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tj Expulsion "ferme" ordonnée au fond (sans suspension des effets de la clause résolutoire) source api

TJ 51454, 9 juill. 2026, RG 26/01628


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Date
09/07/2026
Numéro
26/01628
Lieu / cour
tj51454
Chambre
JCP
Type
other
MàJ source
2026-07-31
Id
6a6bd7bcd6da0419628d6db8

Texte de la décision

14,966 caractères

TRIBUNAL JUDICIAIRE DE REIMS

JUGEMENT DU 09 JUILLET 2026


N° RG 26/01628 - N° Portalis DBZA-W-B7K-FMJG

Minute 26-

Jugement du :
09 juillet 2026

La présente décision est prononcée le 09 juillet 2026 par sa mise à disposition au greffe de la juridiction ;

Sous la présidence de Monsieur Hubert BARRE, juge des contentieux de la protection, assisté de Madame Nathalie WILD greffière lors des débats et de la mise à disposition au greffe de la juridiction ;

Date des débats : 22 mai 2026

DEMANDERESSE :

Madame [W] [Y] veuve [I]
[Adresse 1]
[Localité 1]

représentée par Me Benjamin JAMI avocat au barreau de PARIS
substitué par Me LEY avocat au barreau de REIMS

ET

DÉFENDEUR :

Monsieur [A] [C]
[Adresse 2]
[Adresse 3]
[Localité 2]

Non comparant ni représenté

EXPOSÉ DU LITIGE
Par acte du 11 janvier 2024, Madame [W] [Y] veuve [I] a consenti à Monsieur [A] [C] un bail d'habitation portant sur un logement à usage d'habitation situé [Adresse 4] moyennant un loyer mensuel initialement fixé à la somme de 500,00 euros outre une provision pour charges d'un montant mensuel de 65,50 euros.

Les loyers n'ayant pas été scrupuleusement réglés, un commandement de payer visant la clause résolutoire a été délivré au locataire le 21 octobre 2025, aux fins d’obtenir paiement de la somme en principal de 1 892,81 euros.

Par acte d’huissier du 29 janvier 2026, dénoncé le 2 février 2026 par voie électronique au représentant de l’État dans le département, Madame [W] [Y] veuve [I] a fait assigner à comparaître Monsieur [A] [C] devant la juridiction de céans afin d'obtenir, sous le bénéfice de l’exécution provisoire :
- A titre principal :
le constat de la résiliation du bail par l'effet de la clause résolutoire ;l'expulsion des occupants du logement situé [Adresse 4] ;la condamnation de Monsieur [A] [C] au paiement de la somme de 2 636,33 euros due au titre des loyers et charges arriérés, selon décompte arrêté au 31 décembre 2025, outre les loyers et charges échus et à échoir jusqu'à la résiliation du bail, avec intérêts au taux légal à compter du 21 octobre 2025 sur la somme de 1892,81 euros et de l’assignation pour le surplus ;la condamnation de Monsieur [A] [C] au paiement d’une indemnité d’occupation mensuelle égale au montant du loyer et des charges, jusqu’au départ des lieux ;- A titre subsidiaire :
le prononcé de la résiliation judiciaire du bail ; l'expulsion des occupants du logement situé [Adresse 4] ;la condamnation de Monsieur [A] [C] au paiement de la somme de 2 636,33 euros due au titre des loyers et charges arriérés, selon décompte arrêté au 31 décembre 2025, outre les loyers et charges échus et à échoir jusqu'à la résiliation du bail, avec intérêts au taux légal à compter du 21 octobre 2025 sur la somme de 1892,81 euros et de l’assignation pour le surplus ;la condamnation de Monsieur [A] [C] au paiement d’une indemnité d’occupation mensuelle égale au montant du loyer et des charges, jusqu’au départ des lieux ;- En tout état de cause :
la condamnation de Monsieur [A] [C] au paiement de la somme de 720,00 euros au titre de l’indemnité de l’article 700 du code de procédure civile, outre les dépens.
L'affaire a été appelée pour la première fois à l'audience du 22 mai 2026, au cours de laquelle Madame [W] [Y] veuve [I], représentée, maintient ses demandes et actualise l'arriéré locatif à la somme de 4 997,49 euros.

Bien que régulièrement assigné, Monsieur [A] [C] n'a pas comparu ni ne s'est fait représenter.

La décision a été mise en délibéré au 9 juillet 2026.

MOTIVATION

L’article 472 du code de procédure civile dispose que si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond, le juge ne faisant droit à la demande que dans la mesure où il l’estime régulière, recevable et bien fondée.

Ainsi, le défaut de comparution de Monsieur [A] [C] n'empêche pas qu'il soit statué sur le litige l'opposant à Madame [W] [Y] veuve [I].

