TJ 06088, 24 juill. 2026, RG 26/00885
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Texte de la décision
COUR D’APPEL D’[Localité 1]
TRIBUNAL JUDICIAIRE
DE [Localité 2]
ORDONNANCE DE RÉFÉRÉ
-
EXPERTISE
N° RG 26/00885 - N° Portalis DBWR-W-B7K-RFXK
du 24 Juillet 2026
M.I 26/00000858
affaire : [L] [Q] [S]
c/ S.A. GENERALI IARD, CPAM DES ALPES MARITIMES
Copie exécutoire délivrée à
Me Mathilde CHADEYRON
Me Laurent GERBI
EXPERTISE
l’an deux mil vingt six et le vingt quatre Juillet À 14 H 00
Nous, Céline POLOU, Vice-Présidente, assistée de Madame Wendy NICART, Greffier, lors de l’audience, et de Madame Wendy NICART, Greffier, lors de la mise à disposition, avons rendu l’ordonnance suivante :
Vu l’assignation délivrée par exploit en date du 18 Mai 2026 déposé par Commissaire de justice.
A la requête de :
Madame [L] [Q] [S]
[Adresse 1]
[Localité 3]
Rep/assistant : Me Laurent GERBI, avocat au barreau de NICE
DEMANDERESSE
Contre :
S.A. GENERALI IARD
[Adresse 2]
[Localité 4]
Rep/assistant : Me Mathilde CHADEYRON, avocat au barreau d’AIX-EN-PROVENCE
CPAM DES ALPES MARITIMES
[Adresse 3]
[Localité 5]
Non comparante ni représenté
DÉFENDERESSES
Après avoir entendu les parties en leurs explications à l’audience du 16 Juin 2026 au cours de laquelle l’affaire a été mise en délibéré au 24 Juillet 2026.
EXPOSE DU LITIGE
Madame [L] [Q] [S] a été victime d'un accident de la circulation, survenu à [Localité 2] le 30 janvier 2026 impliquant le véhicule conduit par Madame [T] [U] assuré auprès de la SA GENERALI IARD.
Par actes de commissaire de justice des 18 et 19 mai 2026, Madame [L] [Q] [S] a fait assigner la SA GENERALI IARD et la CPAM des Alpes-Maritimes devant le juge des référés du tribunal judiciaire de Nice, afin de voir :
- ordonner une expertise médicale,
- voir condamner la SA GENERALI IARD à lui payer la somme de 6000 euros à titre de provision à valoir sur son préjudice patrimonial et extra patrimonial, une somme de 1500 euros à titre de provision ad litem et une somme de 1500 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile ainsi qu'aux dépens.
Dans ses écritures déposées à l'audience précitée et visées par le greffe, la SA GENERALI IARD formule protestations et réserves quant à la demande d'expertise et conclut aux fins de voir :
- Réduire la somme sollicitée à de plus justes proportions ;
- Déclarer satisfactoire son offre à hauteur de 2000 euros au titre des souffrances endurées;
- Débouter la requérante de sa demande de provision ad litem ;
- Débouter la requérante de la demande présentée sur le fondement des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile ;
- Laisser à sa charge les dépens de l'instance.
Bien que régulièrement assignée par acte remis à personne se disant habilitée, la CPAM des Alpes-Maritimes n'a pas constitué avocat ni comparu, mais a fait parvenir au juge une lettre pour lui faire connaître le montant provisoire de ses débours.
L'affaire a été mise en délibéré au 24 juillet 2026.
MOTIFS DE LA DECISION
Sur la demande d'expertise :
Aux termes de l'article 145 du code de procédure civile, s'il existe un motif légitime d'établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d'un litige, les mesures d'instruction légalement admissibles peuvent être ordonnées à la demande de tout intéressé en référé.
En l'espèce, il ressort des éléments versés aux débats et notamment du résumé de passage aux urgences en date du 30 janvier 2026 et du certificat de constatation des blessures en date du 30 janvier 2026 que Madame [L] [Q] [S] a subi un préjudice corporel consécutif à un accident de la circulation consistant en particulier en des cervicalgies et des dorsalgies avec entorse bénigne des cervicales.
Dès lors, Madame [L] [Q] [S] justifie d'un motif légitime à voir établir de façon contradictoire l'étendue du préjudice subi par un médecin expert, inscrit sur la liste de la cour d'appel, présentant toutes les garanties d'objectivité et d'impartialité.
Il convient de faire droit à sa demande d'expertise, à ses frais avancés.
La mission de l'expert et les modalités de l'expertise seront précisées dans le dispositif de la présente ordonnance.
