T. com. 9401, 7 juill. 2026, n° 2026F00057
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Texte de la décision
TRIBUNAL DE COMMERCE DE CRETEIL
JUGEMENT DU 7 JUILLET 2026
1ère Chambre
N° RG: 2026F00057
DEMANDEUR
SAS UPCLAIM [Adresse 1] comparant par Me Régis PIHERY du cabinet SELARL REDLINK [Adresse 2]
DEFENDEUR
SASU TRANSAVIA FRANCE [Adresse 3] non comparant
COMPOSITION DU TRIBUNAL
Débats, clôture des débats et mise en délibéré sur rapport de M. Franck DONNERSBERG lors de l'audience publique du 17 février 2026.
Décision réputée contradictoire en dernier ressort.
Délibérée par M. Jean-Jacques ACCHIARDI, M. Hacène HABI et M. Franck DONNERSBERG, Juges.
Prononcée ce jour par la mise à disposition au Greffe de ce Tribunal, les parties en ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article 450 du Code de Procédure Civile.
Minute signée pour le Président empêché par M. Frank DONNERSBERG, l'un des juges qui en ont délibéré, et Mme Isabelle BOANORO, Greffier.
LES FAITS
La partie demanderesse déclare être créancière de la société TRANSAVIA FRANCE suite au retard d'un vol aérien.
Elle demande également des indemnisations pour défaut de remise de la notice informative, remboursement des frais de taxi et de résistance abusive.
Ainsi est née la présente instance.
LA PROCEDURE
Par acte de commissaire de justice du 24 décembre 2025, signifié en étude, la partie demanderesse a assigné la société TRANSAVIA FRANCE, demandant au Tribunal de :
Condamner la société TRANSAVIA FRANCE à payer à UPCLAIM la somme de 1.200,00€ au titre des dispositions de l'article 7 du Règlement Européen 261/2004, avec intérêts au taux légal à compter de la mise en demeure ;
Condamner la société TRANSAVIA FRANCE à payer à UPCLAIM la somme de 600,00€ au titre des dispositions de l'article 14.2 du Règlement CE n°261/2004, pour défaut de remise de la notice informative ;
Condamner la société TRANSAVIA FRANCE à payer à UPCLAIM la somme de 442,75€ au titre des dispositions des articles 5 et 9 du Règlement européen 261/2004, avec intérêts au taux légal à compter de la mise en demeure.
Condamner la société TRANSAVIA FRANCE à payer à UPCLAIM, la somme de 750,00€ au titre de sa résistance abusive ;
Ordonner à la société TRANSAVIA FRANCE de publier le dispositif de la décision à intervenir dans des conditions de lisibilité maximum sous la mention « Communiqué Judiciaire » et, en toute hypothèse, sans mention ajoutée, en lettres lisibles noir et blanc sur la page d'accueil de son site Internet suivant : https://www.transavia.com/accueil/fr, sur les pages d'accueil de ses applications mobiles accessibles en France, sur la page d'accueil de sa page Facebook, ainsi que sur sa page Instagram, et ce, sous astreinte de 500,00€ par jour de retard et manquement constaté passé un délai de 7 jours à compter de la signification de la décision et pendant une durée de 90 jours consécutifs.
Ordonner la publication du dispositif du jugement dans deux périodiques ou revues au choix de UPCLAIM et aux frais de TRANSAVIA France ;
Se réserver le contentieux de la liquidation de l'astreinte ;
Condamner la société TRANSAVIA FRANCE à payer à UPCLAIM la somme de 1.000,00€ au titre de l'article 700 du CPC.
Condamner la société TRANSAVIA FRANCE aux entiers dépens.
L'affaire a été appelée à l'audience collégiale du 27 janvier 2026 à laquelle la partie défenderesse n'a pas comparu, puis a été renvoyée à l'audience collégiale du 17 février 2026 avec avis d'audience à la partie défenderesse.
A cette audience personne ne s'est présenté en défense, le Tribunal a clos les débats, mis le jugement en délibéré au rapport d'un juge pour être prononcé par sa mise à disposition au greffe de ce Tribunal le 5 mai 2026, date prorogée au 7 juillet 2026, les parties en ayant été avisées.
LES MOYENS DES PARTIES
La partie demanderesse expose qu'elle a contracté des cessions de créance avec Monsieur [S] [L], agissant tant en son nom qu'au nom et pour le compte de ses enfants mineurs Madame [Z] [L] et Monsieur [A] [L].
