TJ 51454, 17 juill. 2026, RG 26/00976
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Texte de la décision
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE REIMS
JUGEMENT DU 17 JUILLET 2026
N° RG 26/00976 - N° Portalis DBZA-W-B7K-FLAO
Minute 26-
Jugement du :
17 juillet 2026
La présente décision est prononcée le 17 juillet 2026 par sa mise à disposition au greffe de la juridiction ;
Sous la présidence de Madame Mélanie FEVRE, magistrate à titre temporaire statuant en qualité de juge des contentieux et de la protection, assistée de Madame Ourouk ALNEJEM greffière lors des débats et de la mise à disposition ai greffe de la juridiction ;
Date des débats : 04 mai 2026
DEMANDEUR :
S.A. [Localité 1] [Localité 2] VENANT AUX DROITS DE [Localité 1] HABITAT [Localité 3] ARDENNE, OPH
[Adresse 1]
[Localité 4]
représenté par Madame [Q] salariée munie d'un pouvoir
ET
DÉFENDEUR :
Madame [J] [K]
[Adresse 2]
[Adresse 3]
[Localité 4]
Monsieur [W] [Y]
[Adresse 2]
[Adresse 3]
[Localité 4]
Non comparants ni représentés
EXPOSÉ DES FAITS ET DE LA PROCÉDURE
Par acte sous seing privé du 15 septembre 2021, la société SEM [Localité 1] [Localité 2] venant aux droits de l'OPH [Localité 1] Habitat [Localité 3] Ardenne a consenti un bail d’habitation à Mme [K] [J] et M. [W] [Y] sur des locaux situés au [Adresse 2] à [Localité 5], moyennant le paiement d’un loyer mensuel de 286,28 euros et d’une provision pour charges de 43,82 euros.
Par actes de commissaire de justice du 7 avril 2025 et 8 avril 2025, la bailleresse a fait délivrer aux locataires un commandement de payer la somme principale de 146,03 euros au titre de l'arriéré locatif dans un délai de deux mois, en visant une clause résolutoire.
La commission de coordination des actions prévention des expulsions locatives a été informée de la situation de Mme [K] [J] et M. [W] [Y] le 9 avril 2025.
Par assignations du 23 février 2026 et du 25 février 2026, la société SEM [Localité 1] [Localité 2] venant aux droits de l'OPH Reims Habitat Champagne Ardenne a ensuite saisi le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Reims pour faire constater l’acquisition de la clause résolutoire, être autorisée à faire procéder à l’expulsion de Mme [K] [J] et M. [W] [Y] et obtenir leur condamnation solidaire au paiement des sommes suivantes :
- une indemnité mensuelle d’occupation d’un montant égal à celui du loyer et des charges, à compter de la résiliation du bail et jusqu’à libération des lieux,
- 581,03 euros au titre de l’arriéré locatif arrêté au 31 janvier 2026.
L’assignation a été notifiée au représentant de l’État dans le département le 25 février 2026.
Prétentions et moyens des parties
À l'audience du 4 mai 2026, la société SEM [Localité 1] [Localité 2] venant aux droits de l'OPH [Localité 1] Habitat [Localité 3] Ardenne sollicite le bénéfice de son acte introductif d'instance. La société SEM [Localité 1] [Localité 2] venant aux droits de l'OPH [Localité 1] Habitat [Localité 3] Ardenne considère enfin qu'il y a bien eu une reprise du paiement intégral du loyer courant avant l'audience, au sens de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989.
Bien que régulièrement assignés par actes de commissaire de justice respectivement délivrés à personne et à étude, Mme [K] [J] et M. [W] [Y] n'ont pas comparu et ne se sont pas fait représenter
La société SEM [Localité 1] [Localité 2] venant aux droits de l'OPH [Localité 1] Habitat [Localité 3] Ardenne ne forme aucune demande de suspension des effets de la clause résolutoire.
À l’issue des débats, la décision a été mise en délibéré jusqu’à ce jour, où elle a été mise à disposition des parties au greffe.