Sur la demande de provision :
Le juge des référés est sur le fondement de l'article 835 alinéa 2 du code de procédure civile, habilité à allouer une indemnité provisionnelle, lorsque la créance du requérant n'est pas sérieusement contestable.
En l'espèce, le droit à indemnisation de la victime n'est pas sérieusement contestable au regard des circonstances de l'accident impliquant un véhicule terrestre à moteur et des dispositions de la loi du 5 juillet 1985, ni même contesté par la SA GENERALI IARD.
La SA GENERALI IARD sollicite cependant une réduction de la provision sollicitée au motif qu'elle est excessive au regard des blessures subies à savoir une entorse cervicale bénigne.
Elle soutient que le justificatif des arrêts maladie produits est illisible, que Madame [L] [Q] [S] présentait un état antérieur et qu'elle n'a pas fait l'objet d'un lourd traitement contrairement à ce qu'elle soutient.
Il ressort de l'ensemble des éléments médicaux versés que Madame [L] [Q] [S] a subi un des cervicalgies et dorsalgies avec entorse bénigne des cervicales, donnant lieu à :
- La prise d'un traitement médicamenteux ;
- Un arrêt de travail du 30 janvier au 1er février 2026 ;
- Le port d'un collier cervical souple.
Il résulte de l'arrêt maladie versé aux débats que Madame [L] [Q] [S] s'est vue délivrer un arrêt de travail du 30 janvier 2026 au 1er février 2026.
Toutefois, force est de constater que Madame [L] [Q] [S] ne démontre pas avoir subi un traumatisme crânien ni un important choc émotionnel ainsi qu'elle le soutient. Par ailleurs, elle ne démontre pas avoir suivi un programme de rééducation fonctionnelle par séances de kinésithérapie ni avoir pris un lourd traitement médicamenteux, dans la mesure où les ordonnances produites portent sur une prescription de paracétamol.
Dès lors, la nature des blessures subies, les soins qu'elles ont entraînés et les souffrances endurées, commandent de ramener à de plus justes proportions la demande indemnitaire et d'allouer à la victime une provision de 2500 euros à valoir sur son préjudice corporel, dans l'attente du dépôt du rapport d'expertise.
La SA GENERALI IARD dont l'obligation indemnisation n'est pas sérieusement contestable sera condamnée à son paiement.
Sur la provision ad litem :
Le juge des référés a le pouvoir sur le fondement de l'article 835 alinéa 2 du code de procédure civile d'accorder une provision pour les frais d'instance dès lors que l'obligation n'est pas sérieusement contestable, sans que cette allocation soit subordonnée à la preuve d'une impécuniosité de la partie qui en sollicite l'attribution.
En considération des frais prévisibles d'expertise judiciaire et d'assistance à expertise et au vu des demandes d'indemnisation formulées préalablement restées sans effet, il y a lieu de condamner la SA GENERALI IARD en l'absence de contestation sérieuse, à verser à Madame [S] une provision ad litem de 1000 euros.
Sur l'article 700 du code de procédure civile et les dépens :
Au vu de l'issue et de la nature du litige, il sera alloué à Madame [L] [Q] [S] la somme de 1000 euros en application des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile, mise à la charge de la SA GENERALI IARD dont l'obligation à indemnisation n'est pas sérieusement contestable.
Les dépens seront également supportés pour les mêmes motifs par la SA GENERALI IARD.
