TJ 74010, 1 juill. 2026, RG 25/01425
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Texte de la décision
Expéditions le : Minute n° 26/
Grosse :
JUGEMENT DU : 01 Juillet 2026
DOSSIER N° : N° RG 25/01425 - N° Portalis DB2Q-W-B7J-F5YK
TRIBUNAL JUDICIAIRE D’ANNECY
JUGE DES CONTENTIEUX DE LA PROTECTION
DEMANDERESSE
Société CREDIT MUTUEL TOULOUSE
[Adresse 1]
[Adresse 2]
[Localité 1]
représentée par Maître Amélie GONCALVES de la SELARL LEVY ROCHE SARDA, avocats au barreau de LYON substituée par Me Laure BERTAGNOLIO, avocat au barreau d’ANNECY - 60
DÉFENDEURS
Monsieur [O] [G]
[Adresse 3]
[Localité 2]
non comparant, ni représenté
Madame [N] [S] [Y] épouse [G]
[Adresse 4]
[Localité 3]
non comparante, ni représentée
LE JUGE : Madame SOULAS, Vice-Présidente, Juge des Contentieux de la Protection du Tribunal Judiciaire d’Annecy
GREFFIER : Madame AIVALIOTIS, Greffière placée, lors des débats
Madame CHANUT, Greffière, lors du prononcé
L’affaire a été appelée à l’audience publique du 22 Avril 2026 devant Madame SOULAS, Vice-Présidente, Juge des Contentieux de la Protection du Tribunal Judiciaire d’Annecy, assistée de Mme AIVALIOTIS, Greffière ;
Les parties ont été avisées que la décision était mise en délibéré au 01 Juillet 2026.
Jugement rendu publiquement, par mise à disposition au greffe, réputée contradictoire et en premier ressort.
EXPOSE DU LITIGE
Par contrat n°73124096051 signé le 13 mai 2020, la Caisse Régionale de Crédit Agricole Mutuel Toulouse 31 a consenti à M. [Z] [G] et Mme [N] [S] [Y] épouse [G] un crédit d’un montant de 50 000 euros, au taux débiteur de 2,1% (TAEG 2,173%), remboursable en 144 mensualités de 449,29 euros avec assurance.
Suite à divers incidents de paiement, le prêteur, après mise en demeure du 4 octobre 2024 adressée par courrier recommandé avec AR à chacun des débiteurs, a prononcé la déchéance du terme du contrat par courrier du 7 novembre 2024.
Par actes de commissaire de justice en date des 28 mai et 11 juin 2025, la Caisse Régionale de Crédit Agricole Mutuel Toulouse 31 a fait assigner M. [Z] [G] et Mme [N] [S] [Y] épouse [G] devant le juge des contentieux de la protection d’[Localité 4], pour demander, sur le fondement des articles 1228 et suivants du code civil et L.312-39 du code de la consommation, de :
A titre principal :
constater l’acquisition de la clause résolutoire et la déchéance du terme,condamner solidairement M. [Z] [G] et Mme [N] [S] [Y] épouse [G] à lui payer, au titre du contrat du 13 mai 2020, la somme de 39 460,63 euros, outre les intérêts contractuels au taux de 2,1% à compter du 7 novembre 2024,A titre subsidiaire :
prononcer la résiliation du contrat et la déchéance du terme pour manquement aux obligations contractuelles,condamner solidairement M. [Z] [G] et Mme [N] [S] [Y] épouse [G] à lui payer, au titre du contrat du 13 mai 2020, la somme de 39 460,63 euros, outre les intérêts contractuels au taux de 2,1% à compter de la délivrance de l’assignation,
En tout état de cause :
condamner solidairement M. [Z] [G] et Mme [N] [S] [Y] épouse [G] à lui payer la somme de 500 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile,dire n’y avoir lieu à écarter l’exécution provisoire de la décision à intervenir,condamner solidairement M. [Z] [G] et Mme [N] [S] [Y] épouse [G] aux entiers dépens de l’instance.
