la SA [Localité 3] a donné à bail à Monsieur [I] [J] et Madame [Z] [V] un parking n°14 et un appartement à usage d’habitation situé [Adresse 4], appartement A2002 à [Localité 6] (80).
Constatant des impayés, la SA [Localité 3] a fait signifier à ses locataires un commandement de payer visant les clauses résolutoires le 17 octobre 2025 pour un montant en principal de 2.259,53 euros.
Par acte de commissaire de justice du 9 février 2026, la SA [Localité 3] a attrait Monsieur [I] [J] et Madame [Z] [V] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire d’Amiens aux fins de :
* constater le jeu des clauses résolutoires contractuelles ;
* dire que les lieux devront être libérés par Monsieur [I] [J] et Madame [Z] [V] et à défaut ordonner leur expulsion de ces derniers ;
* condamner solidairement Monsieur [I] [J] et Madame [Z] [V] au paiement d’une somme de 5.062,55 euros avec intérêt au taux légal ;
* condamner solidairement Monsieur [I] [J] et Madame [Z] [V] à lui payer une indemnité d’occupation mensuelle équivalente au montant du loyer plus charges;
* condamner solidairement Monsieur [I] [J] et Madame [Z] [V] au paiement d’une indemnité d’un montant de 250 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile, ainsi qu’aux entiers dépens.
A l'audience du 4 mai 2026, la SA [Localité 3], représentée par son conseil, maintient l’intégralité de ses demandes. Elle actualise sa créance à la somme de 2.344,75 euros.
Son conseil indique ne pas disposer de mandat pour accepter la suspension de la clause résolutoire.
Monsieur [I] [J] comparaît en personne, munit d'un pouvoir pour représenter Madame [Z] [V]. Il reconnaît la situation d'impayé qu'il explique par la perte de son emploi et sollicite des délais de paiement permettant de suspendre les effets de la clause résolutoire. Il précise avoir repris le paiement de son loyer.
Le diagnostic social et financier a été porté à la connaissance des parties.
L'affaire a été mise en délibéré au 29 juin 2026.
MOTIFS DE LA DÉCISION
Sur la demande de résiliation du bail
Sur la recevabilité
En application de l'article 24 de la loi 6 juillet 1989 dans sa version applicable au contrat,
« Toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux.
Le commandement de payer contient, à peine de nullité :
1° La mention que le locataire dispose d'un délai de deux mois pour payer sa dette ;
2° Le montant mensuel du loyer et des charges ;
3° Le décompte de la dette ;
4° L'avertissement qu'à défaut de paiement ou d'avoir sollicité des délais de paiement, le locataire s'expose à une procédure judiciaire de résiliation de son bail et d'expulsion ;
5° La mention de la possibilité pour le locataire de saisir le fonds de solidarité pour le logement de son département, dont l'adresse est précisée, aux fins de solliciter une aide financière ;
6° La mention de la possibilité pour le locataire de saisir, à tout moment, la juridiction compétente aux fins de demander un délai de grâce sur le fondement de l'article 1343-5 du code civil....
II.-Les personnes morales autres qu'une société civile constituée exclusivement entre parents et alliés jusqu'au quatrième degré inclus ne peuvent faire délivrer, sous peine d'irrecevabilité de la demande, une assignation aux fins de constat de résiliation du bail avant l'expiration d'un délai de deux mois suivant la saisine de la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives prévue à l'article 7-2 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 précitée. Cette saisine est réputée constituée lorsque persiste une situation d'impayés, préalablement signalée dans les conditions réglementaires aux organismes payeurs des aides au logement en vue d'assurer le maintien du versement des aides mentionnées à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation. Cette saisine, qui contient les mêmes informations que celles des signalements par les huissiers de justice des commandements de payer prévus au I du présent article, s'effectue par voie électronique par l'intermédiaire du système d'information prévu au dernier alinéa de l'article 7-2 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 précitée.
III.-A peine d'irrecevabilité de la demande, l'assignation aux fins de constat de la résiliation est notifiée à la diligence de l'huissier de justice au représentant de l'Etat dans le département au moins six semaines avant l'audience, afin qu'il saisisse l'organisme compétent désigné par le plan départemental d'action pour le logement et l'hébergement des personnes défavorisées..".
L’acte introductif de la présente procédure a été notifié à la Préfecture de la Somme par la société [Localité 3], par voie électronique le 13 février 2026, soit plus de six semaines avant l'audience. L'impayé a été signalé à la CCAPEX le 11 octobre 2025, soit deux mois avant l'introduction de l'instance.
La demande de la SA [Localité 3] est recevable.
Sur le fond
Sur l'acquisition de la clause résolutoire
Les baux conclus entre les parties contiennent une clause aux termes de laquelle le contrat se trouvera de plein droit résilié, en cas de défaut de paiement des loyers et accessoires, deux mois après un commandement de payer resté infructueux.
Le commandement délivré aux locataires le 17 octobre 2025 se révèle fondé, un arriéré de loyers de 2.259,53 euros étant bien resté impayé à cette date.
La dette n'ayant pas été acquittée dans le délai légal, il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire sont réunies au 18 décembre 2025.
Sur la demande en paieme[P]
En l'espèce, il est communiqué les contrats de location et le décompte des sommes dues. La dette s'établit à la somme de 2.344,75 euros après déduction des frais de procédure.
Il y a donc lieu de condamner solidairement Monsieur [I] [J] et Madame [Z] [V] à payer à la SA [Localité 3] la somme de 2.695,98 euros avec les intérêts au taux légal à compter de la présente décision.