Ces passagers ont réservé une place sur un vol auprès de TRANSAVIA FRANCE pour réaliser le trajet suivant : Vol [Numéro identifiant 1] de l'aéroport d'[Localité 1] ([Localité 1]) à l'aéroport [Localité 2] ([Localité 2]) en date du 12 juillet 2025 avec une heure de départ prévue à 20h50.
Or, ce vol a été retardé, ce qui l'a fait arriver à sa destination avec un retard de plus de 3 heures.
Le règlement européen n°261/2004 prévoit à son article 6 l'indemnisation des passagers ayant subi un retard de vol de plus de 3 heures ; les passagers concernés ont droit à une indemnisation du transporteur aérien effectif précisée à son article 7.
Selon ces dispositions, elle demande, à titre principal, une indemnisation de 1.200,00€.
Après avoir signé les actes de cessions de créances, la société UPCLAIM a effectué des démarches amiables d'indemnisation auprès de la partie défenderesse ; ces démarches sont restées vaines. L'article 14.2 du Règlement européen n°261/2004 précise que le transporteur aérien effectif qui refuse l'embarquement ou qui annule un vol présente à chaque passager concerné une notice écrite reprenant les règles d'indemnisation et d'assistance conformément aux dispositions du présent règlement. Il présente également cette notice à tout passager subissant un retard d'au moins deux heures. Les coordonnées de l'organisme national désigné visé à l'article 16 sont également fournies par écrit au passager.
La partie défenderesse ayant omis de remettre cette notice à la concluante, elle demande une indemnisation de 600,00€ en réparation de son préjudice matériel et moral.
A plusieurs reprises, elle s'est rapprochée de la compagnie en vue de solliciter le versement du forfait réglementairement prévu.
Cette dernière ayant fait preuve d'une mauvaise foi manifeste en lui refusant ce droit, elle demande une indemnisation de 750,00€ au titre de la résistance abusive.
La partie demanderesse sollicite également le paiement d'une somme de 1.000,00€ au titre de l'article 700 du CPC ainsi que la condamnation de la partie défenderesse aux dépens.
A l'appui de ses demandes, la partie demanderesse verse aux débats 11 pièces : Extrait K-bis de la société UPCLAIM, Extrait K-bis de la société TRANSAVIA France, Réservation confirmée, Cession de créances entre les Passagers - COLOMBUS L'AGENCE DE VOYAGE, Cession de créances COLOMBUS L'AGENCE DE VOYAGE – UPCLAIM, Email de la société UPCLAIM à la société TRANSAVIA France, Courrier de mise en demeure de la société UPCLAIM, Historique de vol Flightradar24 prouvant les atterrissages à [Localité 3] le 12 juillet 2025, Facture du taxi de [Localité 4] à [Localité 3], Email de la Compagnie Aérienne du 3 octobre 2025, Email de la société UPCLAIM du 6 octobre 2025.
LES MOTIFS DE LA DECISION
En vertu des dispositions de l'article 472 du CPC, lorsque le défendeur ne comparaît pas, le Juge ne fait droit à la demande que dans la mesure où il l'estime régulière, recevable et bien fondée.
La partie défenderesse, n'ayant pas comparu, n'a donc pu présenter aucun argument susceptible de l'exonérer des faits qui lui sont reprochés et s'expose ainsi à ce qu'un jugement soit prononcé contre elle au vu des seuls moyens et pièces présentés par la partie demanderesse.
Sur le droit d'agir de la société UPCLAIM
A l'appui de sa demande, la société UPCLAIM produit une cession de créances avec COLOMBUS L'AGENCE DE VOYAGE signée le 29 août 2025 ;
Le Tribunal relève que : Les contrats de cession de créance font référence au vol [Numéro identifiant 1] du 12 juillet 2025. Les enfants mineurs ont été représentés par leur père. Le rappel des faits fait référence au même vol. La convention stipule que « la cession de créance est un contrat par lequel le créancier cédant
La convention stipule que « la cession de creance est un contrat par lequel le creancier cedant transmet, à titre onéreux ou gratuit, tout ou partie de sa créance contre le débiteur cédé à un tiers appelé le cessionnaire ».
Ainsi le Tribunal constate que la société UPCLAIM dispose du droit d'agir.
La partie demanderesse sollicite la condamnation de la partie défenderesse à lui régler la somme de 1.200,00€ au titre des articles 5 et 7 du Règlement européen n°261/2004.
