TJ 10387, 16 juill. 2026, RG 26/00268
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Texte de la décision
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE TROYES CHAMBRE CIVILE
JUGEMENT DU 16 JUILLET 2026
N° RG 26/00268 - N° Portalis DBWV-W-B7K-FOCO
Nac :53B
Minute:
Jugement du :
16 juillet 2026
S.A. COFIDIS
c/
Madame [B] [Y] épouse [Q]
DEMANDERESSE
S.A. COFIDIS
[Adresse 1]
[Adresse 2]
[Localité 1]
représentée par Maître Patrick DEROWSKI de la SELARL CABINET DEROWSKI & ASSOCIÉES, avocats au barreau de REIMS substituée par Maître Marie MEURVILLE, avocat au barreau de l’AUBE
DEFENDERESSE
Madame [B] [Y] épouse [Q]
[Adresse 3]
[Localité 2]
non comparante, ni représentée
* * * * * * * * * *
L’affaire a été plaidée à l’audience du 11 mai 2026 tenue par Madame Eléonore AUBRY, Juge des Contentieux de la Protection du Tribunal Judiciaire de Troyes assistée de Monsieur Jean-Guy MARCHAL, Greffier, lors des débats et de la mise à disposition. En présence de Monsieur [A] [D], auditeur de justice.
A l’issue des débats, l’affaire a été mise en délibéré. Il a été indiqué que le jugement serait rendu par mise à disposition à la date du 16 juillet 2026, date à laquelle la décision dont la teneur suit a été rendue.
EXPOSÉ DES FAITS ET DE LA PROCÉDURE
Suivant offre de contrat acceptée le 1er janvier 2016, la société COFIDIS a consenti à Mme [B] [Y] épouse [Q] un crédit à la consommation d’un montant de 10000 euros, remboursable en 72 mensualités de 172,15 euros, moyennant un taux d’intérêt annuel nominal de 7,55 % et un taux annuel effectif global de 7,72 %.
Des mensualités étant restées impayées à leur échéance, la société COFIDIS a, par lettre recommandée avec accusé de réception du 8 janvier 2025, mis en demeure Mme [B] [Y] épouse [Q] de s’acquitter des mensualités échues impayées, dans un délai de 15 jours, sous peine de déchéance du terme. Puis, par lettre recommandée avec accusé de réception du 22 juillet 2025, la société COFIDIS lui a finalement notifié la déchéance du terme, et l'a mise en demeure de rembourser l’intégralité du crédit.
Par acte de commissaire de justice du 29 janvier 2026, la société COFIDIS a ensuite fait assigner Mme [B] [Y] épouse [Q] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Troyes, afin d’obtenir sa condamnation à lui payer les sommes qu’elle estime lui être dues.
L'affaire a été appelée à l'audience du 11 mai 2026, où les moyens suivants ont été soulevés d'office :
La déchéance du prêteur de son droit aux intérêts, en application des dispositions de l’article L.311-48 transposées aux articles L.341-1 et suivants du code de la consommation, compte tenu des éléments suivants :Absence de fiche d'informations pré-contractuelles (art.L.311-6 devenu L.312-12 du code de la consommation)Absence de justificatif de la consultation du FICP avant l'octroi du crédit (art. L.311-9 devenu L.312-16 du code de la consommation)Irrégularité de la présentation du contrat : taille des caractères inférieure au corps huit (art. L.311-18 et R.311-5 devenus L.312-28 et R.312-10 du code de la consommation)
PRETENTIONS ET MOYENS DES PARTIES
À l’audience, la société COFIDIS demande au tribunal, à titre principal de :
Condamner Mme [B] [Y] épouse [Q] à lui payer la somme de 10235,37 euros au titre de l’intégralité des sommes restant dues en exécution du contrat du 1er janvier 2017, outre intérêts au taux contractuel de 7,55 % à du 10 décembre 2025,Dans l’hypothèse de délais de paiement,
condamner la défenderesse à payer ladite somme en 23 mensualités égales et une 24e mensualité soldant le restant dû, prononcer la déchéance du terme e la condamnet à payer l’intégralité des sommes restant dues à défaut de règlement d’une seule échéance à son terme. A titre subsidiaire, la société COFIDIS demande au tribunal de :
Prononcer la résiliation judiciaire du contrat, Condamner Mme [B] [Y] épouse [Q] au paiement des sommes restant dues. Plus subsidiairement, la société COFIDIS demande au tribunal, si la déchéance du droit aux intérêts était prononcée, de condamner l’emprunteur au remboursement du capital emprunté sous déduction des règlements opérés.
