TJ 78646, 30 juin 2026, RG 25/00917
Vérifier : TJ 78646, 30 juin 2026, RG 25/00917 (rechercher sur Judilibre/Légifrance) · Ouvrir la source
Texte de la décision
N° de minute :
TRIBUNAL DE PROXIMITE DE POISSY TPX POI JCP FOND
JUGEMENT RENDU LE 30 Juin 2026
N° RG 25/00917 - N° Portalis DB22-W-B7J-TL35
DEMANDEUR :
Société FRANFINANCE VENANT AUX DROITS DE SOGEFINANCEMENT
[Adresse 1]
[Adresse 2]
[Localité 1]
représentée par Me Stéphanie CARTIER, avocat au barreau de HAUTS-DE-SEINE
DEFENDEUR :
M. [N] [C]
[Adresse 3]
[Localité 2]
non comparant
COMPOSITION DU TRIBUNAL :
Président : Mme Myrtille SURAN
Greffier lors des débats : Mme Charlotte MAUREY
Greffier lors du prononcé : Madame Christelle GOMES-VETTER
Prononcé par mise à disposition au greffe le 30 Juin 2026 par Mme Myrtille SURAN, Juge des contentieux de la protection, assistée de Madame Christelle GOMES-VETTER, Greffier présent lors du prononcé, lesquelles ont signé la minute du présent jugement.
Copie exécutoire à : Me CARTIER
délivrée(s) le :
EXPOSE DU LITIGE
Selon une offre acceptée le 20 décembre 2023, la société SOGEFINANCEMENT, aux droits de laquelle vient la SAS FRANFINANCE au terme d’une fusion par absorption, a consenti à M. [N] [C] un prêt personnel d’un montant de 20000€ remboursable sur 84 mois au taux fixe de 5,32% l’an et au taux annuel effectif global (TAEG) de 5,45% l’an.
Faisant valoir qu’elle avait prononcé la déchéance du terme du prêt après une mise en demeure restée infructueuse, la SAS FRANFINANCE a, par acte du 1er septembre 2025, assigné M. [N] [C] devant le Juge des Contentieux de la Protection du tribunal de proximité de POISSY aux fins suivantes :
Prendre acte de la déchéance du terme régulièrement prononcée le 20 mai 2025 en raison des mensualités impayées ;Subsidiairement, dire que l’assignation vaut ultime mise en demeure de régulariser sous 30 jours l’arriéré des mensualités impayées et à défaut de paiement desdites sommes, ordonner la résiliation du contrat de prêt en raison d’une inexécution suffisamment grave du contrat ;Condamner M. [N] [C] à lui payer la somme de 19677,78€ avec intérêts au taux contractuel de 5,32% l’an à valoir sur la somme de 18255,07€ et au taux légal pour le surplus, et ce à compter de la mise en demeure du 23 mai 2025 et jusqu’à parfait paiement ;Condamner M. [N] [C] à lui payer la somme de 700€ au titre de l’article 700 du code de procédure civile et aux dépens.
L’affaire a été appelée et retenue à l’audience du 2 juin 2026, à laquelle la SAS FRANFINANCE, représentée, a maintenu les termes de son assignation.
M. [N] [C], régulièrement assigné à étude, n’a pas comparu et ne s’est pas fait représenter.
L’affaire a été mise en délibéré au 30 juin 2026, par mise à disposition au greffe.
MOTIFS DE LA DECISION
Aux termes de l’article 472 du Code de procédure civile, lorsque le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond, le juge ne faisant droit à la demande que s’il l’estime recevable, régulière et bien fondée. M. [N] [C], non-comparant, ayant été régulièrement assigné, il sera statué malgré son absence.
Sur la recevabilité de l'action
Il résulte des dispositions de l’article 122 du code de procédure civile que le délai de forclusion est une fin de non-recevoir ayant un caractère d’ordre public qui doit être soulevée d’office par le juge en application de l’article 125 du même code.
Conformément à l'article R 312-35 du Code de la consommation, les actions en paiement engagées en raison de la défaillance de l'emprunteur en matière de crédit à la consommation doivent être formées dans les deux ans de l'événement qui leur a donné naissance à peine de forclusion. Cet événement est caractérisé par :
- le non-paiement des sommes dues à la suite de la résiliation du contrat ou de son terme;
- ou le premier incident de paiement non régularisé ;
- ou le dépassement non régularisé du montant total du crédit consenti dans le cadre d'un contrat de crédit renouvelable ;
- ou le dépassement, au sens du 13° de l'article L.311-1, non régularisé à l'issue du délai prévu à l'article L.312-93.
En l’espèce, l’historique du prêt laisse apparaître que le premier incident de paiement non régularisé date du 30 décembre 2024, de sorte que l’action en paiement a été engagée dans le délai légal de deux ans qui était imparti au créancier.
Partant, l'action de la SAS FRANFINANCE est recevable.
Sur le fond
Sur les obligations pré-contractuelles
En application de l'article L. 312-16 du Code de la Consommation, avant de conclure le contrat de crédit, le prêteur vérifie la solvabilité de l'emprunteur à partir d'un nombre suffisant d'informations, y compris des informations fournies par ce dernier à la demande du prêteur. Le prêteur consulte à ce titre le fichier des incidents de remboursement des crédits aux particuliers (FICP).
