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tj Expulsion "conditionnelle" ordonnée au fond avec suspension des effets de la clause résolutoire source api

TJ 61001, 12 août 2026, RG 26/00154


Vérifier : TJ 61001, 12 août 2026, RG 26/00154 (rechercher sur Judilibre/Légifrance) · Ouvrir la source

Date
12/08/2026
Numéro
26/00154
Lieu / cour
tj61001
Chambre
BAUX-HLM
Type
other
MàJ source
2026-08-19
Id
6a85f206195da062e03d8aef

Texte de la décision

10,716 caractères

N° RG 26/00154 - N° Portalis DBZX-W-B7K-C3IB

TRIBUNAL JUDICIAIRE D'ALENÇON (Orne)

N° RG 26/00154 - N° Portalis DBZX-W-B7K-C3IB

LE DOUZE AOUT DEUX MIL VINGT SIX

PRÉSIDENT : Arnaud BRULON, Juge près le Tribunal judiciaire d'Alençon et chargé des fonctions de juge des contentieux de la protection au tribunal judiciaire d'Alençon.

GREFFIER : Hélène CORNIL.


DEMANDEUR

Société LOGISSIA, dont le siège social est sis [Adresse 1]

Représentée par M. [R], muni d'un pouvoir écrit

DÉFENDEUR

Madame [N] [Z], demeurant [Adresse 2]

Non comparante ni représentée


PROCÉDURE
Date de la saisine : 09 Mars 2026
Première audience : 05 Juin 2026

DÉBATS
Audience publique du 05 Juin 2026.

JUGEMENT
Nature : réputé contradictoire en premier ressort
Prononcé publiquement par mise à disposition au greffe


Copie exécutoire délivrée le :
à :
N° RG 26/00154 - N° Portalis DBZX-W-B7K-C3IB

EXPOSE DU LITIGE

Le 7 mars 2016, la SA LOGISSIA a donné à bail à Madame [N] [Z] un local d'habitation, situé [Adresse 3] à [Localité 1], moyennant le versement d’un loyer mensuel d’un montant de 300,73 € outre le dépôt de garantie pour un montant de 300,73€.

La SA LOGISSIA a fait délivrer le 5 janvier 2026 un commandement de payer la somme en principal de 772,55 € représentant les loyers impayés arrêtés à la date du 24 décembre 2025 et visant la clause résolutoire.

Par acte de commissaire de justice en date du 9 mars 2026, le bailleur a fait assigner Madame [N] [Z] devant le Juge des Contentieux de la Protection du Tribunal Judiciaire d'ALENCON aux fins de :

- voir constater la résiliation du bail qui lui a été consenti, par acquisition de la clause résolutoire stipulée dans le bail,
- voir ordonner son départ sans délai, et à défaut son expulsion, avec au besoin l'assistance d'un serrurier et de la force publique,
- être autorisé à transporter les meubles laissés dans les lieux loués aux frais et risques de la locataire dans tel garde-meubles désigné par elle ou à défaut par le bailleur,
- la voir condamner à la somme de 1.159,59 €, au titre de l'arriéré des loyers et charges échus, arrêtés à la date du 5 mars 2026,
- la voir condamner à une indemnité mensuelle d'occupation égale au montant du loyer et des charges qui seraient dus si le bail s'était poursuivi et en subissant les augmentations légales, et ce jusqu'à la libération effective des lieux,
- la voir condamner à une somme de 500 € au titre de l'article 700 du Code de procédure civile, ainsi qu'aux entiers dépens, notamment le coût du commandement de payer, de l'assignation et de la dénonciation à la DDCSPP.

A l'audience du 5 juin 2026, la SA LOGISSIA a sollicité le bénéfice de son acte introductif d'instance, en actualisant sa créance à la somme de 456,64 €, arrêtée à la date du 4 juin 2026, terme de mai 2026 inclus. Elle a sollicité des délais de paiement avec suspension des effets de la clause résolutoire à raison de 50 euros par mois même si la locataire ne comparaît car elle a repris le paiement du loyer courant et a remboursé une partie de la dette.

Madame [N] [Z], régulièrement citée à personne, n'a pas comparu.

MOTIFS DE LA DÉCISION

Aux termes de l'article 472 du Code de procédure civile, lorsque le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond et le juge ne fait droit à la demande que s'il l'estime recevable, régulière et bien fondée.

Il ressort de l’article 24 II de la Loi du 6 juillet 1989 qu’à compter du 1er janvier 2015, les bailleurs, personnes morales autres qu’une société civile constituée exclusivement entre parents ou alliés jusqu’au 4ème degré inclus, ne peuvent faire délivrer, sous peine d’irrecevabilité de la demande, une assignation aux fins de constat de résiliation du bail avant l’expiration d’un délai de deux mois suivant saisine de la Commission de coordination des actions prévention des expulsions locatives (CCAPEX) prévue à l’article 7-2 de la loi du 31 mai 1990. Cette saisine est néanmoins réputée constituée lorsque persiste une situation d’impayés, préalablement signalée dans les conditions réglementaires aux organismes payeurs des aides au logement en vue d’assurer le maintien du versement des aides (APL), mentionnées à l’article L. 351-2 du Code de la construction et de l’habitation et aux articles l 542-1 et l 831-1 du Code de la Sécurité Sociale. Cette saisine peut s’effectuer par voie électronique, selon des modalités fixées par le décret.

Ainsi, la SA LOGISSIA justifie avoir saisi au moins deux mois avant l'assignation la Commission de Coordination des Actions de Prévention des Expulsions (CCAPEX) de l'engagement d'une procédure contentieuse à l'encontre de sa locataire, cette dernière ayant réceptionné la notification le 24 décembre 2025.