En tout état de cause, la société COFIDIS demande au tribunal :
Condamner Mme [B] [Y] épouse [Q] à lui payer la somme de 200 euros au titre des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile, en plus des entiers dépens, Rappeler l’exécution provisoire de droit. Au soutien de ses demandes, la société COFIDIS se prévaut du contrat signé le 1er janvier 2017, ainsi que de la déchéance du terme notifié par lettre recommandée du 22 juillet 2025 pour faire valoir l’exigibilité des sommes. Elle indique que la défenderesse a bénéficié d’un plan de surendettement mis en application le 30 novembre 2019 et dont la caducité a été prononcée en l’absence de respect du paiement des mensualités. Elle indique un premier incident de paiement non régularisé au 16 mai 2024 et soutient la recevabilité de ses demandes. Elle argue la validité du contrat de crédit au regard de la présence du bordereau détachable de rétractation.
Subsidiairement, elle se prévaut des manquements de l’emprunteur à son obligation de payer les échéances.
Bien que régulièrement assignée par acte de commissaire de justice délivré à personne, Mme [B] [Y] épouse [Q] n'a pas comparu et ne s'est pas fait représenter.
L’affaire a été mise en délibéré au 16 juillet 2026.
MOTIVATION
Selon l’article 472 du code de procédure civile, lorsque le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond. Le juge ne fait alors droit à la demande que s’il l’estime régulière, recevable et bien fondée.
Selon l’article R.632-1 du code de la consommation, le juge peut relever d’office tous les moyens tirés de l’application des dispositions de ce code.
Il convient donc, en l'espèce, d'appliquer d’office au contrat litigieux les dispositions du code de la consommation, dans leur numérotation et rédaction en vigueur au 1er janvier 2016, sur lesquelles les parties ont été en mesure de présenter leurs observations, conformément aux dispositions de l'article 16 du code de procédure civile.
1.SUR LA RECEVABILITE DE LA DEMANDE EN PAIEMENT
Aux termes de l’article R.312-35 du code de la consommation, les actions en paiement engagées devant le tribunal judiciaire à l’occasion de la défaillance de l’emprunteur doivent être formées dans les deux ans de l’événement qui leur a donné naissance à peine de forclusion.
Cet événement est caractérisé par le non-paiement des sommes dues à la suite de la résiliation du contrat ou de son terme, le premier incident de paiement non régularisé, le dépassement non régularisé du montant total du crédit consenti dans le cadre d’un contrat de crédit renouvelable, ou le dépassement, au sens du 13° de l’article L. 311-1, non régularisé à l’issue du délai prévu à l’article L. 312-93.
Lorsque les modalités de règlement des échéances impayées ont fait l’objet d’un réaménagement ou d’un rééchelonnement, le point de départ du délai de forclusion est le premier incident non régularisé intervenu après le premier aménagement ou rééchelonnement conclu entre les intéressés ou après adoption du plan conventionnel de redressement prévu à l’article L. 732-1 ou après décision de la commission imposant les mesures prévues à l’article L. 733-1 ou la décision du juge de l’exécution homologuant les mesures prévues à l’article L. 733-7.
En l’espèce, il ressort de l’historique de compte versé au débat que le premier incident de paiement non régularisé peut être fixé à la date du 16 février 2024.