A l’appui de ses demandes, elle fait valoir que le contrat est régulier et conforme aux exigences légales, que les emprunteurs ont été défaillants dans le règlement des échéances de sorte que la clause résolutoire prévue au contrat est acquise et le contrat résilié. Elle s’estime donc bien fondée à réclamer le solde restant dû, ainsi que l’indemnité légale. Subsidiairement, elle soutient que la défaillance des emprunteurs justifie le prononcé de la résiliation judiciaire du contrat à leurs torts exclusifs.
L’affaire a été appelée et retenue à l’audience du 22 avril 2026, au cours de laquelle le juge a soulevé différents moyens d’irrecevabilité de l’action, de nullité du contrat, et motifs de déchéance du droit aux intérêts en application de l’article R.632-1 du code de la consommation.
A l’audience, la Caisse Régionale de Crédit Agricole Mutuel Toulouse 31, représentée par son conseil, s’en remet aux termes de son assignation et dépose son dossier. Elle ne sollicite pas de délai pour répondre aux moyens soulevés par le juge.
Bien qu’assigné en l’étude du commissaire de justice, M. [Z] [G] n’est ni présent, ni représenté.
L’assignation destinée à Mme [N] [S] [Y] épouse [G] a fait l’objet d’un procès-verbal de recherches infructueuses, et l’intéressée est absente.
La décision a été mise en délibéré au 1er juillet 2026.
MOTIFS DE LA DECISION
Selon les dispositions de l’article 472 du code de procédure civile, si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond. Le juge ne fait droit à la demande que dans la mesure où il l'estime régulière, recevable et bien fondée.
Sur la recevabilité de l’action en paiement
Aux termes de l’article L.218-2 du code de la consommation, l'action des professionnels, pour les biens ou les services qu'ils fournissent aux consommateurs, se prescrit par deux ans.
Selon les dispositions de l’article R.312-35 du code de la consommation, le tribunal judiciaire connaît des litiges nés de l'application des dispositions du présent chapitre. Les actions en paiement engagées devant lui à l'occasion de la défaillance de l'emprunteur doivent être formées dans les deux ans de l'événement qui leur a donné naissance à peine de forclusion. Cet événement est caractérisé par […] le premier incident de paiement non régularisé.
Il convient de rappeler que la date du premier impayé non régularisé est déterminée en faisant application du principe de l'imputation des paiements sur les échéances impayées les plus anciennes et qu'il n'y a pas lieu de tenir compte des écritures de type « annulations de retard » ou « régularisations » opérées unilatéralement par le prêteur, qui ne correspondent nullement à un paiement effectif de la somme due par l’emprunteur.
En l’espèce, aucune forclusion ne se trouve caractérisée, dès lors qu’il se déduit de l’échéancier versé aux débats que le premier incident de paiement non régularisé est intervenu lors de la mensualité du 5 mai 2024, que l’assignation des 28 mai et 11 juin 2025 a donc été délivrée avant l’expiration du délai biennal de forclusion.
Dès lors, l’action de la Caisse Régionale de Crédit Agricole Mutuel Toulouse 31 est recevable.
Sur la demande en paiement au titre du contrat de prêt
La demande en paiement se trouve fondée en son principe, au regard du contrat de prêt, de l’échéancier produit, de l’historique du compte et de la mise en demeure. C’est donc à bon droit, en application des clauses de la convention, que le prêteur a, suite à des échéances impayées, et après une mise en demeure infructueuse, prononcé la déchéance du terme du contrat.
Concernant l’irrégularité du contrat relative à la fiche d’information précontractuelle
Aux termes de l’article L.312-12 du code de la consommation, préalablement à la conclusion du contrat de crédit, le prêteur ou l'intermédiaire de crédit donne à l'emprunteur, par écrit ou sur un autre support durable, les informations nécessaires à la comparaison de différentes offres et permettant à l'emprunteur, compte tenu de ses préférences, d'appréhender clairement l'étendue de son engagement. Un décret en Conseil d'Etat fixe la liste et le contenu des informations devant figurer dans la fiche d'informations à fournir pour chaque offre de crédit ainsi que les conditions de sa présentation.