MOTIVATION
En application de l’article 472 du code de procédure civile, si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond, le juge ne faisant alors droit à la demande que dans la mesure où il l’estime régulière, recevable et bien fondée.
1. Sur la demande de constat de la résiliation du bail
1.1. Sur la recevabilité de la demande
La société SEM [Localité 1] [Localité 2] venant aux droits de l'OPH [Localité 1] Habitat [Localité 3] Ardenne justifie avoir notifié l’assignation au représentant de l’État dans le département plus de six semaines avant l’audience.
Elle justifie également avoir saisi la commission de coordination des actions prévention des expulsions locatives deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation.
Son action est donc recevable au regard des dispositions de l’article 24 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989.
1.2. Sur la résiliation du bail
Aux termes de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989 modifié par la loi du 27 juillet 2023, tout contrat de bail d'habitation contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie. Cette clause ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux.
Cependant, la loi du 27 juillet 2023 ne comprend aucune disposition dérogeant à l'article 2 du code civil, selon lequel la loi ne dispose que pour l'avenir et n'a point d'effet rétroactif. Ainsi, il n'y a pas lieu de faire application aux contrats conclus antérieurement au 29 juillet 2023 de l'article 10 de cette loi, en ce qu'il fixe à six semaines – et non plus deux mois -- le délai minimal accordé au locataire pour apurer sa dette, au terme duquel la clause résolutoire est acquise. Ces contrats demeurent donc régis par les stipulations des parties, telles qu'encadrées par la loi en vigueur au jour de la conclusion du bail.
En l’espèce, un commandement de payer reproduisant textuellement les dispositions légales et la clause résolutoire contenue dans le contrat de bail a été signifié aux locataires le 7 avril 2025. Or, d’après l'historique des versements, la somme de 146,03 euros n’a pas été réglée par ces derniers dans le délai de deux mois suivant la signification de ce commandement et aucun plan d’apurement n’a été conclu dans ce délai entre les parties.
La bailleresse est donc bien fondée à se prévaloir des effets de la clause résolutoire, dont les conditions sont réunies depuis le 8 juin 2025.
Il convient, en conséquence, d’ordonner aux locataires ainsi qu’à tous les occupants de leur chef de quitter les lieux, et, pour le cas où les lieux ne seraient pas libérés spontanément, d’autoriser la société SEM [Localité 1] [Localité 2] venant aux droits de l'OPH [Localité 1] Habitat [Localité 3] Ardenne à faire procéder à l’expulsion de toute personne y subsistant.
Cependant, dès lors qu'aucune circonstance ne justifie la réduction du délai prévu à l'article L.412-1 du code des procédures civiles d'exécution, il convient de rappeler que l'expulsion ne pourra avoir lieu qu'à l'expiration d'un délai de deux mois suivant la délivrance aux locataires d'un commandement de quitter les lieux.
2. Sur la dette locative
Aux termes de l’article 1353 du code civil, celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver tandis que celui qui se prétend libéré doit justifier le paiement.
L'article 1103 du même code prévoit, par ailleurs, que les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites.
En l’espèce, la société SEM [Localité 1] [Localité 2] venant aux droits de l'OPH [Localité 1] Habitat [Localité 3] Ardenne verse aux débats un décompte démontrant qu’à la date du 30 avril 2026, Mme [K] [J] et M. [W] [Y] lui devaient la somme de 481,37 euros, soustraction faite des frais de procédure.
Mme [K] [J] et M. [W] [Y] n’apportant aucun élément de nature à remettre en cause ce montant, ils seront solidairement condamnés à payer cette somme à la bailleresse.
3. Sur l’indemnité d’occupation
En cas de maintien dans les lieux des locataires ou de toute personne de leur chef malgré la résiliation du bail, une indemnité d’occupation sera due.