L'assignation du 29 janvier 2026 a donc été délivrée avant l'expiration du délai précité.
En conséquence, la société COFIDIS sera dite recevable en ses demandes.
2. SUR LA DEMANDE EN PAIEMENT
Sur la déchéance du droit du prêteur aux intérêts
En effet, selon les dispositions de l'article L.311-48 du code de la consommation, est déchu du droit aux intérêts le prêteur qui accorde un crédit en manquant aux obligations fixées par les articles L. 311-6, L. 311-8, L. 311-9, L. 311-10, L. 311-11, L. 311-12, L. 311-16, le premier alinéa de l'article L. 311-17, le dernier alinéa de l'article L. 311-17, le premier alinéa de l'article L. 311-17-1, L. 311-18, L. 311-19, L. 311-21, L. 311-29, L. 311-43, aux deuxième et troisième alinéas de l'article L. 311-44, L. 311-46.
Parmi ces textes, l'article L.311-6 exige du prêteur ou de l'intermédiaire de crédit qu'il donne à l'emprunteur, préalablement à la conclusion du contrat de crédit, par écrit ou sur un autre support durable dont le contenu et la présentation sont définis par l'article R.311-3, les informations nécessaires à la comparaison de différentes offres et permettant à l'emprunteur, compte tenu de ses préférences, d'appréhender clairement l'étendue de son engagement.
En l’espèce, la société COFIDIS ne justifie pas de la remise de la fiche d’informations pré-contractuelles européenne normalisée à l'emprunteur, se bornant à produire une copie de fiche ne portant ni la signature, ni la paraphe de l'emprunteur.
La clause par laquelle Mme [B] [Y] épouse [Q] reconnaît avoir reçu et pris connaissance des informations pré-contractuelles ne suffit pas à apporter cette preuve, puis qu’il s’agit d’une clause dont l’objet est précisément de permettre à la société COFIDIS de se pré-constituer la preuve, en toutes circonstances et même dans l’éventualité d’un manquement de sa part, de la bonne exécution de son obligation prévue à l'article L.311-6 du code de la consommation.
En conséquence, la signature de l'emprunteur sous cette clause ne peut valablement prouver l'accomplissement par la société COFIDIS de son obligation prévue à l'article L. 311-6 précité.
En l'absence de production par la demanderesse d'autre élément susceptible d'apporter cette preuve, il convient donc de prononcer la déchéance de son droit aux intérêts depuis l'origine sur ce fondement.
Sur l’exigibilité des sommes
Aux termes de l'article 1103 du code civil, les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites.
En application de l'article 1217 du même code et de l'article L.312-39 du code de la consommation, lorsque l'emprunteur cesse de verser les mensualités stipulées, le prêteur est en droit de se prévaloir de la déchéance du terme et de demander le remboursement des fonds avancés.
Les conséquences de la défaillance de l'emprunteur étaient, en outre, prévues par le contrat du 1er janvier 2017 signé par Mme [B] [Y] épouse [Q]. Par lettre recommandée avec accusé de réception du 8 janvier 2025, la société COFIDIS a, d’ailleurs, mis cette dernière en demeure de régler les mensualités impayées dans un délai de 15 jours afin d’éviter la déchéance du terme.
Or, d’après les pièces versées aux débats, ce retard n’a pas été régularisé par la défenderesse.
La déchéance du terme a donc pu valablement intervenir le 22 juillet 2025.
Sur le montant des sommes dues
Conformément à l'article L 311-48 du code de la consommation, en cas de déchéance du droit aux intérêts, le débiteur n'est tenu qu'au remboursement du seul capital. Cette déchéance s’étend donc aux intérêts et à tous leurs accessoires.
Par ailleurs, ces dispositions doivent être interprétées conformément à la directive 2008/48/CE du Parlement européen et du Conseil du 23 avril 2008 concernant les contrats de crédit aux consommateurs, dont les dispositions nationales ne sont que la transposition, et qui prévoit en son article 23 que les sanctions définies par les États membres en cas de violation des dispositions nationales adoptées conformément à la présente directive doivent être effectives, proportionnées et dissuasives.