L’article L.341-1 du code de la consommation précise que le prêteur qui accorde un crédit sans communiquer à l'emprunteur les informations précontractuelles dans les conditions fixées par les articles L. 312-12 est déchu du droit aux intérêts.
Il y a lieu de rappeler que la charge de la preuve de la remise de cette fiche d'informations au consommateur préalablement à la conclusion du contrat repose sur l'organisme prêteur, lequel doit non seulement rapporter la preuve de l'existence de cette fiche, de sa teneur mais également de sa remise préalable qui suppose une remise « en temps utile » selon les termes de l’article 5 de la directive 2008/48/CE du Parlement européen et du Conseil, du 23 avril 2008, concernant les crédits aux consommateurs et abrogeant la directive 87/102/CEE du Conseil.
La remise préalable en temps utile, qui permet au candidat emprunteur de bénéficier du temps nécessaire pour prendre connaissance du contenu de l’offre avant de lui en proposer la signature, exclut toute simultanéité dans la remise des documents contractuels et avec la signature du contrat.
En l’espèce, la FIPEN produite par la banque porte le paraphe de chacun des emprunteurs, permettant de constater que cette fiche leur a été effectivement remise, étant insérée dans la liasse contractuelle.
Or, force est de constater qu’en l’espèce, le contrat ainsi que tous les documents contractuels incluant la FIPEN portent la même date de signature, ce qui démontre que la FIPEN a été fournie concomitamment à l'offre de crédit, et non préalablement et en temps utile.
En conséquence, le prêteur ne peut dans ces conditions qu'être déchu du droit aux intérêts.
Concernant le montant dû par l’emprunteur
Selon les dispositions de l’article L.341-8 du code de la consommation, lorsque le prêteur est déchu du droit aux intérêts dans les conditions prévues aux articles L. 341-1 à L. 341-7, l'emprunteur n'est tenu qu'au seul remboursement du capital suivant l'échéancier prévu, ainsi que, le cas échéant, au paiement des intérêts dont le prêteur n'a pas été déchu. Les sommes déjà perçues par le prêteur au titre des intérêts, qui sont productives d'intérêts au taux de l'intérêt légal à compter du jour de leur versement, sont restituées par le prêteur ou imputées sur le capital restant dû.
Il y a lieu de rappeler que cette déchéance s'étend aux frais, commissions et assurances. Cette limitation légale de la créance du prêteur exclut qu'il puisse prétendre au paiement de l'indemnité de 8% prévue par le code de la consommation.
En l'espèce, il se déduit de l’historique du compte qu’une somme de 50 000 euros a été débloquée par le prêteur, et que l’emprunteur a effectué des versements d’un montant cumulé de 20 671,54 euros, qui doit être déduit de la créance de l’organisme de crédit.
Selon le décompte produit, la banque a facturé des frais d’impayés à 5 reprises sans en préciser le montant, il n’est donc pas possible de les déduire.
En conséquence, M. [Z] [G] et Mme [N] [S] [Y] épouse [G] seront condamnés solidairement à payer à la Caisse Régionale de Crédit Agricole Mutuel Toulouse 31 la somme totale de 29 328,46 euros (50 000 - 20 671,54) au titre du contrat de prêt.
Concernant les intérêts
En application des dispositions des articles 1153 et 1231-6 du code civil, le prêteur, bien que déchu de son droit aux intérêts, demeure fondé à demander à ce que la somme que l'emprunteur a été condamné à lui verser porte intérêts au taux légal, majoré de plein droit deux mois après que la décision de justice soit revêtue du caractère exécutoire.
L’article 1231-7 précise qu’en toute matière, la condamnation à une indemnité emporte intérêts au taux légal même en l'absence de demande ou de disposition spéciale du jugement. Sauf disposition contraire de la loi, ces intérêts courent à compter du prononcé du jugement à moins que le juge n'en décide autrement.
