TJ 37261, 17 juill. 2026, RG 25/01478
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Texte de la décision
MINUTE N° : 26/00683
JUGEMENT
DU 17 Juillet 2026
N° RC 25/01478
DÉCISION
contradictoire et en premier ressort
VAL TOURAINE HABITAT
ET :
[I] [L] [B]
Débats à l'audience du 18 Juin 2026
copie et grosse le :
à
VTH
Me Audrey CHARANTON
copie le :
à
Préfet d'[Localité 1] et [Localité 2]
copie dossier
TRIBUNAL JUDICIAIRE
DE [Localité 3]
TENUE le 17 Juillet 2026
Au siège du Tribunal, [Adresse 1] à TOURS,
COMPOSITION DU TRIBUNAL LORS DES DÉBATS ET DU DÉLIBÉRÉ :
PRÉSIDENT : B. BOIS, Magistrat à titre temporaire du Tribunal judiciaire de TOURS,
GREFFIER lors des débats : L. PENNEL
GREFFIER lors du délibéré : C. LEBRUN
DÉBATS :
A l'audience publique du 18 Juin 2026
DÉCISION :
Prononcée publiquement le 17 Juillet 2026 par mise à la disposition des parties au Greffe de ce Tribunal, les parties en ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article 450 du Code de Procédure Civile.
ENTRE :
EPIC VAL TOURAINE HABITAT immatriculé au RCS de [Localité 3] sous le n° 781 598 248 00032 dont le siège social est [Adresse 2]
Représenté par Mme [V] [O] munie d'un pouvoir de représentation
D'une Part ;
ET :
Monsieur [I] [L] [B]
né le 21 Avril 1992 à [Localité 4], demeurant [Adresse 3]
assisté par Me Audrey CHARANTON, avocat au barreau de TOURS, avocat plaidant
D'autre Part ;
RG 25/01478
EXPOSE DU LITIGE
Par acte sous seing privé du 12 juillet 2024, la société Val touraine habitat a consenti un bail d'habitation à Monsieur [B] [I] [L], portant sur un logement situé [Adresse 3], moyennant le paiement d'un loyer mensuel de 575,33 euros, provisions pour charges comprises.
Invoquant des impayés de loyers, le 8 janvier 2025, le bailleur a fait délivrer à son locataire un commandement de payer visant la clause résolutoire du contrat de bail, demeuré infructueux.
La société Val touraine habitat a ainsi fait assigner Monsieur [B] [I] [L] par acte de commissaire de justice du 11 mars 2025 devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Tours afin de voir :
- constater la résiliation du bail par acquisition de la clause résolutoire ou, à défaut, ordonner la résiliation judiciaire du bail consenti à Monsieur [B] [I] [L] ;
- ordonner son expulsion et celle de tous ses biens ainsi que de toute personne à sa charge ou occupant l'immeuble de son chef, par toutes les voies et moyens de droit, même avec l'assistance de la force publique et d’un serrurier si besoin ;
- condamner Monsieur [B] [I] [L] au paiement :
- de la somme en principal de 2 108,86 euros au titre des impayés de loyers et de charges ;
- d’une indemnité d'occupation mensuelle égale au montant du loyer habituel et des charges jusqu’à libération des lieux, et ce à compter de la résiliation du bail, avec intérêts de droit ;
- de la somme de 150 € en application de l'article 700 du code de procédure civile ;
- aux entiers dépens selon article 696 du code de procédure civile comprenant notamment le coût du commandement de payer.
Initialement appelé à l’audience du 20 novembre 2025, ce dossier a fait l’objet d’un renvoi à la demande de Monsieur [B] [I] [L].
A l’audience du 18 juin 2026, la société Val touraine habitat - par la voix de sa représentante dûment mandatée - actualise la dette locative à la somme de 5 690,08 euros hors frais. Elle indique que le dernier paiement de loyer remonte à décembre 2025, le montant du loyer résiduel étant de 552,59 euros. Elle maintient ses demandes.
Monsieur [B] [I] [L], assisté de son Conseil, expose sa situation. Il est actuellement en CDI en qualité de chauffeur routier et perçoit des ressources mensuelles variables de 2400 à 3000 euros. Il explique sa dette financière par son addiction aux jeux, addiction pour laquelle il est suivi par le CSAPA. Il propose de régler la somme de 970 euros en plus de son loyer courant pour apurer sa dette locative en 6 mois ou de la régler en 24 mois par mensualités de 243 euros. Il souhaite rester dans le logement, il a deux enfants en garde alternée.