Bien que déchu de son droit aux intérêts, le prêteur est fondé, en vertu de l'article 1231-6 du code civil, à réclamer à l'emprunteur le paiement des intérêts au taux légal sur le capital restant dû à compter de la mise en demeure, le taux d'intérêt étant en principe majoré de plein-droit deux mois après le caractère exécutoire de la décision de justice.
Afin d'assurer l'effet de la directive 2008/48, notamment de son article 23, de garantir le caractère effectif et dissuasif de la sanction de la déchéance du droit aux intérêts et au regard de l’arrêt du 27 mars 2014 de la Cour de Justice de l'Union Européenne (affaire C-565/12, Le Crédit Lyonnais SA/[E] [R]), il convient donc de ne pas faire application de l'article de l'article L. 313-3 du code monétaire et financier et de dire que les sommes restantes dues ne porteront intérêts qu’au taux légal non majoré à compter de la déchéance du terme.
En l’espèce, la société COFIDIS a octroyé des financements pour un montant total de 10000 euros.
Les pièces versées au débat permettent d’établir le montant des règlements à la somme de 1944,65 euros.
En conséquence, Mme [B] [Y] épouse [Q] sera condamnée à verser à la société COFIDIS, la somme de 8055,35 euros assortie des intérêts au taux légal non majoré à compter du 22 juillet 2025.
3. SUR LES DEMANDES ACCESSOIRES
Sur les dépens
En application de l'article 696 du code de procédure civile, Mme [B] [Y] épouse [Q], qui succombe à l'instance, sera condamnée aux dépens.
Sur les frais irrépétibles
L’équité commande par ailleurs de la condamner à payer à la société COFIDIS la somme de 200 euros, au titre des frais non compris dans les dépens, en application des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile.
Sur l’exécution provisoire
Aux termes de l'article 514 du code de procédure civile, les décisions de première instance sont exécutoires de droit à titre provisoire.
PAR CES MOTIFS,
Le juge des contentieux de la protection, statuant après débats publics, par jugement mis à disposition au greffe, réputé contradictoire et en premier ressort,
CONSTATE la déchéance du terme du contrat de crédit du 1er janvier 2016 intervenue le 22 juillet 2025,
PRONONCE la déchéance totale du droit aux intérêts de la société COFIDIS au titre du crédit souscrit le 1er janvier 2016 par Mme [B] [Y] épouse [Q],
CONDAMNE Mme [B] [Y] épouse [Q] à payer à la société COFIDIS la somme de 8055,35 euros (huit mille cinquante-cinq euros et trente-cinq centimes), à titre de restitution des sommes versées en application du contrat précité,
DIT que cette somme produira intérêts au taux légal non majoré à compter du 22 juillet 2025,
DÉBOUTE la société COFIDIS du surplus de ses demandes,
CONDAMNE Mme [B] [Y] épouse [Q] à payer à la société COFIDIS la somme de 200 euros (deux cents euros) au titre de l'article 700 du code de procédure civile,
CONDAMNE Mme [B] [Y] épouse [Q] aux dépens,
DIT n’y avoir lieu d’écarter l’exécution provisoire de la présente décision,
Ainsi signé par le juge et le greffier susnommés et mis à disposition des parties le 16 juillet 2026.
Le Greffier, Le Juge,
En conséquence, la République Française mande et ordonne à tous Commissaires de Justice sur ce requis de mettre les présentes à exécution. Aux Procureurs Généraux et aux Procureurs de la République près les Tribunaux Judiciaires d’y tenir la main. A tous Commandants et Officiers de la [Localité 3] Publique de prêter main forte lorsqu’ils en seront légalement requis. En foi de quoi les présentes ont été délivrées par le Greffier.
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