Sur la recevabilité de la demande.

L'article 24 III de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989, dans sa version applicable au présent litige, prévoit que « A peine d'irrecevabilité de la demande, l'assignation aux fins de constat de la résiliation est notifiée à la diligence de le commissaire de justice au représentant de l'Etat dans le département au moins six semaines avant l'audience, afin qu'il saisisse l'organisme compétent désigné par le plan départemental d'action pour le logement et l'hébergement des personnes défavorisées, suivant la répartition de l'offre globale de services d'accompagnement vers et dans le logement prévue à l'article 4 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 précitée. Cette notification s'effectue par voie électronique par l'intermédiaire du système d'information prévu au dernier alinéa de l'article 7-2 de la même loi. La saisine de l'organisme mentionné à la première phrase du présent III peut s'effectuer par voie électronique, selon des modalités fixées par décret. L'organisme saisi réalise un diagnostic social et financier, selon des modalités et avec un contenu précisés par décret, au cours duquel le locataire et le bailleur sont mis en mesure de présenter leurs observations, et le transmet au juge avant l'audience, ainsi qu'à la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives ; le cas échéant, les observations écrites des intéressés sont jointes au diagnostic. Le locataire est informé par le représentant de l'Etat dans le département de son droit de demander au juge de lui accorder des délais de paiement, prévu au V du présent article ».

En l’espèce, il est établi que l'assignation du 29 janvier 2026 a été dénoncée au représentant de l’État dans le département le 2 février 2026 soit six semaines au moins avant l’audience du 22 mai 2026.

Par conséquent la demande est recevable.

Sur l'acquisition de la clause résolutoire.

L'article 24 I de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 prévoit que «Tout contrat de bail d'habitation contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie. Cette clause ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux ».

Aussi, l'article 24 V de cette même loi ajoute que « Le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d'office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu'il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, par dérogation au délai prévu au premier alinéa de l'article 1343-5 du code civil, au locataire en situation de régler sa dette locative. Le quatrième alinéa de l'article 1343-5 s'applique lorsque la décision du juge est prise sur le fondement du présent alinéa. Le juge peut d'office vérifier tout élément constitutif de la dette locative et le respect de l'obligation prévue au premier alinéa de l'article 6 de la présente loi. Il invite les parties à lui produire tous éléments relatifs à l'existence d'une procédure de traitement du surendettement au sens du livre VII du code de la consommation ».

Également, l'article 24 VII de cette loi énonce que «  Lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge dans les conditions prévues aux V et VI du présent article. Cette suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge. Ces délais et les modalités de paiement accordés ne peuvent affecter l'exécution du contrat de location et notamment suspendre le paiement du loyer et des charges.

Si le locataire se libère de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué. Dans le cas contraire, elle reprend son plein effet ».

En l'espèce, le bail du 11 janvier 2024 contient une clause résolutoire. Le commandement de payer délivré le 21 octobre 2025 visant cette clause est demeuré infructueux pendant plus de deux mois (délai plus favorable au locataire prévu dans le contrat de location et visé dans le commandement de payer), de sorte qu’il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire contenue dans le bail étaient réunies à la date du 22 décembre 2025.

L’absence du locataire à l’audience ne lui permet ni de préciser sa situation actuelle, ni même de s’engager à reprendre le paiement des loyers courants et à formuler une proposition de règlement de l’arriéré locatif.

Aucune demande n'a été faite en ce sens.

Il n’est dès lors ni opportun ni même possible de statuer sur l’octroi de délais de paiement suspensifs.

En conséquence, l’expulsion de Monsieur [A] [C] et de tous occupants de son chef sera ordonnée dans les termes du dispositif.

Sur la demande en paiement des loyers et charges impayés et l'indemnité d'occupation.

En vertu de l'article 7 a) de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989, le locataire est obligé de payer le loyer et les charges récupérables aux termes convenus.

En l'espèce, Madame [W] [Y] veuve [I] justifie de sa demande en paiement de l’arriéré locatif en produisant le bail signé, le commandement de payer visant la clause résolutoire et un décompte des sommes dues.

Par ailleurs, en occupant sans droit ni titre les lieux loués depuis le 22 décembre 2025, Monsieur [A] [C] cause un préjudice à Madame [W] [Y] veuve [I] qui sera réparé par sa condamnation à une indemnité mensuelle d’occupation égale au montant des loyers et charges qui auraient été dus en cas de non résiliation du bail.

Il convient de rappeler qu'à compter de la résiliation du bail, le bailleur ne peut plus se prévaloir des stipulations contractuelles, l'indemnité d'occupation correspondant à l'indemnisation du préjudice subi du fait de l'occupation sans droit ni titre, d'un montant fixe et non révisable.