Cette obligation suppose une démarche proactive du prêteur consistant à demander, obtenir et analyser les justificatifs de l’emprunteur au titre de ses ressources et charges (les seules ressources ne permettant pas d’évaluer une solvabilité).
Elle est renforcée par l’article L.312-17 du Code de la consommation pour les contrats souscrits au moyen d’une technique de communication à distance, puisque cet article impose au prêteur de soumettre à l’emprunteur une fiche d'informations établie sur support papier ou sur un autre support durable, comportant notamment les éléments relatifs aux ressources et charges de l'emprunteur ainsi que, le cas échéant, aux prêts en cours contractés par ce dernier.
En l'espèce, la SAS FRANFINANCE se contente de verser aux débats une fiche de dialogue avec pour uniques justificatifs permettant de corroborer les laconiques informations données dans cette fiche, trois bulletins de paie de l’emprunteur (avril à juin 2022), un avis d’imposition établi en 2022 sur ses revenus de 2020 et un avis d’échéance locative de mars 2015. Force est de constater que hormis les bulletins de paie, les autres justificatifs fournis ne sont pas contemporains à la date de conclusion du prêt, puisque l’avis d’imposition porte sur les revenus de 2020 de l’emprunteur (soit deux années antérieures à la conclusion du contrat), et que l’avis d’échéance est encore plus ancien. Au regard du montant relativement important du crédit octroyé et de la nature du crédit, conclu à distance, il y a lieu de considérer que le créancier n'a pas rempli ses obligations en la matière, les éléments fournis ne permettant pas d’analyser la solvabilité concrète et actuelle de l’emprunteur lors de la souscription du prêt.
La sanction applicable, prévue par l'article L. 341-2 du Code de la Consommation, est la déchéance du droit aux intérêts contractuels, qu’il y a lieu de prononcer.
Sur la demande en paiement
Aux termes de l’article 1103 du Code civil, les conventions légalement formées engagent leurs signataires.
En application des articles 1224 et 1225 du code civil, si le contrat de prêt d’une somme d’argent peut prévoir une clause résolutoire selon laquelle la défaillance de l’emprunteur non commerçant entrainera la déchéance du terme, celle-ci ne peut être déclarée acquise au créancier, sauf disposition expresse et sans équivoque, sans la délivrance préalable d’une mise en demeure restée sans effet, précisant le délai dont dispose le débiteur pour y faire obstacle.
En l’espèce, la SAS FRANFINANCE produit l’historique des règlements des échéances par l’emprunteur, en vertu duquel il apparait que dès le mois de décembre 2024, M. [N] [C] a cessé de s’acquitter des sommes dues à l’organisme bancaire en vertu du contrat de crédit du 20 décembre 2023. Or, le contrat de crédit prévoyait une clause stipulant que le prêteur pourrait exiger le remboursement immédiat du capital restant dû en cas de cessation des paiements par l’emprunteur.
La SAS FRANFINANCE justifie en outre d’avoir mis en demeure M. [N] [C] de régulariser la situation avant déchéance du terme par lettre recommandée avec accusé de réception du 9 avril 2025, de sorte que M. [N] [C] a bien été avisé par l’organisme prêteur du risque de déchéance du terme par le jeu de la clause résolutoire.
Partant, la déchéance du terme est régulièrement acquise au profit de la SAS FRANFINANCE.
En conséquence et eu égard à la déchéance du droit aux intérêts de l’organisme financier, M. [N] [C] sera condamné à verser à la SAS FRANFINANCE la somme de 16.689,94€ correspondant au remboursement du restant capital dû, déduction faite des versements effectués, de la totalité des intérêts versés et à échoir, ainsi que des sommes dues au titre des indemnités de retard et de l’indemnité légale de transmission au contentieux, laquelle n’est pas fondée. Cette somme ne portera intérêt au taux légal qu’à compter de la signification de la présente décision, eu égard à la déchéance totale du droit aux intérêts du créancier.
Sur les demandes accessoires
Les demandes du créancier ayant été accueillies en partie, M. [N] [C] supportera les dépens.
L’équité et la situation économique des parties commandent en revanche de rejeter la demande de la SAS FRANFINANCE sur le fondement de l’article 700 du Code de procédure civile.
Enfin, il convient de rappeler que le présent jugement est de droit exécutoire à titre provisoire.
PAR CES MOTIFS
Le Juge des Contentieux de la Protection, par jugement réputé contradictoire, rendu en premier ressort et par mise à disposition au greffe,
PRONONCE la déchéance totale du droit aux intérêts pour défaut de vérification de la solvabilité de l’emprunteur par un nombre suffisant d’éléments contemporains à la conclusion du contrat de prêt ;
CONSTATE que la déchéance du terme est acquise au profit de la SAS FRANFINANCE ;
CONDAMNE M. [N] [C] à payer à la SAS FRANFINANCE la somme de 16.689,94€ (seize-mille-six-cent-quatre-vingt-neuf euros et quatre-vingt-quatorze centimes) au titre du remboursement du capital exigible, avec intérêts au taux légal à compter de la signification de la présente décision ;
REJETTE la demande de la SAS FRANFINANCE sur le fondement de l’article 700 du Code de procédure civile ;
CONDAMNE M. [N] [C] aux dépens ;
RAPPELLE l’exécution provisoire du présent jugement.
La Greffière La juge
Données open data (Licence Ouverte 2.0), pseudonymisées à la source. Ne jamais citer uniquement sur la foi de cette base locale.