N° RG 26/00154 - N° Portalis DBZX-W-B7K-C3IB

En outre, l'assignation a été régulièrement dénoncée le 11 mars 2026 au représentant de l’État dans le département, par lettre recommandée avec accusé de réception plus de six semaines avant l'audience, conformément à l'article 24 III de la loi du 6 juillet 1989.

L'action visant à la constatation de la clause résolutoire est dès lors recevable.

***

L'article 24 I de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 relative aux baux d'habitation dispose que toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non versement du dépôt de garantie ne produit d'effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux.

Le bail signé par les parties contient une clause résolutoire prévoyant qu'à défaut de paiement des loyers ou charges échus ou du dépôt de garantie, et deux mois après la délivrance d'un commandement resté infructueux, le bail sera résilié de plein droit. Les dispositions du contrat de bail prévalent.

Par acte de commissaire de justice du 5 janvier 2026, la SA LOGISSIA a fait délivrer à Madame [N] [Z] un commandement de payer reproduisant les dispositions des articles 24 de la loi du 6 juillet 1989 et celles de l’article 6 de la loi du 31 mai 1990, et visant la clause résolutoire pour un montant de 772,55 €, au titre des loyers et charges arrêtés à la date du 24 décembre 2025.

La locataire n'ayant pas réglé les sommes visées au commandement dans le délai de deux mois, il y a lieu en conséquence de constater que les conditions d'acquisition de la clause résolutoire sont réunies à la date du 6 mars 2026.

Il résulte en outre des pièces versées aux débats (le bail, le commandement de payer et le décompte actualisé de la créance arrêté au 4 juin 2026) que le bailleur justifie de sa créance. Par conséquent, il convient de condamner Madame [N] [Z] à payer à la SA LOGISSIA la somme de 456,64 €.

Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 5 janvier 2026, conformément à l'article 1153 du Code civil.

Toutefois, le juge peut, même d'office, sur le fondement de l'article 24 V de la loi du 6 juillet 1989, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années au locataire en situation de régler sa dette locative, pendant le cours desquels les effets de la clause de résiliation de plein droit sont suspendus.

La situation financière de la débitrice et l'accord du bailleur justifient de faire droit à la demande de délais de paiement et d'autoriser Madame [N] [Z] à se libérer de sa dette locative en 9 mensualités de 50 €, en plus du loyer et des charges courants, et le solde lors de la 10ème mensualité selon les modalités précisées au dispositif. Les effets de la clause de résiliation de plein droit seront ainsi suspendus pendant le cours des délais accordés.

Madame [N] [Z], qui succombe, supportera les dépens, incluant notamment le coût du commandement de payer, de l'assignation et des dénonciations à la DDETSPP.

Compte tenu de l’équité et de la situation économique des parties, il convient de laisser à la charge de la SA LOGISSIA les frais irrépétibles de la procédure et de rejeter la demande formée au titre de l'article 700 du Code de procédure civile.

En application de l'article 514 du Code de procédure civile, ce jugement est de droit exécutoire à titre provisoire.

PAR CES MOTIFS

Le Juge des contentieux de la protection, statuant après débats publics, par jugement mis à disposition au greffe, réputé contradictoire et en premier ressort,

CONDAMNE Madame [N] [Z] à payer à la SA LOGISSIA la somme de 456,64 € au titre des loyers et indemnités d’occupation, selon décompte arrêté au 4 juin 2026, avec intérêts au taux légal à compter du 5 janvier 2026 ;

DIT que Madame [N] [Z] pourra s'acquitter de cette somme en 9 versements de 50€, le 10 ème versement correspondant au solde restant dû, majoré des intérêts et des frais, en plus du loyer courant et des charges, à compter du 15ème jour du mois suivant la signification de la présente décision ;

CONSTATE que les effets de la clause de résiliation du bail sont intervenus le 6 mars 2026;

RAPPELLE que les effets de la clause de résiliation de plein droit sont suspendus pendant le cours de ces délais et qu'en cas de respect des modalités de paiement, la clause résolutoire sera réputée ne pas avoir joué et le bail initial reprendra effet en tous points, le propriétaire ne pouvant pas faire exécuter la condamnation à l'expulsion ;

DIT qu’à défaut de paiement d'une mensualité, due au titre de l’arriéré des loyers impayés ou du loyer et des charges courants :

- la totalité de la somme restant due deviendra immédiatement exigible,

- la clause résolutoire reprendra son plein effet,

- faute de départ volontaire des lieux loués, il pourra être procédé à l’expulsion de Madame [N] [Z] et de tous occupants de son chef, avec le concours de la force publique et d’un serrurier, passé le délai de deux mois suivant la délivrance d’un commandement d’avoir à libérer les lieux,

- le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L.433-1 et L.433-2 du Code des procédures civiles d'exécution,

- Madame [N] [Z] sera tenue au paiement d’une indemnité d’occupation mensuelle égale au montant du loyer et des charges qui auraient été dus si le bail s’était poursuivi, et ce jusqu'à la date de libération effective et définitive des lieux, cette somme sera révisée annuellement comme l’aurait été le loyer si le bail avait perduré,

DÉBOUTE les parties de leurs demandes plus amples ou contraires,

RAPPELLE que ce jugement est de droit exécutoire à titre provisoire,

CONDAMNE Madame [N] [Z] aux dépens, en ce compris notamment le coût du commandement de payer du 5 janvier 2026 , de l'assignation et des dénonciations à la DDETSPP;

Ainsi jugé et prononcé les jour, mois, an susdits.

Le Greffier, Le Président,

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