Sur les delais de paiement
L'article 24 V de la loi n 89-462 du 06 juillet 1989 dispose que le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d'office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu'il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, par dérogation au délai prévu au premier alinéa de l'article 1343- 5 du code civil, au locataire en situation de régler sa dette locative. Le quatrième alinéa de l'article 1343- 5 s'applique lorsque la décision du juge est prise sur le fondement du présent alinéa. Le juge peut d'office vérifier tout élément constitutif de la dette locative et le respect de l'obligation prévue au premier alinéa de l'article 6 de la présente loi. Il invite les parties à lui produire tous éléments relatifs à l'existence d'une procédure de traitement du surendettement au sens du livre VII du code de la consommation.
Monsieur [I] [J] et Madame [Z] [V] ont repris le règlement de leur loyer courant et propose de régler en complément une somme de 200 euros par mois pour régler leur dette.
Le décompte locatif démontre que malgré une situation d'impayé à compter de l'année 2024, des efforts de règlement ont été régulièrement effectués. Madame [Z] [V] vient de retrouver un emploi. Ils seront autorisés à s'acquitter de leur dette en versements mensuels de 200 euros selon les modalités précisées au dispositif de la présente décision.
Faute pour les locataires de respecter les modalités de paiement ainsi accordées, le solde de l'arriéré de loyers et de charges deviendra immédiatement exigible et les clauses résolutoires reprendront leur plein effet, entraînant la résiliation des baux et permettant leur expulsion avec si nécessaire le concours de la force publique.
En cas de résiliation du bail, les locataires seront tenus in solidum au paiement d'une indemnité mensuelle d'occupation égale au montant du loyer et des charges, indexé selon les stipulations contractuelles, jusqu'à libération effective des lieux.
Sur les demandes accessoires
Monsieur [I] [J] et Madame [Z] [V], parties perdantes au principal, supporteront in solidum les dépens qui comprendront notamment le coût du commandement de payer et de sa dénonciation à la Commission de Coordination des Actions de Prévention des Expulsions, le coût de l’assignation et de sa notification à la préfecture.
Aux termes de l'article 700 du code de procédure civile, dans toute les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou à défaut la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
Compte tenu de la situation économique respective des parties, de la durée de l’instance et des démarches judiciaires qu’a dû accomplir la SA [Localité 3] il ne paraît pas inéquitable de condamner in solidum Monsieur [I] [J] et Madame [Z] [V] au paiement de la somme de 250 euros de ce chef.
PAR CES MOTIFS
Le juge des contentieux de la protection, statuant par jugement contradictoire, rendu en premier ressort et mis à la disposition des parties au greffe ;
CONSTATE la recevabilité des demandes de la SA [Localité 3];
CONSTATE que les baux conclus entre la SA [Localité 3] d'une part et Monsieur [I] [J] et Madame [Z] [V] d'autre part concernant le parking n°14 et l'appartement à usage d’habitation situé [Adresse 4], appartement A2002 à [Localité 6] (80) se sont trouvés de plein droit résiliés le 18 décembre 2025 pour défaut de paiement des loyers par application des clauses résolutoires contractuelles;
CONDAMNE solidairement Monsieur [I] [J] et Madame [Z] [V] à payer à la SA [Localité 3] la somme de 2.344,75 euros (arrêtée au 27 avril 2026) avec les intérêts au taux légal à compter de la présente décision;
AUTORISE Monsieur [I] [J] et Madame [Z] [V] à se libérer de leur dette au moyen de 11 versements mensuels de 200 euros chacuns et une dernière 12 ème mensualité qui soldera la dette en principal, frais et intérêts ;
DIT que ces sommes seront exigibles le 5 de chaque mois suivant la date de signification du présent jugement, sous réserve de l'exigibilité totale des sommes dues en cas de non versement d'une seule mensualité à son échéance ;
SUSPEND les effets des clauses résolutoires pendant l'exécution des délais accordés;
DIT que si les délais accordés sont entièrement respectés, les clauses résolutoires seront réputées n'avoir jamais été acquises ;
DIT qu'en revanche, toute mensualité, qu'elle soit due au titre du loyer et des charges courants ou de l'arriéré, restée impayée sept jours après l'envoi d'une mise en demeure par lettre recommandée avec avis de réception justifiera :
* que les clauses résolutoires retrouvent leur plein effet ;
* que le solde de la dette devienne immédiatement exigible ;
* qu'à défaut pour Monsieur [I] [J] et Madame [Z] [V] d'avoir volontairement libéré les lieux dans les deux mois de la délivrance d'un commandement de quitter les lieux, la SA [Localité 3] puisse faire procéder à leur expulsion ainsi qu'à celle de tous les occupants de leur chef, avec le concours d'un serrurier et de la force publique si besoin est;
* que Monsieur [I] [J] et Madame [Z] [V] soient condamnées in solidum à verser à la SA [Localité 3] une indemnité mensuelle d'occupation égale au montant du loyer et des charges qui auraient été dus en l'absence de résiliation du bail, jusqu'à la date de la libération effective et définitive des lieux caractérisée par la remise des clés au bailleur ou à ses mandataires ;
CONDAMNE in solidum Monsieur [I] [J] et Madame [Z] [V] à payer à la SA [Localité 3] la somme de 250 euros, en application de l'article 700 du code de procédure civile;
CONDAMNE in solidum aux dépens qui comprendront le coût du commandement de payer et de sa dénonciation à la Commission de Coordination des Actions de Prévention des Expulsions, le coût de l’assignation et de sa notification à la préfecture ;
DIT que le présent jugement sera transmis par les soins du greffe au préfet de la Somme.
Ainsi jugé les jour, mois et an susdits.
LA GREFFIRE LA PRÉSIDENTE
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