L’indemnité d’occupation est payable et révisable dans les mêmes conditions que l’étaient le loyer et les charges, à partir du 8 juin 2025, et ne cessera d’être due qu’à la libération effective des locaux avec remise des clés à la société SEM [Localité 1] [Localité 2] venant aux droits de l'OPH [Localité 1] Habitat [Localité 3] Ardenne ou à son mandataire.
4. Sur les frais du procès et l'exécution provisoire
Mme [K] [J] et M. [W] [Y], qui succombent à la cause, seront solidairement condamnés aux dépens de la présente instance, conformément à l’article 696 du code de procédure civile.
Selon l'article 514 du code de procédure civile, les décisions de première instance sont de droit exécutoires à titre provisoire à moins que la loi ou la décision rendue n'en dispose autrement.
Toutefois, selon l’article 514-1 du même code, le juge peut écarter l'exécution provisoire de droit, en tout ou partie, s'il estime qu'elle est incompatible avec la nature de l'affaire. Il statue, d'office ou à la demande d'une partie, par décision spécialement motivée.
En l'espèce, compte tenu du montant et de l'ancienneté de la dette et de l'absence totale de reprise du paiement des loyers depuis l'assignation, il n'y a pas lieu d'écarter l'exécution provisoire de la présente décision.
PAR CES MOTIFS
La juge des contentieux de la protection, statuant après débats publics, par jugement mis à disposition au greffe, réputé contradictoire et en premier ressort,
CONSTATE que la dette locative visée dans les commandement de payer des 7 et 8 avril 2025 n’a pas été réglée dans le délai de deux mois,
CONSTATE, en conséquence, que le contrat conclu le 15 septembre 2021 entre la société SEM [Localité 1] [Localité 2] venant aux droits de l'OPH [Localité 1] Habitat [Localité 3] Ardenne, d’une part, et Mme [K] [J] et M. [W] [Y], d’autre part, concernant les locaux situés au [Adresse 2] à [Localité 5] est résilié depuis le 8 juin 2025,
DIT n’y avoir lieu d’octroyer des délais de paiement à Mme [K] [J] et M. [W] [Y],
ORDONNE à Mme [K] [J] et M. [W] [Y] de libérer de leur personne, de leurs biens, ainsi que de tous occupants de leur chef, les lieux situés au [Adresse 2] à [Localité 5] ainsi que, le cas échéant, tous les lieux loués accessoirement au logement,
DIT qu’à défaut de libération volontaire, il pourra être procédé à leur expulsion et à celle de tous occupants de leur chef avec l’assistance de la force publique,
DIT que le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L. 433-1 et L. 433-2 du code des procédures civiles d'exécution,
RAPPELLE que l’expulsion ne pourra avoir lieu qu’hors période hivernale et à l’expiration d’un délai de deux mois suivant la délivrance d’un commandement d’avoir à libérer les lieux,
CONDAMNE solidairement Mme [K] [J] et M. [W] [Y] au paiement d’une indemnité d’occupation mensuelle égale au loyer et aux charges qui auraient été dus en cas de poursuite du bail,
DIT que cette indemnité d’occupation, qui se substitue au loyer dès le 8 juin 2025, est payable dans les mêmes conditions que l’étaient le loyer et les charges, jusqu’à libération effective des lieux et remise des clés à la bailleresse ou à son mandataire,
CONDAMNE solidairement Mme [K] [J] et M. [W] [Y] à payer à la société SEM [Localité 1] [Localité 2] venant aux droits de l'OPH [Localité 1] Habitat [Localité 3] Ardenne la somme de 481,37 euros (quatre cent quatre-vingt-un euros et trente-sept centimes) au titre de l’arriéré locatif arrêté au 30 avril 2026,
DIT n’y avoir lieu d’écarter l’exécution provisoire de droit de la présente décision,
CONDAMNE solidairement Mme [K] [J] et M. [W] [Y] aux dépens comprenant notamment le coût des commandements de payer du 7 avril 2025 et celui des assignations du 23 février 2026 et 25 février 2026,
Ainsi jugé par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2026, et signé par la juge et la greffière susnommées.
La Greffière La Juge
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