PAR CES MOTIFS
Nous, juge des référés, statuant publiquement par ordonnance réputée contradictoire, en premier ressort et prononcée par mise à disposition au greffe, avis préalablement donné,
ORDONNONS une expertise médicale de Madame [L] [Q] [S] ;
COMMETTONS pour y procéder Monsieur [J] [C], expert inscrit sur la liste de la cour d'appel d'Aix en Provence demeurant :
[Adresse 4]
[Localité 6]
[Courriel 1]
Tél : [XXXXXXXX01]
à charge pour lui d'avoir recours à un sapiteur dans une spécialité distincte de la sienne si cela s'avérait nécessaire, avec mission de :
1°- convoquer la victime du dommage corporel, avec toutes les parties en cause et en avisant leurs conseils ;
2°- se faire communiquer par tout tiers détenteur, l'ensemble des documents nécessaires à l'exécution de la présente mission, en particulier, et avec l'accord de la victime ou de ses ayants droits, le dossier médical complet (certificat médical initial descriptif, certificat de consolidation, bulletin d'hospitalisation, compte-rendu d'intervention, résultat des examens complémentaires, etc.) et les documents relatifs à l'état antérieur (anomalies congénitales, maladies ou séquelles d'accident) ainsi que le relevé des débours de la CPAM ou de l'organisme social ayant servi des prestations sociales;
3°- relater les constatations médicales faites à l'occasion ou à la suite de ce dommage et consignées dans les documents ci-dessus visés ;
4°- examiner la victime ;
5°- décrire les lésions subies ou imputées par la victime à l'événement dommageable, leur évolution, les soins médicaux et paramédicaux mis en œuvre jusqu'à la consolidation ; donner tous éléments afin de déterminer si ces lésions et soins subséquents sont en relation directe et certaine avec les dits faits ;
6° - fixer la date de consolidation des blessures, définie comme étant la date de stabilisation des lésions médicalement imputables aux faits à l'origine des dommages ;
Au titre des préjudices patrimoniaux temporaires avant consolidation
* Dépenses de Santé Actuelles (DSA) ;
* Frais divers (FD) : au vu des décomptes et des justificatifs fournis, donner son avis sur d'éventuelles dépenses de santé ou de transport exposées par la victime avant la consolidation de ses blessures qui n'auraient pas été prises en charge par les organismes sociaux ou par des tiers payeurs, en précisant le cas échéant si le coût ou le surcoût de tels faits se rapportent à des soins ou plus généralement à des démarches nécessitées par l'état de santé de la victime et s'ils sont directement en lien avec les lésions résultant des faits à l'origine des dommages ;
* Perte de gains professionnels actuels (PGPA), indiquer les périodes pendant lesquelles la victime a été avant sa consolidation et du fait de son incapacité fonctionnelle résultant directement des lésions consécutives aux faits à l'origine des dommages, dans l'incapacité d'exercer totalement ou partiellement une activité professionnelle ou économique ou encore sportive ;
Au titre des préjudices patrimoniaux permanents après consolidation
* Dépenses de santé futures (DSF) ;
* frais de logement adapté (FLA) : donner son avis sur d'éventuelles dépenses ou frais nécessaires pour permettre le cas échéant à la victime d'adapter son logement à son handicap ;
* frais de véhicule adapté (FVA) : au vu des justificatifs fournis, donner son avis sur d'éventuelles dépenses nécessaires pour permettre le cas échéant à la victime d'adapter son véhicule à son handicap en précisant leur coût ou leur surcoût, ainsi que la nature et la fréquence de renouvellement des frais d'adaptation ;
* assistance par tierce personne (ATP) : donner son avis sur la nécessité d'éventuelles dépenses liées à l'assistance permanente d'une tierce personne, en précisant, le cas échéant, s'il s'agit d'un besoin définitif ;
* perte de gains professionnels futurs (PGPF) : indiquer au vu des justificatifs produits si le déficit fonctionnel permanent dont la victime reste atteinte après sa consolidation entraîne l'obligation pour elle de cesser totalement ou partiellement son activité professionnelle ou de changer d'activité professionnelle ;
* incidence professionnelle (IP) : indiquer, notamment au vu des justificatifs produits, si le déficit fonctionnel permanent entraîne d'autres répercussions sur son activité professionnelle actuelle ou future (obligation de formation pour un reclassement professionnel, pénibilité accrue dans son activité, dévalorisation sur le marché du travail etc. ;
* préjudice scolaire, universitaire ou de formation (PSU) : dire si la victime a subi une perte d'année d'étude scolaire, universitaire ou de formation en précisant le cas échéant si celle-ci a dû se réorienter ou renoncer à certaines ou à toutes formations du fait de son handicap ;
Au titre des préjudices extrapatrimoniaux temporaires avant consolidation
* déficit fonctionnel temporaire (DFT) : indiquer si la victime a subi un déficit fonctionnel temporaire, en préciser sa durée, son importance et au besoin sa nature ;
* souffrances endurées (SE) : décrire les souffrances physiques et psychiques endurées par la victime, depuis les faits à l'origine des dommages jusqu'à la date de consolidation, du fait des blessures subies et les évaluer sur une échelle de 1 à 7 degrés ;