Les passagers de vol retardé ou annulé peuvent invoquer le droit à indemnisation prévu par les dispositions de l'article 7 du règlement (CE) n° 261/2004 du Parlement européen et du Conseil du 11 février 2004 et des dispositions de la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) du 19 novembre 2009 qui stipulent que :
Article 5 Annulations
1.En cas d'annulation d'un vol, les passagers concernés
…c) ont droit à une indemnisation du transporteur aérien effectif conformément l'article 7, à moins qu'ils soient informés de l'annulation du vol
i) au moins deux semaines avant l'heure de départ prévue, ou
ii) de deux semaines à sept jours avant l'heure de départ prévue si on leur offre un réacheminement leur permettant de partir au plus tôt deux heures avant l'heure de départ prévue et d'atteindre leur destination finale moins de quatre heures après l'heure d'arrivée prévue, ou iii) moins de sept jours avant l'heure de départ prévue si on leur offre un réacheminement leur permettant de partir au plus tôt une heure avant l'heure de départ prévue et d'atteindre leur destination finale moins de deux heures après l'heure prévue d'arrivée.
3.Un transporteur aérien effectif n'est pas tenu de verser l'indemnisation prévue à l'article 7 s'il est en mesure de prouver que l'annulation est due à des circonstances extraordinaires qui n'auraient pas pu être évitées même si toutes les mesures raisonnables avaient été prises.4.Il incombe au transporteur aérien effectif de prouver qu'il a informé les passagers de l'annulation d'un vol ainsi que le délai dans lequel il l'a fait.
Article 6 Retards
L'arrêt du 19 juin 2009 de la Cour de Justice de l'Union Européenne a posé le principe selon lequel:
« Les articles 5, 6 et 7 du règlement n°261/2004 doivent être interprétés en ce sens que les passagers de vols retardés peuvent être assimilés aux passagers de vols annulés aux fins de l'application du droit à l'indemnisation et qu'ils peuvent ainsi invoquer le droit à indemnisation prévu à l'article 7 de ce règlement lorsqu'ils subissent, en raison d'un vol retardé, une perte de temps égale ou supérieure à trois heures, c'est-à-dire lorsqu'ils atteignent leur destination finale trois heures ou plus après l'heure d'arrivée initialement prévue par le transporteur aérien. Cependant, un tel retard ne donne pas droit à une indemnisation en faveur des passagers si le transporteur aérien est en mesure de prouver que le retard important est dû à des circonstances extraordinaires qui n'auraient pas pu être évitées même si toutes les mesures raisonnables avaient été prises, à savoir des circonstances qui échappent à la maîtrise effective du transporteur aérien ».
Article 7 Droit à indemnisation
1.Lorsqu'il est fait référence au présent article, les passagers reçoivent une indemnisation dont le montant est fixé à :
a) 250 euros pour tous les vols de 1 500 kilomètres ou moins
b) 400 euros pour tous les vols intracommunautaires de plus de 1500 kilomètres et pour tous les autres vols de 1 500 à 3 500 kilomètres
c) 600 euros pour tous les vols qui ne relèvent pas des points a) ou b).
2.Lorsque, en application de l'article 8, un passager se voit proposer un réacheminement vers sa destination finale sur un autre vol dont l'heure d'arrivée ne dépasse pas l'heure d'arrivée prévue du vol initialement réservé :
a) de deux heures pour tous les vols de 1500 kilomètres ou moins, ou
b) de trois heures pour tous les vols intracommunautaires de plus de 1 500 kilomètres et pour tous les autres vols de 1 500 à 3 500 kilomètres, ou
c) de quatre heures pour tous les vols ne relevant pas des points a) ou b),le transporteur aérien effectif peut réduire de 50 % le montant de l'indemnisation prévue au paragraphe 1.
La distance du vol intracommunautaire est supérieure à 1.500km.
Il résulte des éléments versés aux débats, notamment les cartes d'embarquement et attestation de retard délivrée par la société TRANSAVIA FRANCE, que la partie demanderesse justifie valablement de sa demande à hauteur de la somme de 1.200,00€ au titre de l'article 7 du règlement européen applicable.
En conséquence, le Tribunal condamnera la partie défenderesse à payer à la partie demanderesse la somme de 400,00€ pour chaque passager soit 1.200,00€ au titre des articles 5 et 7 du Règlement européen n°261/2004 pour retard du vol et rejette pour le surplus.
Sur la demande au titre de l'article 14.2 du Règlement européen n°261/2004
La partie demanderesse demande au Tribunal de condamner la partie défenderesse à lui régler la somme de 600,00€ au titre de l'article 14.2 du Règlement européen n°261/2004 à titre d'indemnité pour défaut de remise de la notice informative.