Aucun diagnostic social et financier n’a été reçu au greffe avant l’audience.
L’affaire a été mise en délibéré au 17 juillet 2026.
MOTIFS
Sur la recevabilité de la demande
Le bailleur justifie avoir avisé la Caisse d’allocations familiales le 24 décembre 2024, soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation conformément à l'article 24 II de la loi du 6 juillet 1989.
Par ailleurs, une copie de l'assignation a été notifiée à la Préfecture d'[Localité 1] et [Localité 2] par voie électronique le 12 mars 2025, soit plus de six semaines avant l'audience, conformément aux dispositions de l'article 24 III de la loi n°89 - 462 du 06 juillet 1989 en vigueur modifié par la loi 2023-668 du 27 juillet 2023.
L'action est donc recevable.
Sur la clause résolutoire pour défaut de paiement des loyers
L'article 24 I de la loi du 06 juillet 1989 modifiée par la loi du 27 juillet 2023, dans sa version applicable au présent contrat de bail, prévoit que toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ... ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux.
En l'espèce, le bailleur verse aux débats le contrat de bail signé entre les parties, le commandement de payer délivré par acte de commissaire de justice le 8 janvier 2025 portant sur la somme en principal de 1 513,26 euros au titre des impayés de loyers et de charges ainsi que le décompte actualisé à la date de la présente audience.
Ce commandement reproduit la clause résolutoire insérée au contrat de bail ainsi que les dispositions de l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989 en vigueur de même que les dispositions de l'article 6 de la loi n°90 - 449 du 31 mai 1990 et mentionne la faculté pour le locataire de saisir le fonds de solidarité pour le logement.
Les causes du commandement de payer n’ont pas été réglées dans ce délai de deux mois dont se prévaut le bailleur, rendant acquise la clause résolutoire à effet du 9 mars 2025.
Sur les loyers et charges impayés
Selon l'article 1728 du Code civil et l'article 7 a) de la loi du 6 juillet 1989, le locataire est tenu de payer les loyers et les charges récupérables aux termes convenus.
Le bailleur fait la preuve de l'obligation dont il se prévaut en produisant le bail signé le12 juillet 2024, le commandement de payer délivré le 8 janvier 2025 pour un montant en principal de 1 513,26 euros ainsi que le décompte actualisé à la date de l’audience à la somme de 5 690,08 euros, hors frais.
L'article 24 V de la loi du 6 juillet 1989 permet au juge de vérifier d'office tout élément constitutif de la dette locative.
Le bailleur a d’ores et déjà déduit du présent décompte arrêté à la date de l’audience à la somme de 5 949,44 euros, la somme de 221,26 euros de frais de commissaire qui ne constituent pas une dette de loyer ou de charge mais relèvent, s’ils sont justifiés, des dépens dont le sort sera examiné ci-après. Il a déduit par ailleurs les frais d’enquête sociale d’un montant de 38,10 euros, à défaut d’en justifier.
Monsieur [B] [I] [L] sera ainsi condamné à verser à la société Val touraine habitat la somme de 5 690.08euros.
Sur la suspension de la clause résolutoire et les délais
Aux termes de l'article 24 V de la loi du 06 juillet 1989 modifié par la loi du 27 juillet 2023 le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d'office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu'il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années. Lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge. Si le locataire se libère dans le délai et selon les modalités fixées par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué ; dans le cas contraire, elle reprend son effet.
Il résulte du décompte produit par le bailleur que depuis janvier 2026, tous les réglements faits sont rejetés. Le bailleur a indiqué lors de l’audience maintenir ses demandes initiales.
Monsieur [B] [I] [L], assisté par son Conseil, justifie à l’audience de sa situation professionnelle avec un CDI depuis décembre 2024, des bulletins de salaire attestant d’un salaire net de 3 360,14 euros pour mars 2026, 2 866,80 euros pour avril 2026 et 3 398,62 euros pour mai 2026.
Monsieur [B] [I] [L], assisté par son Conseil, justifie par ailleurs avoir mis en place un prélèvement mensuel au bénéfice de Val touraine habitat d’un montant de 1550 euros à effet du 1er juillet 2026.