En conséquence, il sera fait droit à la demande de Madame [W] [Y] veuve [I], et Monsieur [A] [C] sera condamné au paiement de la somme de 4 997,49 euros représentant les loyers, charges et indemnités d’occupation impayés à la date du 15 mai 2026 et ce avec intérêts légaux à compter du jugement.

Il sera par ailleurs condamné à verser à Madame [W] [Y] veuve [I] une indemnité d'occupation égale au montant du loyer et des charges qui auraient été dus en l’absence de résiliation du bail à compter du 16 mai 2026 jusqu’à la date de la libération effective et définitive des lieux.

Conformément aux dispositions de l'article 1231-7 du code civil, la condamnation à une indemnité emporte intérêts au taux légal, même en l'absence de demande ou de disposition spéciale du jugement. En conséquence, les indemnités d'occupation à échoir non payées à terme seront augmentées des intérêts au taux légal dès leur date d'exigibilité.

Sur les demandes accessoires

La partie succombante doit supporter les dépens par application de l’article 696 du code de procédure civile.

Il n’est pas équitable de laisser à la charge du bailleur les frais qu’il a avancés au titre de la présente procédure. Monsieur [A] [C] sera condamné au paiement d’une somme qui sera équitablement fixée à 500,00 euros en application des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile.

Il est rappelé que la présente décision est de droit exécutoire à titre provisoire, conformément à l’article 514 du code de procédure civile.

PAR CES MOTIFS,

Le juge des contentieux de la protection, statuant publiquement par jugement réputé contradictoire et en premier ressort, rendu par mise à disposition au greffe,

DECLARE Madame [W] [Y] veuve [I] recevable en son action en résiliation du bail ;

CONSTATE que les conditions d'acquisition de la clause résolutoire figurant au bail conclu le 11 janvier 2024 entre Madame [W] [Y] veuve [I] et Monsieur [A] [C] concernant le logement à usage d'habitation situé [Adresse 4] sont réunies à la date du 22 décembre 2025 et que le bail est résilié de plein droit à cette date;

ORDONNE l’expulsion de Monsieur [A] [C] et de celle de tous occupants de son chef ;

DIT qu'à défaut par Monsieur [A] [C] d’avoir libéré les lieux situés [Adresse 4], au plus tard DEUX MOIS après la notification au préfet du commandement d'avoir à quitter les lieux, il sera procédé à son expulsion et à celle de tous occupants de son chef, avec l'assistance de la force publique, et au transport des meubles laissés dans les lieux à ses frais dans tel garde-meuble désigné par l’expulsée ou à défaut par le bailleur ;

FIXE le montant de l'indemnité d'occupation due par Monsieur [A] [C] à compter de la résiliation au montant équivalent du loyer et des charges qui auraient été dus en l’absence de résiliation du bail;

CONDAMNE Monsieur [A] [C] à payer en deniers ou quittances à Madame [W] [Y] veuve [I] la somme de 4 997,49 euros, représentant les loyers, charges et indemnités d'occupation échus et impayés au 15 mai 2026, assortie des intérêts au taux légal à compter du 21 octobre 2025 sur la somme de 1892,81 euros et du jugement pour le surplus ;

CONDAMNE Monsieur [A] [C] à payer à Madame [W] [Y] veuve [I] une indemnité d'occupation mensuelle égale au montant du loyer et des charges qui auraient été dus en l’absence de résiliation du bail, à compter du 16 mai 2026, et jusqu’à la libération effective des lieux, avec intérêts légaux à compter de leur date d'exigibilité pour les indemnités d'occupation à échoir;

DIT que l'indemnité sera due au prorata temporis et payable à terme et au plus tard le 15 du mois suivant ;

DIT que la présente décision sera notifiée par le greffe du tribunal à Monsieur le Préfet de la MARNE en application de l'article R412-2 du code des procédures civiles d'exécution;

CONDAMNE Monsieur [A] [C] à payer à Madame [W] [Y] veuve [I] la somme de 500,00 euros au titre des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile ;

CONDAMNE Monsieur [A] [C] aux dépens de l’instance, comprenant notamment le coût du commandement de payer, de l’assignation et de la notification de l'assignation à la préfecture ;

RAPPELLE que la présente décision est de droit exécutoire à titre provisoire.

Ainsi jugé et prononcé par mise à disposition du jugement au Greffe du Tribunal judiciaire, le 9 juillet 2026, les parties en ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l’article 450 du code de procédure civile, la minute étant signée par Monsieur Hubert BARRE, Juge des contentieux de la protection, et par Madame Nathalie WILD, Greffière.

Le greffier Le juge

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