L'article 23 de la directive 2008/48/CE du Parlement européen et du Conseil du 23 avril 2008 concernant les contrats de crédit aux consommateurs et abrogeant la directive 87/102/CEE du Conseil, dispose que les sanctions applicables en cas de violation des dispositions nationales doivent être effectives, proportionnées et dissuasives.
Il en résulte que les dispositions précitées du code civil doivent être écartées s'il en découle pour le prêteur la perception de montants équivalents ou proches de ceux qu'il aurait perçus si la déchéance du droit aux intérêts n'avait pas été prononcée, sauf à faire perdre à cette sanction ses caractères de dissuasion et d'efficacité (Cour de Justice de l'Union Européenne (Cour de Justice de l'Union Européenne, 27 mars 2014, C-565/12).
Au vu du taux d'intérêt légal actuel, les montants susceptibles d'être perçus par le prêteur au titre des intérêts au taux légal depuis la mise en demeure viderait de sa substance la sanction de l'inobservation des dispositions du code de la consommation.
Dès lors, il convient de dire que la somme restant due en capital au titre du contrat de crédit produira intérêts à taux légal à compter de la signification de la présente décision.
Il convient de surcroît d'exclure l'application du taux d'intérêt légal majoré prévu à l'article L.313-3 du code monétaire et financier, conformément à l'arrêt de la Cour de Justice de l'Union Européenne en date du 27 mars 2014 (C-565/12 Crédit Lyonnais-Kalhan), qui a condamné le dispositif français permettant au prêteur déchu de son droit aux intérêts d'obtenir de manière systématique des intérêts au taux légal majoré, lorsque les montants susceptibles d'être perçus par lui lors du recouvrement, ne sont pas significativement inférieurs à ceux dont il aurait pu bénéficier s'il avait respecté ses obligations.
En effet, au regard du taux d'intérêt réclamé par la Caisse Régionale de Crédit Agricole Mutuel Toulouse 31, l'application du taux d'intérêt légal majoré de 5 points viderait de sa substance la sanction de l'inobservation des dispositions du code de la consommation.
Sur les frais du procès
Compte tenu de la solution apportée au litige, M. [Z] [G] et Mme [N] [S] [Y] épouse [G] seront condamnés in solidum aux dépens.
Il ne parait pas inéquitable de laisser à la charge des parties les frais engagés dans le cadre de la présente instance non compris dans les dépens. La Caisse Régionale de Crédit Agricole Mutuel Toulouse 31 sera déboutée de sa demande sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile.
Il convient de rappeler les dispositions de l’article 514 du code de procédure civile qui prévoient l’exécution provisoire de droit de la présente décision.
PAR CES MOTIFS
Le juge des contentieux de la protection,
DÉCLARE recevable l’action de la Caisse Régionale de Crédit Agricole Mutuel Toulouse 31 à l’encontre de M. [Z] [G] et Mme [N] [S] [Y] épouse [G] au titre du contrat de prêt n°73124096051 conclu le 13 mai 2020,
CONSTATE la déchéance du terme dudit contrat,
DIT que la Caisse Régionale de Crédit Agricole Mutuel Toulouse 31 est déchue du droit aux pénalités, frais et intérêts de sa créance,
CONDAMNE solidairement M. [Z] [G] et Mme [N] [S] [Y] épouse [G] à payer à la Caisse Régionale de Crédit Agricole Mutuel Toulouse 31 la somme de 29 328,46 euros au titre dudit contrat,
DIT que cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter de la signification de la présente décision,
EXCLUT la majoration du taux de l’intérêt légal prévue à l'article L.313-3 du code monétaire et financier,
CONDAMNE in solidum M. [Z] [G] et Mme [N] [S] [Y] épouse [G] aux entiers dépens,
DÉBOUTE la Caisse Régionale de Crédit Agricole Mutuel Toulouse 31 de sa demande sur le fondement des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile.
RAPPELLE l’exécution provisoire de droit de la présente décision.
Et la présente décision a été signée par la Présidente et la Greffière.
La Greffière La Présidente
Sylvie CHANUT Hélène SOULAS
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