Compte tenu de la demande de délais de paiement formée par le locataire, de sa capacité financière pour des réglements mensuels en plus de son loyer courant, Monsieur [B] [I] [L] sera autorisé à se libérer de sa dette par des versements mensuels, en plus du loyer courant, selon les modalités décrites au dispositif ci-dessous.
Monsieur [B] [I] [L] pourra régler sa dette plus rapidement si sa situation financière le lui permet.
Sur les demandes accessoires
L'article 696 du Code de procédure civile dispose que la partie perdante est condamnée aux dépens, sauf décision motivée par le juge d’en mettre tout au fraction à charge d’une autre partie. Le bailleur a dû mettre en mouvement une action contentieuse, à défaut d’un accord entre les parties, engageant ainsi des frais de commissaire de justice. Il convient ainsi de mettre les dépens à la charge de Monsieur [B] [I] [L] comprenant notamment le coût du commandement de payer, l’assignation et sa dénonciation à la Préfecture.
Aucune considération tirée de l'équité ou de la situation économique des parties ne vient justifier l'application de l'article 700 du code de procédure civile. Le demandeur sera donc débouté de sa demande.
Conformément aux dispositions de l'article 514 du Code de procédure civile, la présente décision de première instance sera exécutoire de droit à titre provisoire.
PAR CES MOTIFS
La juge des contentieux de la protection, statuant publiquement par jugement contradictoire, mis à disposition au greffe, et rendu en premier ressort,
Constate que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire figurant au bail conclu le 12 juillet 2024 entre Monsieur [B] [I] [L] et la société Val touraine habitat concernant le bien situé [Adresse 3], sont réunies au 9 mars 2025 ;
Condamne Monsieur [B] [I] [L] à payer à la société Val touraine habitat la somme de 5 690.08 euros (CINQ MILLE SIX CENT QUATRE VINGT DIX EUROS, HUIT CENTIMES) au titre des loyers, charges et indemnités d’occupation dus au 17 juin 2026 ;
Autorise Monsieur [B] [I] [L] à s’acquitter de cette somme, outre le loyer et les charges courants, en 5 mensualités de 950 € et une dernière mensualité qui réglera la dette en principal, frais et intérêts compris ;
Précise que chaque mensualité devra intervenir avant le 10 de chaque mois et pour la première fois le 10 du mois suivant la signification du présent jugement ;
Suspend l’effet de la clause résolutoire pendant l’exécution des délais accordés ;
Dit que si les délais accordés sont entièrement respectés par [B] [I] [L] la clause résolutoire sera réputée n’avoir jamais été acquise ;
Dit qu’en revanche, toute mensualité, qu'elle soit due au titre du loyer et des charges courants ou de l’arriéré, restée impayée quinze jours après sa date d'exigibilité justifiera :
* que la clause résolutoire retrouve son plein effet ;
* que le solde de la dette devienne immédiatement exigible ;
* qu'à défaut pour Monsieur [B] [I] [L] d’avoir volontairement libéré les lieux dans les deux mois de la délivrance d’un commandement de quitter les lieux, la société Val touraine habitat puisse faire procéder à son expulsion ainsi qu’à celle de tous les occupants de son chef, avec le concours d’un serrurier et de la force publique si besoin est ;
* que Monsieur [B] [I] [L] soit condamné à verser à la société Val touraine habitat, jusqu'à libération définitive des lieux, une indemnité mensuelle d’occupation provisionnelle égale au montant du loyer et de la provision sur charges qui auraient été dus en l’absence de résiliation du bail au jour de la défaillance ;
Rappelle que la présente décision est exécutoire par provision de plein droit ;
Condamne Monsieur [B] [I] [L] aux entiers dépens de l’instance;
Déboute le bailleur de sa demande fondée sur l'article 700 du code de procédure civile ;
Dit que la présente décision sera notifiée par le greffe du Tribunal à la Préfecture d'Indre-et-Loire en application de l'article R 412-2 du code des procédures civiles d'exécution.
Ainsi jugé et prononcé par mise à disposition au greffe, le dix sept juillet deux mille vingt six par la juge et la greffière susnommées.
La greffière La juge des contentieux de la protection
RG 25/01478
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