L'article 14.2 du Règlement ne mentionne pas d'indemnité forfaitaire en cas défaut de remise de la notice informative.
La partie demanderesse ne justifie pas que l'absence de cette notice lui ait occasionné un préjudice autre que l'indemnisation auquel le Tribunal lui fera droit.
Le Tribunal dit mal fondée la demande au titre de l'article 14.2 du Règlement européen n°261/2004 pour défaut de remise de la notice informative.
En conséquence, le Tribunal déboutera la partie demanderesse de sa demande au titre de l'article 14.2 du Règlement européen n°261/2004 pour défaut de remise de la notice informative.
Sur la demande au titre des articles 5 et 9 du Règlement européen n°261/2004
La partie demanderesse demande au Tribunal de condamner la partie défenderesse à lui régler la somme de 442,75€ au titre des articles 5 et 9 du Règlement européen n°261/2004. Le Tribunal relève que la pièce N°9 n'est pas une facture, elle ne comporte ni adresse, ni nom de fournisseur ou de client.
En conséquence, la partie demanderesse ne justifie pas valablement de sa créance et sera débouté de sa demande formée de ce chef.
Sur la demande au titre de la résistance abusive
La partie demanderesse demande au Tribunal de condamner la partie défenderesse à lui régler la somme de 750,00€ au titre de sa résistance abusive.
La requérante doit justifier d'une faute, d'un préjudice et d'un lien établi entre la faute et le préjudice. Or, la partie demanderesse n'établit pas, à l'appui de sa demande, la preuve d'un dommage spécifique, hormis l'obligation d'engager une action en justice, ce dont elle peut être indemnisée sur le fondement de l'article 700 du Code de procédure civile et la condamnation aux dépens. Au surplus, elle ne démontre pas un autre préjudice direct et certain que celui lié au retard du vol, dont la satisfaction vient de lui être allouée au regard des dispositions de l'article 7 du Règlement européen (CE) n° 261/2004.
En conséquence, le Tribunal dira la partie demanderesse mal fondée en sa demande de dommages et intérêts au titre de la résistance abusive et l'en déboutera.
Sur la demande au titre de publications et de liquidation d'astreinte
Le demandeur sollicite la publication du présent jugement sur le site internet de la partie défenderesse.
La publication d'une décision de justice revêt un caractère exceptionnel, le Tribunal estime que les condamnations prononcées au titre du principal suffisent à assurer la réparation intégrale du préjudice subi en conséquence la mesure de publicité sollicitée apparaît dès lors comme superfétatoire et disproportionnée au regard de la nature du litige.
En conséquence, le Tribunal déboutera la demande de publication et d'astreinte correspondante.
Sur l'application de l'article 700 du CPC
Pour faire reconnaître leurs droits, la partie demanderesse ayant dû exposer des frais non compris dans les dépens qu'il serait inéquitable de la laisser à sa charge, le Tribunal condamnera la partie défenderesse à lui payer une somme de 200,00€ pour chaque passager soit 600,00€ au titre de l'article 700 du CPC.
Sur les dépens
La partie défenderesse succombant, les dépens seront mis à sa charge.
PAR CES MOTIFS
Le Tribunal, statuant par un jugement réputé contradictoire en dernier ressort :
Condamne la société TRANSAVIA FRANCE, à payer à la société UPCLAIM la somme de 1.200,00€ au titre de l'article 7 du Règlement européen n°261/2004 pour retard du vol et rejette pour le surplus.
Déboute la société UPCLAIM de sa demande au titre de l'article 14.2 du Règlement européen n°261/2004 pour défaut de remise de la notice informative.
Déboute la société UPCLAIM de sa demande au titre des dispositions des articles 5 et 9 du Règlement européen 261/2004.
Déboute la société UPCLAIM de sa demande de dommages et intérêts au titre de la résistance abusive.
Déboute la société UPCLAIM de sa demande de publications et de liquidation d'astreinte.
Condamne la société TRANSAVIA FRANCE à payer à la société UPCLAIM la somme de 600,00€ euros au titre de l'article 700 du CPC.
Déboute la société UPCLAIM du surplus de ces demandes.
Rappelle que l'exécution provisoire est de droit.
Condamne la société TRANSAVIA FRANCE aux dépens.
Liquide les dépens à recouvrer par le Greffe à la somme de 57,23€ TTC (dont 20% de TVA).
6ème et dernière page.
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