* préjudice esthétique temporaire (PET) : décrire la nature et l'importance du dommage esthétique subi temporairement jusqu'à consolidation des blessures et l'évaluer sur une échelle de 1 à 7 degrés ;
Au titre des préjudices extrapatrimoniaux permanents après consolidation
* déficit fonctionnel permanent (DFP) : indiquer si la victime a subi un déficit fonctionnel permanent subsistant après la consolidation des lésions ; en évaluer l'importance et au besoin en chiffrer le taux ;
* préjudice d'agrément (PA) : donner son avis sur l'existence d'un préjudice d'agrément résultant de l'impossibilité pour la victime de pratiquer régulièrement une activité spécifique sportive ou de loisirs ;
* préjudice esthétique permanent (PEP) : décrire la nature et l'importance du préjudice esthétique subi de façon définitive après la consolidation des blessures et l'évaluer sur une échelle de 1 à 7 degrés ;
* préjudice sexuel et préjudice d'établissement (PS) (PE) : indiquer s'il existe ou existera (lorsque la victime est un enfant) un préjudice sexuel, de procréation ou d'établissement ;
DISONS que l'expert devra établir un état récapitulatif de l'évaluation de l'ensemble des postes énumérés dans la mission et dire si l'état de la victime est susceptible de modification en aggravation ou en amélioration ;
Dans l'affirmative, fournir à la juridiction toutes précisions utiles sur cette évolution, son degré de probabilité, et, dans le cas où un nouvel examen apparaîtrait nécessaire, indiquer le délai dans lequel il devra y être procédé ;
DISONS que Madame [L] [Q] [S] devra consigner à la régie du tribunal judiciaire de NICE une provision de 800 euros à valoir sur les frais d'expertise, et ce au plus tard le 24 septembre 2026 à peine de caducité de la mesure d'expertise, sauf dans l'hypothèse où une demande d'aide juridictionnelle antérieurement déposée serait accueillie, auquel cas les frais seront avancés directement par le Trésorier Payeur Général ;
DISONS que l'expert procédera à sa mission dès qu'il sera avisé du versement de la consignation ci-dessus fixée ou dès notification de la décision d'aide juridictionnelle, et qu'il déposera au greffe rapport de ses opérations au plus tard le 24 mars 2027 sauf prorogation dûment autorisée ;
DISONS que, conformément aux dispositions de l'article 280 du code de procédure civile, en cas d'insuffisance manifeste de la provision allouée, au vu des diligences faites ou à venir, l'expert en fera sans délai rapport au juge, qui, s'il y a lieu, ordonnera la consignation d'une provision complémentaire à la charge de la partie qu'il détermine et qu'à défaut de consignation dans le délai et selon les modalités fixés par le juge, et sauf prorogation de ce délai, l'expert déposera son rapport en l'état ;
DISONS que, conformément aux dispositions de l'article 282, le dépôt par l'expert de son rapport sera accompagné de sa demande de rémunération, dont il aura adressé un exemplaire aux parties par tout moyen permettant d'en établir la réception et disons que, s''il y a lieu, celles-ci adresseront à l'expert et à la juridiction ou, le cas échéant, au juge chargé de contrôler les mesures d'instruction, leurs observations écrites sur cette demande dans un délai de quinze jours à compter de sa réception;
DISONS que, passé le délai imparti aux parties par l'article 282 pour présenter leurs observations, le juge fixera la rémunération de l'expert en fonction notamment des diligences accomplies, du respect des délais impartis et de la qualité du travail fourni ;
DISONS que, sauf accord contraire des parties, l'expert commis devra adresser aux parties un pré-rapport de ses observations et constatations afin de leur permettre de lui adresser un DIRE récapitulant leurs arguments sous un DÉLAI DE UN MOIS ;
DISONS qu'en cas d'empêchement de l'expert commis, il sera procédé à son remplacement par ordonnance du juge chargé de la surveillance des expertises ;
COMMETTONS le magistrat chargé du contrôle des expertises, pour surveiller les opérations d'expertise ;
CONDAMNONS la SA GENERALI IARD à payer à Madame [L] [Q] [S] une indemnité provisionnelle de 2500 euros à valoir sur la réparation de son préjudice patrimonial et extra patrimonial ;
CONDAMNONS la SA GENERALI IARD à payer à Madame [L] [Q] [S] une provision ad litem de 1000 euros ;
CONDAMNONS la SA GENERALI IARD à payer à Madame [L] [Q] [S] la somme de 1000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile ;
CONDAMNONS la SA GENERALI IARD aux dépens de l'instance ;
REJETONS le surplus des demandes ;
RAPPELONS que la présente décision est exécutoire de droit à titre provisoire.
En conséquence, la République française mande et ordonne à tous huissiers de justice, sur ce requis, de mettre ladite ordonnance à exécution, aux procureurs généraux et aux procureurs de la République près les tribunaux judiciaires d'y tenir la main, à tous commandants et officiers de la force publique de prêter main-forte lorsqu'ils en seront légalement requis.
En foi de quoi, la présente ordonnance a été signée par le juge des référés et le greffier.
LE GREFFIER LE JUGE DES RÉFÉRÉS
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